Il faut d’abord investir dans nos CPE

«Pourquoi remplacer un système efficace par un autre qui présente déjà des défis immenses en ce qui concerne l’aménagement des lieux, le recrutement de personnel et l’intervention auprès des enfants en difficulté?», se questionnent les auteurs.
Photo: Eric Feferberg Agence France-Presse «Pourquoi remplacer un système efficace par un autre qui présente déjà des défis immenses en ce qui concerne l’aménagement des lieux, le recrutement de personnel et l’intervention auprès des enfants en difficulté?», se questionnent les auteurs.

Le projet de maternelle 4 ans s’appuie sur un objectif essentiel. Intervenir le plus tôt possible auprès des enfants, appuyer leur développement dès la petite enfance, c’est incontournable. C’est l’investissement le plus rentable que l’on puisse faire en éducation, et de loin. La petite enfance, c’est là où se créent tous les fondements qui permettront les apprentissages ultérieurs. Et où l’enfant acquiert aussi le goût d’apprendre.

Mais le moyen proposé actuellement, soit de déployer des maternelles 4 ans au sein du réseau scolaire, est-il le bon ? Il est permis d’en douter. Probablement le serait-il si nous ne disposions de rien, comme c’était le cas à New York ou en Ontario. Mais c’est tout le contraire. Nous avons mis sur pied en 1997 l’une des politiques à la petite enfance les plus ambitieuses au monde : le réseau des centres de la petite enfance. Non seulement ceux-ci ont permis une entrée massive des femmes sur le marché du travail, mais ils ont amené des résultats extrêmement probants pour le développement de nos tout-petits. Ils diminuent significativement les risques pour ceux-ci d’arriver à la maternelle avec des vulnérabilités, et ce, tous revenus familiaux confondus. L’effet sur les enfants issus de milieux défavorisés est encore plus flagrant : ils sont trois à quatre fois moins susceptibles de présenter des vulnérabilités. Ni la maternelle à quatre ans ni aucun autre type de service de garde n’ont cet effet. Seuls les CPE arrivent aussi bien à limer l’écart dû au profil socio-économique et ainsi à contribuer à l’atteinte de l’objectif de l’égalité des chances.

Nous avons donc entre les mains un modèle exceptionnel, dont on s’inspire partout dans le monde. Nous nous devons de nous en inspirer aussi.

En ce sens, pourquoi remplacer un système efficace par un autre qui présente déjà des défis immenses en ce qui concerne l’aménagement des lieux, le recrutement de personnel et l’intervention auprès des enfants en difficulté ? Certes, l’appellation « maternelle 4 ans » peut encourager certains parents à y envoyer leur enfant. Mais une maternelle 4 ans doit-elle être déployée au sein des écoles uniquement ? N’est-il pas possible d’innover à nouveau pour bâtir sur notre réussite, sur nos CPE ?

Il faut poursuivre nos politiques efficaces plutôt que de recommencer sans cesse. Les meilleurs se distinguent toujours en innovant, puis en persévérant avec ce qu’ils font de mieux.

Premier jalon

Considérer le réseau des CPE comme le premier jalon de notre réseau éducatif, plutôt que comme un simple service de garde, recèle un potentiel important à prendre en compte. Plusieurs options seraient possibles, comme le déploiement des maternelles 4 ans au sein des écoles et des CPE (alors gratuits pour cette tranche d’âge). Ou, encore plus rentable et efficace, la complétion du réseau des CPE et son intégration plus officielle à notre réseau éducatif, gratuitement ou à un coût similaire à un service de garde en milieu scolaire. Ce qui permettrait l’intervention non pas seulement à 4 ans, mais en amont, là où les effets sont encore plus importants. Et de rendre accessible pour tous un service essentiel au développement de nos tout-petits.

Les CPE sont un atout pour l’avenir des enfants, mais aussi pour leurs parents. Ceux-ci y côtoient les éducatrices sur une base quotidienne, recevant ainsi un soutien crucial dans leur rôle parental. Les CPE offrent un service continu, toute la journée et à longueur d’année, dîner compris, plutôt que d’être complétés par un service de garde et des camps de jour de qualité variable. Leur environnement est à l’échelle des 0-5 ans, avec des locaux, du matériel et un programme éducatif centré sur le jeu, le vecteur par excellence du développement avant 5 ans.

Malheureusement, le nombre limité de CPE et leur coût restreignent leur accès à tous les enfants, et donc leur potentiel d’action. Parmi les enfants issus de milieux défavorisés fréquentant un service de garde, seul un sur cinq est en CPE, faute de place. Ce sont pourtant ceux qui en profiteraient le plus, car ils sont plus nombreux, en proportion, à arriver à l’école avec des vulnérabilités.

Nous semblons maintenant disposer de plusieurs centaines de millions de dollars de plus par année en éducation, ce qui est absolument formidable. Comment utiliser ces sommes pour obtenir le meilleur résultat ? Créer de toutes pièces, malgré des pièces manquantes, des maternelles 4 ans, ou développer sérieusement un réseau ayant fait ses preuves ? Miser toutes nos énergies pour intervenir à 4 ans, ou miser sur notre expertise existante pour intervenir à 1, 2 et 3 ans aussi ?

Investir d’abord dans nos CPE, pour nos enfants comme pour notre société, tel devrait être notre choix collectif.

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1 commentaire
  • Hélène Paulette - Abonnée 7 juin 2019 12 h 55

    Je vous appuie entièrement...

    À la création des garderies communautaires subventionnées, au début des années 80,le but avoué était d'intégrer éventuellement le systéme scolaire. La participation des parents était fixée selon leurs revenus, de 1$ à 12$/jour (trop cher pour la classe moyenne). De plus, un certain ministre des Affaires Sociales (Bourbeau) et père des "boubou-macoutes" a retiré le droit des bénéficiaires de l'Aide Sociale à la fréquentation des garderies. La réforme de Marois à 5$/jour a réglé le problème du coût mais a malheureusement laissé de côté les défavorisés et c'est là tout le problème. Il faut réintégrer les moins nantis et bonifier le programme et non pas disperser les investissements, comme le gouvernement Charest l'a fait en favorisant le privé.