Attaquer la Régie de l’énergie, un mauvais choix

Selon une étude du Club d’encadrement technique en acériculture de l’Est-du-Québec, on utiliserait en moyenne plus d’un demi-litre de pétrole par litre de sirop d'érable produit.
Photo: Marc Dufresne Getty Images Selon une étude du Club d’encadrement technique en acériculture de l’Est-du-Québec, on utiliserait en moyenne plus d’un demi-litre de pétrole par litre de sirop d'érable produit.

L’annonce par le gouvernement de la CAQ qu’il déposera un projet de loi qui imposerait un gel des tarifs d’Hydro-Québec à la Régie de l’énergie et le retour des trop-perçus de presque 1,5 milliard versé par Hydro-Québec à l’État sous forme d’un chèque à chaque client tient du ridicule.

Attaquer la neutralité d’un tribunal comme la Régie de l’énergie, dont la mission est de protéger les intérêts de tous, producteurs, distributeurs et clients, équivaut à une forme d’outrage au tribunal. Le plus fou dans ce gel annoncé et le plafond des augmentations limitées à l’inflation, c’est que c’est déjà le cas ! Ce gel n’affectera en rien les revenus d’Hydro-Québec. Faux problème ! Politique de bas étage.

Cette vision courte, populiste à outrance de ce gouvernement quant aux trop-perçus souligne à gros traits un manque de vision environnementale si critique pour notre avenir commun. Pourquoi ne pas piger dans cette fortune dormant dans les coffres de l’État pour investir dans l’accélération de la réduction de l’empreinte carbone du Québec, dans la modernisation de ses industries carbodépendantes ? On pourrait, avec des bribes de cette somme folle, financer d’un seul coup la sortie hors pétrole de l’acériculture et du chauffage au mazout.

Pétrole et sirop d’érable

Avec plus de 43 millions d’entailles, de la Montérégie au Témiscouata, environ 6500 entreprises acéricoles récoltent, bon an, mal an, environ 100 millions de livres de sirop, plus de 200 000 barils d’or blond. Mais ce que le public ne sait pas, c’est que pour produire cette manne, il faut du pétrole, beaucoup de pétrole. En effet, plus de 22 millions d’entailles sont branchées à des réseaux de production où la chauffe des bouilloires dépend du pétrole. Selon une étude du Club d’encadrement technique en acériculture de l’Est-du-Québec (regroupement de producteurs du Bas-Saint-Laurent qui exploite plus de huit millions d’entailles), on utilise en moyenne plus d’un demi-litre de pétrole par litre de sirop produit. L’ajout récent de quatre millions d’entailles aux quotas existants ne va qu’augmenter la part du pétrole. Il faudrait à peine 50 millions pour opérer une transition complète en quelques années.

On pourrait profiter de cette manne pour attaquer de plein fouet la sortie du chauffage au mazout dont dépendent encore plus de 200 000 foyers. Il faut travailler avec Biomasse Québec, Hydro-Québec et les distributeurs de mazout pour créer un réseau de distribution de biomasse solide et fiable pour ceux qui le désirent, ou une transition au chauffage électrique en douceur pour les autres.

Il faut augmenter la part de financement des coûts de transition de fournaises au mazout vers d’autres sources, les 1275 $ offerts à Montréal étant bien insuffisants. Un nouveau système peut coûter jusqu’à 10 000 $. Après tout, on subventionne à coups de millions l’arrivée de l’automobile électrique, action qui n’a aucun effet notable sur la congestion routière !

La liste de ce type d’initiatives réductrices de GES pourrait s’allonger. Envoyer un chèque aux électeurs ne créera pas un seul emploi bien payé ! Réveillez-vous, Monsieur Legault, on est 2019 !

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1 commentaire
  • Jean Lacoursière - Abonné 12 juin 2019 06 h 46

    Combattre les émissions de GES, bien sûr que oui !

    Toutefois, cela ne peut se faire sans une certaine confiance de la population envers l'État et les élus qui gouvernent.

    L'État (H.-Q.) avait trop perçu, François Legault avait promis de corriger l'erreur, maintenant il le fait sous la pression des gens.

    Il écoute.

    Ce n'est pas en semant le cynisme chez les gens qu'un gouvernement arrivera à susciter le respect nécessaire à l'imposition de mesure contre les émissions de GES.