Investissement Québec est un formidable outil à peaufiner

«Au coeur du développement économique québécois depuis plus de vingt ans, IQ est mûre pour passer à la vitesse supérieure», croient les auteurs.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «Au coeur du développement économique québécois depuis plus de vingt ans, IQ est mûre pour passer à la vitesse supérieure», croient les auteurs.

La tendance est claire : les économies capitalistes, en Asie comme en Occident, renouent avec l’interventionnisme depuis 2008. Les sociétés d’État, les banques publiques d’investissement et les fonds souverains sont de plus en plus nombreux, de même que les subventions industrielles de tous types. Cette tendance s’observe aussi dans le secteur de la promotion du commerce et de l’investissement. Depuis vingt ans, les agences gouvernementales et publiques de promotion des investissements étrangers se multiplient à divers niveaux et voient leurs mandats s’élargir.

Ces organisations ne s’affairent plus qu’à la simple prospection des investissements, mais sélectionnent, accompagnent et financent souvent ces investisseurs afin d’en assurer le maillage optimal aux stratégies de développement économique de leur juridiction. Elles sont par ailleurs de plus en plus fréquemment responsables de la promotion des exportations, notamment parce que cette double fonction permet une telle synchronisation des stratégies de développement et facilite l’attraction d’investisseurs dont les activités sont axées sur la réexportation.

C’est dans ce contexte que l’on doit envisager les réformes qu’apportera bientôt le gouvernement Legault à Investissement Québec (IQ) en matière de financement entrepreneurial et de diplomatie commerciale. IQ est l’une des plus importantes sociétés d’État à vocation économique du Québec, aux côtés de la Caisse de dépôt (avec laquelle elle collabore d’ailleurs fréquemment) et d’Hydro-Québec. Pourtant, la population québécoise la méconnaît : selon un sondage inédit que nous avons commandé à des fins de recherche, plus des trois quarts des Québécois sont peu ou pas du tout au fait des responsabilités et activités d’IQ.

Un rôle essentiel

Or, en matière de financement et d’appui aux entreprises, d’une part, le rôle d’IQ est déjà essentiel. Le financement sous forme de prêts en constitue la part dominante, puis est octroyé par l’entremise d’un « réseau régional » composé de 17 bureaux répartis à travers le Québec. Ce réseau permet le déploiement d’initiatives structurantes telles que la récente « Propulser nos manufacturiers innovants », qui finance et appuie l’industrie manufacturière québécoise dans la modernisation (4.0.) de ses équipements et de ses procédés de production afin de pallier les pénuries de main-d’oeuvre et les délocalisations. Le tout nouveau réseau des « centres d’expertise industrielle 4.0. » en sera le prolongement.

Cette présence régionale distingue également IQ du secteur bancaire traditionnel, tout comme son implication dans des projets plus risqués et/ou des secteurs moins rentables, son offre de capital « patient » et de conditions financières flexibles, puis son soutien à la R et D, à l’innovation organisationnelle et à l’économie sociale. IQ est aussi fort active dans les domaines de l’investissement en équité et du capital de risque, notamment par l’entremise de filiales telles que Ressources Québec, puis d’une foule de fonds partenaires en partie capitalisés par IQ, tels que Novacap, iNovia, Lumira, White Star, XPND, Cycle Capital, AmorChem, Teralys, Persistence Capital Partners, CTI ou ACET. En 2018, son portefeuille était désormais composé à 40 % de participations et de capital de risque.

Prise de risques

C’est surtout ce volet des activités d’IQ que le gouvernement du Québec souhaite voir s’intensifier, par une approche plus proactive face aux entrepreneurs, une prise de risques plus importante, puis l’acquisition plus fréquente de parts et, lorsqu’approprié, de minorités de blocage dans des entreprises stratégiques du Québec inc. La bonification, de l’ordre de 1 milliard de dollars, du capital-actions d’IQ, de même que la création d’une enveloppe spéciale d’un autre milliard notamment consacrée à la rétention des sièges sociaux attestent de ce nationalisme économique, qui mérite d’être salué.

Les réformes souhaitées par le gouvernement Legault seront également bienvenues quant au deuxième grand champ d’expertise d’IQ, qui s’occupe de la prospection des investissements directs entrants via son réseau de bureaux à l’étranger et sa participation aux grandes foires industrielles internationales ainsi qu’aux missions commerciales du Québec. La contribution d’IQ à ces égards est déjà inestimable, mais une intégration partielle ou complète des activités de promotion des exportations actuellement menées par Export Québec et les attachés commerciaux québécois lui permettrait de bonifier et de coordonner son offre de services.

Cela lui permettrait également de solidifier son statut de précurseure parmi les agences du même type à l’échelle internationale. À ce titre, la présence mondiale d’IQ gagnerait enfin à être élargie : sur ses douze bureaux à l’étranger, le tiers se trouve aux États-Unis, ce qui ne laisse qu’à huit bureaux le soin de couvrir le reste des marchés de la planète. C’est insuffisant. Au coeur du développement économique québécois depuis plus de vingt ans, IQ est mûre pour passer à la vitesse supérieure. Que le nouveau gouvernement du Québec cherche à lui donner les moyens de ses ambitions est une excellente nouvelle.

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1 commentaire
  • Marcel Vachon - Abonné 23 mai 2019 09 h 27

    Super.

    Bravo et bravo. Enfin. J'ai l'impression que le Québec sort de sa coquille et étend ses racines avec assurance. Super.