Les psychiatres sont dignes de confiance

«L’avis du psychiatre ayant été la pierre angulaire de mon rétablissement, l’impression que tout le monde peut se prononcer sur cette profession de façon aussi péremptoire m’irrite profondément», écrit l'auteur.
Photo: iStock «L’avis du psychiatre ayant été la pierre angulaire de mon rétablissement, l’impression que tout le monde peut se prononcer sur cette profession de façon aussi péremptoire m’irrite profondément», écrit l'auteur.

Je suis atteint d’un trouble bipolaire de type II et d’un trouble d’anxiété généralisée. J’ai été suivi au cours des dix dernières années par quatre psychiatres différents et j’ai la chance de travailler avec des psychiatres dans mes fonctions d’assistant de recherche à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas.

Dans la foulée de la tenue du Forum Jeunes et santé mentale qui se tiendra le 13 mai prochain, je ne peux m’empêcher de réaffirmer haut et fort la confiance que méritent les psychiatres, et ce, principalement pour le bien-être des gens qui sont touchés ou seront un jour touchés par un trouble de santé mentale.

Méfiance

L’actualité des derniers mois a mis en lumière des cas malheureux de gens que le système n’a pu sauver, soulevant des doutes légitimes quant aux décisions qui ont été prises par les psychiatres impliqués. En parallèle, un discours remettant en question l’expertise des psychiatres et critiquant leur supposée tendance à n’avoir recours qu’à la pharmacologie pour régler tous les problèmes gagne de plus en plus d’importance.

Le discours critique sur la psychiatrie n’est pas nouveau. On critique cette discipline pratiquement depuis qu’elle est née, et particulièrement depuis les années 1960 avec le discours antipsychiatrique. Seulement, de plus en plus, il n’est plus question de critique, qui est nécessaire, mais de méfiance envers ceux qui ont la responsabilité d’améliorer et de sauver les vies des gens aux prises avec un trouble de santé mentale. On cherche de plus en plus à faire un procès à la psychiatrie sans aller en profondeur dans les enjeux qui ont trait à la profession, lesquels mériteraient des débats plus sereins et des positions moins braquées.

Le chemin vers la déstigmatisation de la maladie mentale, qui sera long et ardu, est bel et bien entamé, mais la psychiatrie, elle, souffre toujours d’une stigmatisation bien ancrée en raison de son passé lugubre. La psychiatrie a connu une succession de révolutions, mais c’est comme si l’on imaginait encore que la lobotomie était utilisée couramment, et que la désinstitutionnalisation n’avait pas eu lieu. Aujourd’hui, pourtant, la psychiatrie s’est affranchie des histoires horribles du passé, et est par le fait même devenue une discipline moderne qui s’appuie sur des données probantes.

Si le discours de méfiance vis-à-vis de la psychiatrie gagne autant d’adeptes, c’est que tout le monde a, un jour ou l’autre, ressenti de la détresse semblable aux symptômes d’un trouble anxieux ou dépressif, symptômes qui se sont en définitive dissipés sans nécessiter d’interventions plus sérieuses. Dès lors, à peu près n’importe qui estime avoir l’expertise nécessaire pour se prononcer sur les soins à prodiguer aux personnes qui souffrent. Pour s’attaquer à l’augmentation importante et réelle des cas de maladie mentale des dernières années, on en vient rapidement à conclure que les changements dans les habitudes de vie, qui font, du reste, partie de la solution, peuvent à eux seuls guérir le mal.

Mon expérience

L’effet pervers le plus notoire de cette méfiance grandissante vis-à-vis de la psychiatrie est que les gens en situation de détresse vont refuser de suivre les conseils du psychiatre et la médication qu’on leur prescrit, ou vont l’abandonner. On voit de tels cas tous les jours où je travaille. Pour ce qui est des troubles dits plus « sévères », cela retarde leur rétablissement, les maintient dans la souffrance et détériore les pronostics. Par exemple, chez les personnes qui ont connu un premier épisode psychotique, le taux de rechute des gens qui interrompent la médication est de 77 % après un 1 an et de 90 % après 2 ans, selon une étude citée dans le Cadre de référence pour programmes d’interventions pour premiers épisodes psychotiques paru en 2018. Si les conséquences de ne pas suivre les recommandations du psychiatre pour un trouble moins sévère peuvent ne pas être aussi graves, il n’en demeure pas moins que ces recommandations sont à prendre au sérieux.

Au cours des dix dernières années, jamais je n’ai eu l’impression qu’on ne m’a que prescrit des pilules sans prendre en considération les autres dimensions de ma situation. Cette expérience est identique à celles que j’observe au travail. Les psychiatres que je côtoie se préoccupent des problèmes psychosociaux des patients, les encouragent à avoir recours à une pluralité de traitements et, dans les cas où leurs patients le demandent, sont prêts à réduire leur médication si les effets secondaires deviennent envahissants et que leur vie n’est pas en danger.

L’avis du psychiatre ayant été la pierre angulaire de mon rétablissement, l’impression que tout le monde peut se prononcer sur cette profession de façon aussi péremptoire m’irrite profondément. À la clinique où je travaille, j’ai parlé à des parents dont les enfants ont vu leur vie changer lorsqu’ils ont cessé de se méfier de ceux qui les traitaient. Continuons de débattre d’une science ayant certes son lot d’ambiguïtés, mais cessons de diaboliser la psychiatrie.

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