Savoir dire non à la commission parlementaire sur le projet de loi 21

«Il est clair que, si la loi 21 est adoptée, nous nous retrouverons collectivement sur le terrain glissant de la discrimination et du racisme», croit l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Il est clair que, si la loi 21 est adoptée, nous nous retrouverons collectivement sur le terrain glissant de la discrimination et du racisme», croit l'auteur.

Lorsqu’un peuple assume fièrement son identité socio-économique, les manifestations culturelles et religieuses étrangères ne posent pas problème et sont plutôt perçues comme venant enrichir le fonds culturel commun. Toutefois, lorsque ce n’est pas le cas, ces expressions sont vues comme de la provocation et peuvent même engendrer le rejet pur et simple des nouveaux arrivants. On a vu cela en France.

C’est alors que ces nouveaux venus se regroupent en ghettos. Dans le cas des immigrants de la région de Montréal toutefois, c’est différent. Ils préfèrent s’intégrer à la culture anglo-canadienne dominante. Notons qu’à ce jeu, le Québec francophone perd déjà une grande partie de ses immigrants à la faveur de la communauté anglo- canadienne.

Lors de la commission Bouchard-Taylor, il est apparu que ce n’était pas tant le statut des cultures et religions étrangères qui posait problème chez nous, mais plutôt le statut de la culture québécoise qui, incidemment, dans le vaste fouillis de la fédération canadienne, se cherche toujours une place. Aussi, ainsi privés d’une identité reconnue constitutionnellement, les Québécois s’en prennent régulièrement aux minorités culturelles et religieuses.

Alors que la population québécoise n’a toujours aucun papier officiel pour prouver qu’elle existe et forme une nation distincte, elle ne voit pas en effet pourquoi ces gens, possédant le statut d’immigrants canadiens, auraient le droit de les narguer sur leur propre territoire.

Or, tel que présenté par le gouvernement Legault, le projet de loi 21 sur la laïcité de l’État est l’expression même de ce mal identitaire qui nous ronge. Rappelons d’abord aux jeunes élus du gouvernement Legault que la séparation entre l’Église et l’État est chose faite depuis au moins cinquante ans au Québec. Férus de cette ignorance, qui sont-ils donc pour présenter une Loi sur la laïcité ?

Et plus largement, en vertu de quels principes les immigrés devraient-ils tout à coup être tributaires de vertus que nous n’assumons même pas nous-mêmes ? Car, tant et aussi longtemps qu’on ne rouvrira pas le dossier constitutionnel, notre statut comme nation québécoise restera indéfini.

Populisme de bas étage

Dans pareil contexte, le projet de loi 21 s’apparente plutôt à du populisme de bas étage, l’affirmation soudaine et inutile de la laïcité de l’État faisant ici office d’écran de fumée pour cacher l’incapacité chronique du Québec à se situer politiquement.

La vraie question qui se pose dans tout ce débat n’est pas tellement de savoir si les femmes musulmanes peuvent garder le voile à leur travail, mais plutôt celle de savoir si leurs enfants auront le goût de s’intégrer à la société québécoise et n’auront pas, eux, à porter ce symbole religieux d’un autre âge.

Pour l’instant, il est pour le moins prétentieux de penser que le Québec réglera le problème de l’infériorité de la femme musulmane en lui arrachant sauvagement le voile de la face. Donnons plutôt à celle-ci et à ses descendants l’occasion de voir ce qu’un Québec rayonnant et qui s’assume a à offrir. C’est sur des générations et en douceur que l’intégration des nouveaux arrivants doit se faire et non pas par la force.

D’ici là, il est clair que, si la loi 21 est adoptée, nous nous retrouverons collectivement sur le terrain glissant de la discrimination et du racisme. Avant que cette situation ne se produise, j’en appelle à la raison pour que l’on boycotte cette commission parlementaire bidon. Alors que, pour le gouvernement Legault, les dés sont déjà jetés quant au port du voile, pourquoi aller plus loin avec cet exercice nauséabond ?

Rappelons que, chez les Grecs, la polis, c’est-à-dire l’organisation de la cité-État, était un pouvoir qui n’avait qu’un but : favoriser le mieux-être des membres de la cité ! Utiliser cette polis autrement que pour le bon fonctionnement de la cité, par exemple en créant de la zizanie et des tensions inutiles dans la population, était pour eux un non-sens. Cela ne pouvait que mettre en péril le bon ordre social.

Suivant cet héritage, c’est l’ensemble des citoyens qui doivent immédiatement se mobiliser. Car participer à cette comédie de mauvais goût, c’est avaliser une initiative totalitaire qui, dans un contexte démocratique, n’a pas sa place !

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58 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 11 mai 2019 01 h 31

    Des accusations gratuites sans fondement.

