Modifier la loi sur la DPJ

«Pour aider la DPJ à rester saine alors qu’elle doit constamment travailler en urgence avec des agresseurs, des gens irresponsables, fous, violents ou manipulateurs, il faut créer un ombudsman indépendant responsable des plaintes du public», écrit l'auteure.
Photo: iStock «Pour aider la DPJ à rester saine alors qu’elle doit constamment travailler en urgence avec des agresseurs, des gens irresponsables, fous, violents ou manipulateurs, il faut créer un ombudsman indépendant responsable des plaintes du public», écrit l'auteure.

La DPJ (Direction de la protection de la jeunesse) ne fonctionne pas depuis longtemps. Tous les gouvernements québécois ont fait preuve de négligence envers nos enfants, alors que la violence de la société augmente. Ils n’ont pas assuré un financement adéquat ni une surveillance de l’efficacité de la DPJ. Ils ont laissé des juges prendre des décisions sans qu’ils aient de connaissances sur la santé mentale des enfants et des adultes.

Pourtant, nous vivons dans un monde où les parents se séparent parfois sans établir une bonne entente dans l’intérêt des enfants ; des enfants mineurs immigrent seuls en provenance de pays en guerre ; plusieurs directions d’école ont peur de faire des signalements contre les parents ; les jeunes se font contacter par des agresseurs sur les réseaux sociaux. Il est surprenant de constater que les gouvernements coupent dans les budgets des services publics où une majorité de femmes travaillent : à la DPJ, chez les infirmières et les professeures. Elles nous disent être épuisées et mal financées par l’État. Réduire la dette et financer les compagnies semble plus important.

Pourtant, ce ne sont ni les comptables, ni les administrateurs, ni les avocats, ni les juges qui connaissent la folie, la manipulation ou ce qui est nécessaire à la sécurité d’un enfant. Dans notre système de droit, les juges prennent souvent des décisions sans tenir compte de l’avis des experts. Durant ma pratique de psychologue, j’ai vu une femme juge accorder la garde de sa fille de 8 ans à une mère à son second sevrage d’héroïne, contre l’avis de la psychologue traitante de l’enfant. J’ai vu un juge obliger une enfant à voir sa mère une fois par semaine avec un garde armé et une agente de la DPJ alors que la mère avait tenté de noyer l’enfant.

Se fier aux experts

À Granby, nous venons de voir un juge qui a laissé une femme accusée de voie de fait et un conjoint irresponsable avoir la garde d’une enfant qui est décédée. Pensez-vous que ces enfants ont été protégés par l’État ? Mais ne tapez pas sur la DPJ, car c’est un service de dernière chance pour les enfants qui doit perdurer au-delà des changements de gouvernement. Pour cela, la loi sur la DPJ doit être modifiée de façon à obliger un juge à se fier aux experts (psychologues, éducateurs spécialisés, travailleuses sociales sur le terrain) sous peine de sanctions. De plus, la loi sur la DPJ doit obliger des budgets annuels récurrents en fonction des demandes de l’année précédente, avec une augmentation au coût de la vie et une amélioration des salaires. Surtout, essayons d’améliorer les interventions de la DPJ, qui a pour l’instant une culture fermée et désorganisée, faute de moyens.

Rappelons-nous ces jeunes filles placées en centre jeunesse qui faisaient de la prostitution ; ces agents qui ramassaient dans une cour d’école un enfant qui n’avait rien à voir avec la DPJ. Un jour, j’ai fait un signalement à la DPJ, car une cliente grand-mère m’avait rapporté que sa petite-fille de 5 ans se masturbait devant d’autres enfants ; or, ce comportement est décrit dans la littérature en psychologie comme étant souvent associé à un abus de l’enfant. La DPJ m’a répondu que le dossier était fermé, sans plus. Je déduis qu’il n’y a pas une très grande collaboration avec les experts externes ayant les connaissances requises.

Un ombudsman indépendant

Pour aider la DPJ à rester saine alors qu’elle doit constamment travailler en urgence avec des agresseurs, des gens irresponsables, fous, violents ou manipulateurs, il faut aussi créer un ombudsman indépendant responsable des plaintes du public (mais pas la Gestapo), avec un pouvoir de faire enquête et d’améliorer continuellement le fonctionnement de la DPJ. Dans les dossiers difficiles ou urgents, une règle intelligente consiste à utiliser plusieurs experts, car plusieurs personnes ont moins de risques de se tromper. Une seule personne au dossier peut plus facilement être manipulée au sujet de la sécurité de l’enfant, car elle établit un lien avec les parents.

Alors, il est temps de prendre notre responsabilité comme société et de ne pas juste faire semblant de nous occuper des enfants. M. François Legault et Mme Sonia LeBel, aurez-vous le courage de modifier la loi sur la DPJ et son fonctionnement pour la sécurité de nos enfants ?

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4 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 15 mai 2019 17 h 47

    Bref !

    « M. François Legault et Mme Sonia LeBel, aurez-vous le courage de modifier la loi sur la DPJ et son fonctionnement pour la sécurité de nos enfants ? » (Louise Mercure, Ph.D. en psychologie, à la retraite)

    Qu’importe ce genre de demande de modification, la loi sur la DPJ ne peut, en aucun moment, empêcher une enfant de 7 ans, d’exemple récent, de fouiller dans les poubelles et de mourir avec un corps biafrais, et ce, pendant qu’elle se trouvait en situation de « protection sociale ou familiale » !

    On-dirait que, de l’Application de cette Loi, et de la Tragédie de Granby, la cause de l’Enfance-Jeunesse semblait méconnaître les service de la DPJ de l’Estrie !

    Bref ! - 15 mai 2019 -

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 15 mai 2019 17 h 49

    Bref !

    « M. François Legault et Mme Sonia LeBel, aurez-vous le courage de modifier la loi sur la DPJ et son fonctionnement pour la sécurité de nos enfants ? » (Louise Mercure, Ph.D. en psychologie, à la retraite)

    Qu’importe ce genre de demande de modification, la loi sur la DPJ ne peut, en aucun moment, empêcher une enfant de 7 ans, d’exemple récent, de fouiller dans les poubelles et de mourir avec un corps biafrais, et ce, pendant qu’elle se trouvait en situation de « protection sociale ou familiale » !

    On-dirait que, de l’Application de cette Loi, et de la Tragédie de Granby, la cause de l’Enfance-Jeunesse semblait méconnaître les services de la DPJ de l’Estrie !

    Bref ! - 15 mai 2019 -

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 16 mai 2019 21 h 48

    Oui, il faudra Modifier la loi sur la DPJ pour protéger les enfants du lavage de leur cerveau par les religions. Il s'agit là d'une maltraitance qui les marque souvent pour la vie sans possiilité de s'en débarrasser, sur la base de l'irrationalité des croyances

  • Nicole Desjardins - Abonnée 16 mai 2019 23 h 35

    Les ordres professionnels

    Création d'un « ombudsman indépendant »: pas bête!
    Doit-on comprendre que les différents ordres professionnels concernés (travailleurs sociaux, criminologues, psychologues, sexologues...) ont failli dans leur rôle de protection du public?