L’impossible dialogue entre l’humanisme et les sciences

Les murs de pierre soutenus par d’imposants contreforts de l'Université de Chicago, les fenêtres en ogive ainsi que les classes lambrissées de bois sombres conservent les traces d’un certain idéal d’éducation, selon l'auteur.
Photo: Jannis Werner Getty Images Les murs de pierre soutenus par d’imposants contreforts de l'Université de Chicago, les fenêtres en ogive ainsi que les classes lambrissées de bois sombres conservent les traces d’un certain idéal d’éducation, selon l'auteur.

Je suis retourné récemment à l’Université de Chicago pour y flâner, sous les nuages gris de l’automne, déambulant au hasard entre les austères bâtiments de style néogothique. Ce bref passage m’a laissé un étrange sentiment que je peine encore à définir : un mélange de fascination, de nostalgie et peut-être même de stupeur devant ce qu’incarne aujourd’hui l’évolution de cette noble institution, destinée autrefois à la préservation de la grande culture, de ce qu’on appelait alors les « humanités ». Ces murs de pierre soutenus par d’imposants contreforts, ces fenêtres en ogive ainsi que ces classes lambrissées de bois sombres conservent les traces d’un certain idéal d’éducation, mais le coeur de l’université est désormais encerclé par d’imposants et étincelants bâtiments d’acier et de verre consacrés à la production de nouvelles connaissances en économie, en médecine et dans les autres sciences ; de tous ces savoirs, en somme, tournés résolument vers l’avenir. Le coeur, autrefois si vigoureux, de cette maison d’enseignement, qui, sous la gouverne du recteur Hutchins, avait pour but d’implanter en Amérique le meilleur de la civilisation européenne, est désormais enveloppé de métal, du dur métal de la technoscience.

Situation inversée

Les humanités ont longtemps dominé les domaines de l’éducation et de la culture. Mais il n’en va plus ainsi de nos jours et on peut même affirmer que la situation s’est entièrement inversée, donnant désormais la primauté à la vérité des sciences, voire des sciences les plus dures, c’est-à-dire celles qui offrent la plus grande précision dans la prédiction des faits. Le champ culturel est aujourd’hui dominé par un naturalisme triomphant auquel s’assortit un « zoocentrisme » tout aussi convaincu. « L’homme n’est-il pas qu’un animal comme les autres », comme l’affirment sans réserve, et parfois sans réflexion, certains de mes étudiants. C’est ainsi que plusieurs, après seulement quelques lectures, concluent hardiment que l’amour n’est, au final, qu’une affaire de biologie, le résultat hasardeux d’échanges hormonaux, et la culture humaine tout au plus un prolongement de la culture animale. Tout est affaire de degrés dans cette histoire, comme le mentionnait déjà Darwin dans La filiation de l’homme (1871). Ceux-là peuvent prendre appui sur les savoirs les mieux établis, à commencer par la théorie synthétique de l’évolution, les avancées étonnantes en neurosciences et les découvertes récentes de l’éthologie animale.

À côté de cette vérité première, d’une objectivité conquérante, subsiste, à la marge, au pourtour, l’îlot des vérités subjectives, dont la littérature est la gardienne la plus résolue. Les sciences humaines, entre ces vérités concurrentes, cherchent encore et toujours leur propre chemin, en injectant des petites doses de subjectivités ici et là — sous la forme d’interprétation — dans l’immense toile de nos certitudes objectives, le Web, que dessinent, avec une précision sans cesse accrue, les sciences pures et les techniques. Il est d’ailleurs remarquable que la « renaturalisation » de l’homme à laquelle on assiste dans nos universités, notamment les universités américaines, se déploie sans l’aide des sciences humaines, parfois même dans le plus grand mépris pour celles-ci. Sous le règne de ces savoirs, la littérature et une certaine philosophie qui se fait toujours plus poétique deviennent l’ultime refuge de cette part irréductible de notre expérience qu’est le moi et ses innombrables méandres ; si goulûment décrits, si méticuleusement exposés, par tous les poètes et les romanciers au service de cette entreprise, chacun ajoutant son petit témoignage à soi à la montagne de nos recensions intimes. Mais, à la fin, diront les plus sévères de nos savants — d’autres diront les plus rigoureux —, de quelle vérité parle-t-on, vraiment, en littérature ? De quel épiphénomène est-il question ici ? S’agit-il simplement de ces bruits que cause la machine humaine ? Si c’est le cas, nous avons alors affaire à une bien petite science.

C’est dans cet état de dispersion des savoirs que se pose à nous la question de la culture générale. Quel gain le généticien peut-il retirer de la vérité formulée par Proust, si ce n’est quelques fioritures ajoutées à un discours de réception dans une académie ? Quelle vérité le romancier peut-il retirer de ses lectures en psychologie évolutionnaire, si ce n’est l’assèchement terminal de son discours ? Quel dialogue, en somme, est encore possible entre ces divers domaines de « vérité » sur l’homme ?

