Priorité à l’école

La pénurie d’enseignants est à son comble.
Photo: Catherine Legault Le Devoir La pénurie d’enseignants est à son comble.

Nous avons appris récemment que l’école de l’Étincelle, à Montréal, était surpeuplée au point d’utiliser des placards comme lieu d’isolement pour les élèves autistes qui en auraient besoin. Cette situation est atroce, mais elle n’est que le symptôme d’une gestion peu rigoureuse et qui manque cruellement de vision à long terme. Alors que le gouvernement en place fait de la maternelle 4 ans son cheval de bataille, quelle est la réalité sur le terrain ?

L’espace

Le manque de locaux est criant depuis des années à Montréal. Les écoles débordent et trop d’entre elles sont dans un état si lamentable qu’elles doivent fermer, et ce, pendant des années. Par exemple, il y a dans Saint-Michel l’école Sainte-Lucie fermée depuis des années et qui n’est même pas encore en chantier, comme en témoignent les mauvaises herbes dans la cour. Une cohorte complète passera tout son primaire relocalisée dans des locaux d’une école secondaire elle-même au bord de la surpopulation.

Pour pallier le manque de locaux, plusieurs écoles en sont venues à enlever les locaux aux spécialistes. Ainsi, des enseignants d’anglais, de musique ou d’arts plastiques doivent se promener de classe en classe avec un chariot comprenant tout le matériel nécessaire pour donner leurs cours. On peut donc facilement comprendre que l’envergure des projets écope, malgré toute la bonne volonté de ces professionnels. On peut aussi facilement comprendre pourquoi certains postes de spécialistes restent à pourvoir.

Le personnel

Mais il n’y a pas que le manque de locaux qui s’avère un défi de taille pour les commissions scolaires. Il y a également le manque de personnel. Nous l’avons vu, lu et entendu au cours des derniers mois : la pénurie d’enseignants est à son comble. La situation actuelle dans les écoles y est pour beaucoup, tout comme le manque de professionnels, qu’il s’agisse de psychologues, d’orthopédagogues, d’orthophonistes ou de psychoéducateurs. Ces professionnels doivent malheureusement prioriser les élèves qui, selon eux, ont davantage de besoins, laissant pour compte des élèves en difficulté, des titulaires à court de ressources et des parents désemparés.

Puis, dans un ultime effort de garder ses enseignants, la CSDM a récemment décidé de refuser les retraites progressives. Dans le contexte où l’on souhaite garder ses employés, s’attaquer à leurs avantages sociaux relève évidemment d’une fausse bonne idée. D’autant plus que 25 % des enseignants démissionnent avant cinq ans de travail, je ne vois vraiment pas comment cette décision pourrait améliorer quoi que ce soit.

Les demandes d’évaluation se font également souvent attendre. Alors que des parents préfèrent se tourner vers le privé pour avoir une évaluation psychologique plus rapidement, plusieurs d’entre eux ne peuvent tout simplement pas s’offrir ce luxe. Ils doivent alors attendre les professionnels lorsqu’ils sont disponibles et c’est souvent une attente éreintante qui les attend. Je connais même un élève pour qui une demande en psychologie a été déposée vers le mois d’octobre. Les résultats sont arrivés à la dernière semaine de classe, au mois de juin.

Pour combattre le manque de personnel, plusieurs commissions scolaires ont commencé à engager quiconque possède un baccalauréat. Je comprends que nous soyons en situation de pénurie et qu’il faille trouver des solutions, mais prétendre que n’importe qui peut enseigner revient à considérer notre diplôme d’enseignant comme un simple bout de papier.

Les classes

Il y a également toute la question du ratio maître-élèves qui pose problème. Le maximum d’élèves dans une classe de la CSDM est de 22 en première année et de 26 en sixième année. Sur quelle planète vivons-nous pour nous permettre de penser qu’un enseignant seul et sans ressources pourrait réussir à transmettre de façon adéquate une nouvelle matière à 26 cerveaux d’enfants en ébullition ? Une professeure à l’université nous a un jour dit qu’on « ne peut pas tous les sauver ». J’aimerais à tout le moins avoir pris tous les moyens nécessaires collectivement avant d’accepter d’abandonner des élèves.

Dans une classe d’accueil au primaire, le maximum d’élèves est de 17. Nul besoin de vous mentionner que toutes ces classes sont pleines. Prenons simplement un instant pour nous demander comment 17 élèves parlant huit ou neuf langues différentes sont censés apprendre efficacement et ultimement bien s’intégrer au système scolaire québécois. Il s’agit pour eux d’un baptême de feu.

Quelques pistes de solution

L’argument principal en faveur de l’implantation des maternelles 4 ans est la détection précoce des difficultés d’apprentissage, et il est vrai que nous avons grandement besoin de déceler plus tôt les besoins de nos élèves. Le problème, c’est que nous avons trop longtemps négligé le système d’éducation pour pouvoir nous permettre un tel projet.

Il faudrait d’abord construire des écoles. Ce serait la base. Ce serait un long chantier qui nécessiterait temps et argent, mais c’est ce qu’on appelle une solution à long terme. Les maternelles 4 ans sont une bonne idée en soi, mais elles ne pourraient pas s’épanouir pleinement dans le contexte actuel. Parce que, même si nous accueillons ces élèves plus tôt dans le système scolaire, ils se buteront aux mêmes défis qui n’ont jamais été prioritaires.

On pourrait ensuite parler du ratio maître-élèves afin d’assurer un climat propice à l’apprentissage et, déjà, je vous garantis que nous pourrions observer une diminution de démissions chez les enseignants.

Parce que c’est ça, le nerf de la guerre : sans locaux et sans enseignants qualifiés, il ne peut pas y avoir de maternelles 4 ans.

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