Réflexions autour des maternelles 4 ans

«Sur la gratuité des maternelles: oui, elles sont gratuites, mais leur implantation implique le renforcement ou la création d’autres services (de garde ou de loisirs) qui, eux, sont payants», rappelle l'auteure.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Sur la gratuité des maternelles: oui, elles sont gratuites, mais leur implantation implique le renforcement ou la création d’autres services (de garde ou de loisirs) qui, eux, sont payants», rappelle l'auteure.

Voici quelques réflexions que j’aimerais ajouter aux commentaires publiés dans Le Devoir du 30 mai, tant dans son éditorial que dans la chronique de Michel David, textes que j’appuie totalement. J’aimerais aussi préciser que je suis retraitée du réseau de la santé et des services sociaux et grand-mère de quatre enfants, dont trois ont fréquenté un CPE. La dernière s’est retrouvée dans un milieu de garde privé, faute de place en CPE. Dans ma vie professionnelle en CLSC, j’ai travaillé en étroite collaboration avec des CPE dans le cadre de projets novateurs visant à améliorer le bien-être de tout-petits et de leur famille.

Le libre choix des parents : c’est un des arguments du ministre Roberge et de la CAQ, afin d’appuyer leur « croyance » dans la complémentarité des réseaux de centres de la petite enfance et des maternelles 4 ans ; or, ce choix n’existe pas. Les places en CPE ne représentent que le tiers de l’ensemble des places en services de garde, tous types confondus ; depuis 2003, les gouvernements libéraux qui se sont succédé ont peu développé le réseau des CPE, reconnu par tous comme étant d’une grande qualité. Les huit dernières années ont été particulièrement éprouvantes pour ce réseau, en limitant encore plus ses ressources et ses capacités de développement.

M. Égide Royer, un des experts au Québec en petite enfance, et défenseur acharné de l’implantation des maternelles 4 ans mur à mur, affirme que les CPE n’ont pas réussi à diminuer le taux significatif de vulnérabilité chez les enfants. Compte tenu du fait que l’accessibilité aux CPE est très limitée depuis des années, son argument me semble quelque peu fallacieux.

Sur la gratuité des maternelles : oui, elles sont gratuites, mais leur implantation implique le renforcement ou la création d’autres services (de garde ou de loisirs) qui, eux, sont payants ; ces maternelles se concentrant sur des demi-journées. Des services de garderie scolaire adaptés aux petits de 4 ans devront se déployer, mais dans quels locaux et avec quel personnel ? Pensons aux journées pédagogiques, aux vacances des Fêtes, à la semaine de relâche et aux vacances estivales ! En effet, de nouveaux services devront être créés.

Manque de stabilité

De plus, ces changements successifs de formule de garde pour ces jeunes enfants ne peuvent constituer de toute évidence un milieu de vie stable et stimulant, conditions importantes pour soutenir le développement global de l’enfant. Et c’est ce que les parents recherchent pour leurs enfants.

À moins que des ententes s’établissent entre les milieux de garde publics et les maternelles afin d’offrir une plus grande stabilité aux enfants pendant les périodes où il n’y a pas « classe », solution déjà évoquée par différents intervenants.

Quant à l’attitude du ministre de l’Éducation, il faut souligner ici l’entêtement remarquable de M. Roberge dans son refus d’entendre les arguments de ceux qui remettent en question son projet, sous prétexte que ces derniers défendent des intérêts purement corporatistes. Devant un enjeu aussi important, le ministre semble en faire une question personnelle et, coûte que coûte, le mettra en place. Cette détermination, qui en d’autres circonstances pourrait être requise, au-delà de toute logique, devient inquiétante.

Cela rappelle étrangement le comportement hostile et arrogant d’un certain Gaétan Barrette alors qu’il était à la barre du ministère de la Santé et des Services sociaux, et qu’il défendait âprement son projet de loi 10, envers et contre tous, ou presque. Beaucoup d’observateurs jugent partagé l’impact de cette réforme, voire désastreux dans certains secteurs d’intervention, tels que les services sociaux, dont on commence à peine à constater l’étendue.

Pourquoi se précipiter ainsi et prendre le risque de dérives importantes, d’autant plus que les coûts générés par l’implantation des maternelles 4 ans ont déjà triplé par rapport à ceux prévus au départ ?

Il me semble qu’il serait nettement plus utile et prometteur que les réseaux de la Famille, de la Santé et des Services sociaux, et de l’Éducation se concertent étroitement, avec l’aide de différents experts, afin de planifier l’implantation des différents services requis à la petite enfance pour le plus grand bien-être de nos tout-petits et de leur famille. Les différents éléments existent déjà, il faudrait les arrimer et les développer. Pour cela, il faudrait adopter une attitude ouverte et non doctrinaire.

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