Pour qu’un tel dialogue redevienne possible, il faudrait que la technoscience, aujourd’hui triomphante dans nos maisons d’enseignement, abandonne toute prétention à incarner la seule et unique vérité sur l’homme. Bien sûr ! diront plusieurs parmi les plus circonspects ; c’est même une évidence ! diront les plus conciliants, reconnaissant du coup l’intérêt qu’il peut y avoir à préserver les facultés de théologie, de philosophie et de littérature ; mais à la vérité, dans la vérité effective qui détermine l’évolution de nos institutions de savoir, il n’en est rien. Pour qui sait voir, il y a désormais un maître au royaume de la connaissance, et tous les autres ne sont que valets, et le bruissement que suscitent les discours des courtisans réunis en colloque ne changera rien aux ordres du seigneur des lieux. Or, il n’y a pas de dialogue possible entre maître et valets.

Des Idées en revues

Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons une version abrégée d’un texte paru dans la revue Argument, printemps-été 2019, volume 21, no 2.

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17 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 7 mai 2019 06 h 29

    « L'Homme n'est-il pas un animal comme les autres «...

    ...questionnent de vos étudiants ? À cette question, je répondrais « si » et à certaines heures de sa vie, ce même Homme est pire que l'animal, agit plus mal que l'animal, pose des gestes que l'animal ne pose même pas. Avez-vous déjà vu votre chat ou votre chien mentir, violer, corrompre et combien plus ?
    Monsieur Jacques, il y a énormément de « matériel » à réflexion dans votre lettre. Je vous en remercie.
    Lorsque je lis « Il y a désormais un maître au royaume de la connaissance et tous les autres, ne sont que valets....et qu'il n'y a pas de dialogue possible entre maître et valets», impossible pour moi de dissocier « maître et dieu argent », celui de la superperformance, celui de la surconsommation. Comportements dont un possible si pervers résultat s'appelle aussi déshumanisation. Je pense que nous sommes à nous déshumaniser, faisant fi du sacré qui nous habite. Sacré que j'identifie comme la dignité...humaine. Se peut-il qu'un système, celui-ci planifié, organisé, dirigé, contrôlé et animé par des êtres humains soit en train de se mettre subtilement en place ? Un système conduisant à la chosification de l'être humain. Chosification pour qui la dignité humaine n'est que « foutaise »
    Cette dignité que l'animal ne possède pas.
    Cette dignité qu'il nous est possible de trouver dans le regard d'un enfant mais non pas dans le regard de l'animal.
    J'ai fait l'expérience de la déshumanisation et au dieu dollar, j'avais alors accordé tant de pouvoirs et pire que l'animal j'ai fait.
    Sans prétention,
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Raymond Labelle - Abonné 7 mai 2019 06 h 36

    Les vrais scientifiques...

    ...reconnaissent que la science n'épuise pas le champ du réel.

    L'esprit scientiste ou de la technoscience participe de l'idéologie, pas de la science.

    La science n'est que l'explication la plus cohérente que l'on puisse trouver quant à certains phénomènes que l'on peut confirmer par l'expérience à un moment donnée.

    Or tout le réel ne peut faire l'objet d'expériences que l'on peut répéter, et même quant à cette partie qui le peut, une meilleure explication pourrait venir plus tard, différente, si d'autres éléments découverts rendent l'explication antérieure désuète.

    • Cyril Dionne - Abonné 7 mai 2019 10 h 06

      Franchement M. Labelle. Les vrais scientifiques reconnaissent que la science n'épuise pas le champ du réel, mais elle explique le monde sensible dans lequel nous vivons. La science est plus que l'explication la plus cohérente que l'on puisse trouver quant à certains phénomènes que l'on peut confirmer et infirmer par l'expérience à un moment donnée; elle nous donne l’opportunité de refaire l’expérience maintes et maintes fois dans les mêmes conditions pour avoir toujours le même résultat. Difficile de faire cela avec les sciences molles. Aucun scientifique ne dit détenir la vérité absolue alors que plusieurs philosophes, comme pour nos religieux, semblent penser le contraire. Et la frontière entre les religions organisées et la philosophie est très mince.

      Nous sommes des animaux et on partage 99% de notre code génétique avec les chimpanzés. Pour les bananes, c’est 50%. S’il y a une échelle humaine pour la moralité, pourquoi il n’y en-t-il pas une pour nos cousins les chimpanzés? Les émotions humaines sont basées pour la reproduction de l’espèce et la transmission des gènes. Voir le gène égoïste de Richard Dawkins. La moralité est une invention humaine faite pour le bien-être des créatures conscientes (Sam Harris), point à ligne.