    Honte à vous monsieur Pierre Desjardins. En nous accusant de racisme, vous n'apportez rien au débat sauf votre mépris pour le peuple québécois. Vous n'avez rien compris de l'histoire des dernières 40 ans qui a produit un mouvement islamiste intégriste internationale qui veut détruire les valeurs occidentales. Comme l'exprime bien madame Fatima Houda-Pepin, l'islamisme instrumentalise la religion à des fins politiques. Vous lancez des accusations sans jamais avoir lu un seul livre sur l'islam politique et ses dérives. Il n'y a pas longtemps, il n'y avait pas une seule femme voilée dans les villes des pays arabes de l'Afrique du Nord. Le voile que vous banalisez symbolise ce mouvement intégriste wahhabite qui provient de l'Arabie saoudite. Informez-vous.

    • Claude Bariteau - Abonné 11 mai 2019 12 h 47

      Ce Pierre Desjardins est ailleurs.

      Où ? Je ne saurais le dire. Mais là où il est, je l'imagine souffrant.

      De quoi ? Je ne le sais pas.

      ll souffre et crie sa souffrance parce qu'il voit que ceux et celles qui l'entourent ne s'occupent de lui, ce qui l'isolent encore plus dans sa souffrance.

      Je n'ai jamais pensé que la philosophie pouvait faire souffrir à ce point.

    • Jacques Maurais - Abonné 12 mai 2019 06 h 22

      J’ajouterai aux affirmations gratuites mentionnées par Mme Alexan celle-ci, qui mérite pour le moins d’être nuancée : « chez les Grecs, la polis, c’est-à-dire l’organisation de la cité-État, était un pouvoir qui n’avait qu’un but : favoriser le mieux-être des membres de la cité ». Les membres de la cité? On en excluait d’emblée la moitié, les femmes. Puis les métèques (les immigrants si vous voulez) qui n’avaient que des droits réduits ne leur permettant pas de participer à la vie politique et dont d’ailleurs on souhaitait qu’ils n’amènent pas avec eux leurs divinités. Puis il y avait la foule des esclaves, absolument indispensables dans une ville comme Athènes. Car il fallait bien qu’il y ait des gens qui produisent pour payer l’indemnité journalière qui permettait aux mâles citoyens (la minorité!) de participer aux assemblées publiques, de siéger à l’Héliée (jusqu’à 6000 juges, ou plutôt jurés, selon l’importance du procès) et aux autres tribunaux ou encore d’assister aux tragédies de Sophocle ou aux comédies d’Aristophane, toutes activités qui pouvaient durer toute une journée. Évidemment, quand il s’agissait de défendre la patrie athénienne, on pouvait conscrire métèques et esclaves.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 12 mai 2019 08 h 30

      Vous nous avez habitué à mieux, monsieur Bariteau.

    • Jean-François Trottier - Abonné 12 mai 2019 08 h 51

      L'analyse de M. Pierre Desjardins est si loin de la réalité qu'il est difficile de ne pas porter de jugement sur lui.

      Incapable de voir que le grand malaise identitaire est celui de la portion de la majorité WASP qui vit au Québec, majorité qui a besoin de rejeter son mal sur la minorité québécoise comme le font les racistes américains avec les noirs, en leur prêtant mille défauts pour ne pas se regarder.

      Il aurait dû jauger la puissance massive des médias anglophones, les seuls à être lus à l'extérieur du Québec en AMérique du Nord, et donc les seuls à recevoir un écho positif parce que jamais contredits. Nenni.

      Il n'a aucun esprit critique face à la volonté arrêtée d'Ottawa de folkloriser toute culture autre que la dominante, alors que c'est la réalité tangible que l'on voit.

      Il est possible qu'il ne sache pas que partout où est appliquée une forme de multiculturalisme, une violence aveugle surgit et ne se règle jamais. Les cas les plus connus pour nous sont la Grande-Bretagne, lieu du plus grand nombre d'attentats religieux au monde, et l'Ontario, qui détient tous les records au Canada.
      Il aurait dû se renseigner avant de pondre sa lettre. Il le pouvait. Il ne l'a pas fait.
      Il aurait dû voir que si le statut de la culture québécoise est en question, c'est uniquement parce que les québécois essuient des attaques débiles de racisme de la part de la majorité WASP.
      Il refuse le constat que les Québécois sont une minorité et du coup se permet passer outre à l'hypocrisie crasse des WASP quand ils jouent les victimes... 60 ans de déni, minimum!

      Il préfère la lâcheté et le confort intellectuel. Bin coudon.

      Est-ce esprit de colonisé ? Sûrement, un peu.
      Malaise identitaire personnel ? Possible.

      Quant sa question, à savoir si les immigrants auront le goût de s'intégrer... Pourquoi ne suggère-t-il pas qu'on lèche la tapis WELCOME à l'entrée ?
      Côté veulerie, c'est la cerise sur le dimanche. Le 12 mai.

  • Réal Boivin - Abonné 11 mai 2019 07 h 11

    La philosophie de l'ignorance

    Pierre Desjardins aurait intérêt à sortir de sa tête pour pouvoir regarder le monde réel.
    Tous les pays où le religieux est présent dans les affaires de l'état sont des régimes totalitaires. Et tous les dogmes religieux enferment leurs adeptes dans le communautarisme qui est le ferment du rejet de l'autre.

