Les aides familiaux résidants en danger

Le travail de ces personnes représente une économie importante pour l’État québécois et désengorge les hôpitaux, CHSLD et autres services publics, selon les auteurs.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le travail de ces personnes représente une économie importante pour l’État québécois et désengorge les hôpitaux, CHSLD et autres services publics, selon les auteurs.

Monsieur Simon Jolin-Barrette, ministre de l’Immigration, en prenant la décision d’annuler 18 000 dossiers de demandes d’immigration, vous choisissez de placer en situation de précarité et de vulnérabilité de nombreuses personnes qui travaillent déjà au Québec. Parmi ces personnes, il y a celles qui sont venues s’installer ici dans le cadre du Programme des aides familiaux résidants (PAFR). Ces quelque 140 travailleuses, qui offrent une contribution importante à la société québécoise en s’occupant de nos enfants, de nos aînés et de nos personnes en situation de handicap, n’auront pas de réel accès à la résidence permanente une fois votre projet de loi adopté.

Le Programme des aides familiaux résidants a été établi dans le but de pallier une pénurie d’aides familiaux résidants sur le marché du travail. En échange de leur apport au marché du travail canadien et québécois, les travailleuses peuvent demander la résidence permanente. Il s’agit donc d’une entente très simple : l’aide familiale résidante doit être employée comme aide familiale pendant au moins 24 mois (ou 3900 heures sur une certaine période de temps), suite à quoi elle peut présenter une demande de résidence permanente au gouvernement fédéral. En vertu de l’Accord Canada-Québec en immigration, c’est le gouvernement du Québec qui détient le pouvoir de sélectionner l’immigration économique. Même si ces aides familiales ont été admises en fonction d’un programme qui mène à la résidence permanente octroyée par le gouvernement fédéral, le gouvernement provincial doit obligatoirement les sélectionner et émettre un Certificat de sélection du Québec (CSQ), ce qui leur permet de solliciter la résidence permanente. En d’autres mots, pas de CSQ, pas de résidence permanente.

Or, vous avez décidé de changer les règles du jeu en cours de partie. Ces travailleuses, qui ont dépensé une part importante de leurs maigres salaires dans des démarches d’immigration n’auront, dans les faits, que très peu de chance d’obtenir la résidence permanente si leurs dossiers ne sont pas traités avant l’adoption de votre projet de loi. Les options qui s’offriront alors à elles, ARRIMA ou le Programme de l’expérience québécoise (PEQ), ne sont pas adaptées à leur situation. À la fin de leur permis de travail temporaire, ces travailleuses risquent de se retrouver sans statut migratoire et n’auront le choix qu’entre l’illégalité et le rapatriement.

Nous soulignons, Monsieur le ministre, qu’il est ici question de personnes qui ont souvent quitté familles, enfants et amis pour venir travailler au Québec dans des conditions précaires, sans bénéficier des mêmes droits que d’autres travailleurs et travailleuses. Certaines normes du travail, comme celle de la semaine de 40 heures, ne s’appliquent pas à leurs emplois. Elles doivent s’inscrire elles-mêmes à la CNESST et en payer entièrement les cotisations, tant la part de l’employée que celle de l’employeur. De plus, comme elles sont dans l’obligation de résider chez leurs employeurs, leur isolement et leur connaissance limitée des normes en vigueur en font des proies faciles pour les gens mal intentionnés et les agences de placement frauduleuses.

Dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre et de précarisation de nos services publics en petite enfance et en soins à domicile, ces travailleuses contribuent énormément à la société en s’occupant des enfants, des aînés et des personnes en situation de handicap. Leur travail représente une économie importante pour l’État québécois et désengorge les hôpitaux, CHSLD et autres services publics. Elles sont venues ici en croyant qu’elles auraient un jour accès à la résidence permanente et ont suivi toutes les règles qui leur étaient imposées.

Nous faisons appel, Monsieur le ministre, à votre humanité autant qu’à votre bon sens en vous demandant de traiter rapidement tous les dossiers des aides familiales résidantes. Comme toutes les Québécoises et les Québécois, ces femmes rêvent d’un meilleur avenir pour elles et leurs familles. Elles contribuent déjà activement à notre société et ne méritent pas de faire les frais d’une promesse électorale qui brise l’engagement que notre société a pris envers elles. Nous vous demandons d’agir.

Signataires: 

Luc Allaire, président du Centre International de Solidarité Ouvrière (CISO); Françoise David, ex-porte-parole de Québec solidaire et ex-députée de Gouin; Stephan Reichhold, directeur général de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI); Daniel Boyer, président, FTQ; le Centre des travailleurs et travailleuses immigrants (CTI) et PINAY.

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1 commentaire
  • François Beaulne - Abonné 6 mai 2019 10 h 50

    Mettre les pendules à l'heure

    Ce texte collectif (signé par des opposants politiques au gouvernement) sème la confusion et s'appuie sur de fausses prémisses.
    1) Les travailleurs (surtout les travailleuses) en situation particulière qui seront affectées par le projet de Loi 9 du gouvernement ne répondent pas aux exigences normales du marché du travail.
    Ce sont essentiellement des personnes, surtout des femmes, payées en deçà du salaire minimum pour faire office de gouvernantes et d'aide ménagère, généralement pour des familles fortunées des quartiers anglophones cossus de l'ouest de Montréal.
    Rien à voir avec les exigences du type de main d'oeuvre auquel font allussion les économistes et les entreprises.
    2) Ces personnes ne répondent pas généralement aux exigences linguistiques du Québec et n'ont aucune obligation d'apprendre le Français, donc de pouvoir s'intégrer convenablement à la majorité francophone, dérogeant ainsi à l'un des objectifs de la politique d'immigration du gouvernement qui est d'offrir aux immigrants la possibilité de mieux s'intégrer pour mieux vivre chez nous.,
    3) Ces personnes vivent en vase clos et un statut de résident permanent leur offrirait la possibilité de faire venir au Québec la famille proche qui finirait par vivre en ghetto à Montréal
    4) Ces personnes n'ont rien en commun avec le statut des travailleurs saisonniers qui sont ici pour combler une pénurie démontrée de main d'oeuvre dans des secteurs spécifiques bien identifiés.
    5) Leur accorder un statut de résident avec tous les privilèges que cela comporte ne répond d'aucune manière à répondre aux objectifs de régionalisation de l'immigration..

    Ce qui est le plus désolant c'est que les signataires de ce texte connaissent toutes ces données, mais persistent et signent, Ça sent plutôt la partisanerie politique!