      Pardieu qu’on aime humaniser les atomes. Les lois de la nature, comme pour les mathématiques, existent pour que notre cerveau puisse conjuguer avec le monde sensible et le monde naturel. Est-ce qu'elles existent ou bien c'est une construction de notre cerveau? La question est ouverte et fermée. Voilà la dichotomie de la nature dont nous sommes tributaires tout comme dans la physique quantique qu’aucune personne sensée ne peut comprendre dans un monde infini de réalités et de dimensions.

    • Raymond Labelle - Abonné 7 mai 2019 11 h 42

      Tout dans le réel ne peut pas se prête à l’opportunité de refaire l’expérience maintes et maintes fois dans les mêmes conditions pour avoir toujours le même résultat. Par exemple, l'histoire humaine, que l'on ne peut recréer en laboratoire en modifiant les variables à volonté.

      "Aucun scientifique ne dit détenir la vérité absolue" - nous sommes d'accord. Les idéologues scientistes nous invitent à seulement maximiser la technologie (et les profits de ceux qui s'en servent) sans se poser aucune question éthique, ces dernières questions ne relevant pas de la science et tout ce qui ne relève pas de la science devant être ignoré. Ils reconnaissent ne pas détenir la vérité absolue, mais balancent tout questionnement hors du champ de la science sous le tapis de l'inconnaissabilité, y compris les problèmes éthiques. Or, s'il est vrai que ces questions sont hors du champ de la science, ça ne veut pas dire qu'elles ne se posent pas, qu'elles ne viennent pas du réel et que l'on doive renoncer à tenter d'y répondre. Dans la boîte noire du réel, nous sommes condamnés à prendre des décisions et ne pas prendre une décision est une décision.

      "Nous sommes des animaux et on partage 99% de notre code génétique avec les chimpanzés." Et pourtant, les chiens sont les animaux avec qui nous communiquons le mieux, avec qui l'échange d'émotions, dans les deux directions, est le plus significatif. Y compris en comparaison de pour les chimpanzés élevés avec des humains. Aussi résultats d'expériences scientifiques.

      De toute façon, les animaux sont des créatures conscientes - le problème de la conscience se pose pour eux aussi. Question de degré ou de capacités cognitives.

      Est-ce que les lois de la nature "(...) existent ou bien c'est une construction de notre cerveau? La question est ouverte et fermée." Oui. Justement. Et le problème de la conscience n'est pas si simple, et je ne suis pas convaincu qu'un scientisme primaire la résolve de façon totalement satisfaisante.

    • Raymond Labelle - Abonné 7 mai 2019 11 h 53

      Et, bien que la théorie de l'évolution soit juste, on en abuse beaucoup dans l'esprit scientiste, par exemple quand on spécule sur certains comportements sur des stratégies d'adaptation dans le passé pour expliquer nos comportements présents. Ce n'est plus de la science. On se comporte comme avec la psychanalyse - on part d'une explication pré-déterminée et on s'arrange pour faire rentrer le réel dedans.

      Entre autres, incidemment, sur la volonté d'absolument rechercher des bases génétiques ou évolutives aux préoccupations morales et d'absolument rejeter la possibilité qu'il pusse y en avoir une autre source. Même si, en partie, de telles bases pourraient expliquer partiellement certains comportements moraux, poser l'a priori de l'exclusion de toute autre source possible, et travailler fort pour le nier à partir de spéculations scientistes, entre autres à partir de la théorie de l'évolution, relève du scientisme.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 7 mai 2019 15 h 57

      @M. Dionne

      "Aucun scientifique ne dit détenir la vérité absolue alors que plusieurs philosophes, comme pour nos religieux, semblent penser le contraire".

      Puis, "Les émotions humaines sont basées pour la reproduction de l’espèce et la transmission des gènes. Voir le gène égoïste de Richard Dawkins. La moralité est une invention humaine faite pour le bien-être des créatures conscientes (Sam Harris), point à ligne".

      Si fallait une démonstration de plus, voilà confirmé le fait que vous êtes plus religieux que scientifique, puisque pas philosophe du tout.

    • Serge Pelletier - Abonné 7 mai 2019 20 h 08

      Ben oui, comme vous l'écrivez "Nous sommes des animaux et on partage 99% de notre code génétique avec les chimpanzés. Pour les bananes, c’est 50%." Et les Libéraux à 99,99% avec les cloportes... Il est à noter que les cloportes ne sont pas dangereux ni pour les autres libéraux, ni pour le Canada, ni pour leurs compagnons DP domestiqués qui carburent au multiculturalisme à la Justintin dans un pays post-national...

  • Robert Bernier - Abonné 7 mai 2019 06 h 44

    La "science" est une philosophie

    Monsieur Jacques, qui qualifiait la science moderne "d'antihumaniste" dans son livre "La mesure de l'homme" est toujours aussi nostalgique, semble-t-il, du temps du latin.