    Encore une fois, une personne qui se proclame philosophe, se sert du PL21 pour vomir sa haine sur le peuple québécois.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 12 mai 2019 08 h 35

      Les «vomissures», ce sont plutôt ceux qui déjectent l'anathème sur les «philosophes» plutôt que de critiquer leurs points de vue qui empestent les fils de discussion. Je vous sais capable de mieux, monsieur.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 12 mai 2019 10 h 37

      « Qui EN empestent les fils... ». Je parle des déjections et non de ceux qui EN encombrent les fils. Désolé pour l'indélicatesse bien involontaire.

  • Cyril Dionne - Abonné 11 mai 2019 07 h 53

    Savoir dire non au lobby religieux

    « Rappelons d’abord aux jeunes élus du gouvernement Legault que la séparation entre l’Église et l’État est chose faite depuis au moins cinquante ans au Québec. »

    Faux. Selon le préambule de la Loi constitutionnelle de 1982, il est spécifié notamment que « le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit ». Vous avez bien lu, la suprématie d’un dieu quelconque. Est-ce que c’est un dieu grec, un dieu romain, une divinité autochtone ou les dieux vengeurs des religions monothéistes? Or, les provinces sont subordonnées au gouvernement fédéral et ne sont que des succursales d’Ottawa en fait de droits législatifs.

    « La vraie question qui se pose dans tout ce débat n’est pas tellement de savoir si les femmes musulmanes peuvent garder le voile à leur travail, mais plutôt celle de savoir si leurs enfants auront le goût de s’intégrer à la société québécoise et n’auront pas, eux, à porter ce symbole religieux d’un autre âge. »

    Misère. Nous sommes bien en 2019 et les amis imaginaires des contes pour enfants n’existent pas même si on dit qu’on est sincère dans notre croyance. Est-ce qu’il s’agit ici d’une anomalie psychologique ou d’une visée d’une idéologie politico-religieuse? Le secret est dans la Caramilk.

    Et d’un autre âge pour le voile vous dites? Essayez donc il y a plus de 1 400 ans. On espère que ceux-ci courront les hôpitaux lorsqu’ils seront malades au lieu de s’en remettre à un dieu quelconque. Enfin, lorsqu’ils ont immigré ici, n’avaient-ils pas le goût de s’intégrer à la société québécoise? Sinon, ils se sont trompés de pays. Et en plus, on doit accepter leurs différences qui viennent directement d’une faille spatio-temporelle d’un autre millénaire.

    Misère à la puissance de 10.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 12 mai 2019 08 h 41

      Vous savez très bien que l'affirmation de la suprématie de dieu est sans effet. Nommez-moi le prélat qui peut opposer son veto aux décisions de nos parlements en prenant appui sur cela. L'article 2a de la charte canadienne accorde-t-elle un quelconque privilège à ceux qui exercent leur liberté de religion en étant croyant plutôt que pas? La liberté de religion et a fortiori d'une religion en particulier y est-elle placée au-dessus des autres libertés fondamentales? Ces questions-là, on ne les pose pas, on ne veut pas les entendre. On préfère répéter inlassablement le même récit comme si sa fidélité aux faits était une évidence première. On n'a pas affaire à des gens qui discutent, mais à des catéchètes qui se renvoient les répons...

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 11 mai 2019 07 h 59

    Regard philosophique superficiel

    Votre commentaire est une copie conforme de ceux provenant du milieu anglophone qui ne veut voir que l'atteinte à leurs sacro-saints droits individuels : moi-moi-moi.

    Ici, les cultures ne sont pas et ne seront pas brimées. Mais, compte tenu de notre vécu avec l'emprise impérialiste de la religion catholique, plusieurs d'entre nous sont prosélytophobes et souhaitent une société laïque interculturelle.

    Vivement une diversité culturelle laïque. Pour ce qui est du religieux et du spirituel, pratiquons la discrétion et l'humilité. N'embêtons pas les gens avec nos croyances personnelles et virtuelles.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 12 mai 2019 08 h 42

      On commence par une condamnation de l'origine. Le reste est cosmétique.

  • Jean Lacoursière - Abonné 11 mai 2019 08 h 02

    Dur-dur la démocratie, les commissions parlementaires,...

    Le philosophe-auteur déplore :

    « Alors que la population québécoise n’a toujours aucun papier officiel pour prouver qu’elle existe et forme une nation distincte... .»

    Puis il poursuit : « Rappelons d’abord aux jeunes élus du gouvernement Legault que la séparation entre l’Église et l’État est chose faite depuis au moins cinquante ans au Québec. »

    Chose faite, la laicité de l'État ? Mais où est le papier officiel ?

    L'auteur dit aussi : « [...] le projet de loi 21 sur la laïcité de l’État est l’expression même de ce mal identitaire qui nous ronge. »

    Ah ! le mal identitaire... . On devrait prendre exemple sur des personnes qui promettent, si le PL 21 est adopté, de refuser une carrière intéressante ou un bon emploi parce que leur religion fait partie de leur identité au point où il ne peuvent se départir de leur symbole religieux durant le travail. Oui, elle est solide, l'identité de ces personnes.