    Il y a, je crois, une erreur à présenter la science contre l'humanisme. M. Jacques oublie, je crois, que ce qu'on appelle désormais la méthode scientifique est la réponse à laquelle sont arrivés, patiemment au fil des siècles et surtout depuis Francis Bacon, des philosophes à la recherche de vérités fiables sur l'homme. Le philosophe Laurent-Michel Vacher dénonçait, dans son livre "La passion du réel", cette posture de la philosophie moderne à se retirer de plus en plus hors du monde réel au fur et à mesure qu'elle perdait le contrôle du discours, celui-ci passant de plus en plus aux mains de savants qui s'étaient donné la peine de suivre l'évolution des connaissances, comme arrivaient encore à le faire les Kant et Goethe en leur temps.

    Plutôt que de "bouder" la science, on devrait plutôt appeler chacun à reconnaître en elle le résultat d'une recherche pluriséculaire d'une méthode efficace et fiable d'appréhension de la nature et de la nature humaine. Il n'y a aucun mépris à reconnaître en l'homme un animal, un animal formidable mais un animal, mais il y a méprise à ne pas le faire. Je pense en ce moment aux dérives pseudo-scientifiques de Freud par exemple ou à celles, inqualifiables sinon pour leur attribuer l'adjectif de "surréelles", d'un Heidegger.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 7 mai 2019 08 h 02

    « L’impossible dialogue entre l’humanisme et les sciences» (Daniel D. Jacques)

    Pourtant, la lecture de Jean Rostand, de Russell, de Fernand Séguin, de Marie-Victorin nous convainc du contraire, pour ne nommer que ceux-là; leurs travaux résultent de humanisme.

    D'ailleurs, en vous lisant, je songeais à «L'Évolution créatrice» de Bergson, dont le propos nourrit la réflexion du scientifique sur l'intuition qui guide la volonté que manifeste la nature.

    À mon avis, le «dialogue entre l’humanisme et les sciences» ne saurait mieux s'exprimer que dans les «Souvenirs entomologiques» de Fabre:

    « [...] En vue de nous édifier sur notre néant, les orateurs de la chaire ont parfois abusé du ver de la tombe. N'accordons créance à leur lugubre rhétorique. La chimie de la dissolution finale parle assez éloquemment de nos misères sans qu'il soit nécessaire d'y adjoindre d'imaginaires horreurs. Le ver du sépulcre est invention d'esprits moroses, incapables de voir les choses telles qu'elles sont. Sous quelques pouces de terre seulement, les trépassés peuvent dormir leur tranquille sommeil; jamais le diptère n'y viendra les exploiter […]

    « Dans la remise en fusion de la matière pour d'autres ouvrages, cadavre pour cadavre l'homme ne vaut pas mieux que la dernière des brutes. Alors le diptère use de ses droits; il nous traite comme il le fait à l'égard d'une vulgaire loque animale. Dans ses ateliers de rénovation, la Nature est pour nous d'une superbe indifférence; au fond de ses creusets, bêtes et gens, gueux et monarques sont absolument même chose. Voilà vraiment l'égalité, la seule de ce monde, l'égalité devant l'asticot.»

    FABRE, Jean-Henri, «La Mouche bleue de la viande; la ponte», In: - Souvenirs entomologiques -, 1907, tome X, Chapitre 21.

  • Paul Cadrin - Abonné 7 mai 2019 08 h 07

    Le refus du dialogue

    Jusqu'au milieu du dix-huitième siècle, la pensée occidentale était dominée par l'héritage classique gréco-romain. À l'époque de ce qu'on a appelé "les lumières", cet héritage a été systématiquement sapé au nom de la raison. Selon la vision classique, l'être humain est doué de trois facultés dont l'action complémentaire et harmonieuse est l'idéal à nourrir et atteindre: l'intelligence, la volonté et les "passions", c'est-à-dire les émotions. En identifiant cette vision humaniste avec l'Église qui en avait fait la promotion depuis plus de trois siècles et dont ils voulaient supprimer l'influence, les penseurs des "Lumières" ont placé la seule raison au sommet de leur vision de l'être humain. Ainsi, curieusement, le siècle dit "des lumières" s'est fait un devoir d'éteindre des pans entiers des valeurs qui éclairaient la vie humaine et lui donnaient un idéal nourricier. Il y a un lien de causalité direct entre l'état catastrophique dans lequel les humains ont mis la planète et cette vision réductrice de l'idéal humain. Aveuglé par une raison qui a toutes les allures d'une espèce envahissante qui ne connaît pas de contrepouvoir équilibrant, la société humaine fonce à toute vitesse vers l'effondrement de son environnement et son propre effondrement. La tyrannie de l'économie qui domine les rapports humains est la concrétisation de ce pouvoir d'une raison folle de pouvoir.