Patrimoine et inondations

Plusieurs secteurs gatinois sont touchés par les inondations dues à la crue printanière.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Plusieurs secteurs gatinois sont touchés par les inondations dues à la crue printanière.

Depuis le début de la crue printanière, le gouvernement du Québec a mis sur la table que les inondés pourraient se faire offrir un montant pour quitter leur résidence si celle-ci est touchée à répétition par la montée des eaux. Cette idée a été saluée par un nombre d’experts, dont certains y voient la preuve du courage et de leadership politique. La prémisse sur laquelle se base le gouvernement est celle que les municipalités, dont la fiscalité repose sur la taxe foncière, permettent trop rapidement la construction en zone inondable.

Mais qu’en est-il vraiment ? Et quels sont les coûts réels à anticiper du déplacement des quartiers entiers ?

Du courage politique

À Gatineau, quelques secteurs sont particulièrement aux prises avec des inondations dues à la crue printanière. D’ouest en est, il y a d’abord le quartier Wychwood, dont la construction date de la fin de 19e siècle. Les maisons, d’abord des chalets, ont rapidement été construites aux abords de la rivière. Il en est de même pour le quartier Deschênes où les industries se sont d’abord installées près de l’eau. Le quartier Pointe-Gatineau, créé en 1876, est occupé dès lors par l’industrie du bois… dont le transport se faisait principalement sur l’eau. Les crues dans ce secteur ne sont pas nouvelles. Le pont Lady-Aberdeen qui le relie au secteur Hull tient d’ailleurs son nom de la comtesse Ishbel Aberdeen sauvée de la noyade lors d’une de ces crues. Les rues les plus anciennes de Gatineau s’y trouvent : la rue Jacques-Cartier qui borde la rivière, les rues Saint-Antoine, de la Baie, Cousineau… En somme, Gatineau, comme bien d’autres municipalités au Québec, s’est bâtie au fil de l’eau.

Déplacer des quartiers entiers revient dans certains cas à déraciner nos pionniers, des familles qui ont construit Gatineau, implantées dans ces quartiers depuis des générations. Un exercice qui se ferait au détriment de notre patrimoine et mettrait à mal notre fierté et sentiment d’appartenance.

Les experts s’entendent généralement pour dire que les changements climatiques entraineront divers maux récurrents : sécheresses, feux de forêts, inondations. À cet égard, il semble que le sort de Gatineau soit celui de crues printanières plus intenses et plus fréquentes.

C’est pourquoi les solutions à mettre de l’avant quant à l’avenir des zones actuellement inondées ne peuvent occulter le vrai problème, soit celui des changements climatiques. Les solutions doivent permettre d’adapter nos territoires et les rendre plus résilients. Elles devront immanquablement s’inscrire dans une logique de développement durable. La solution doit être cohérente avec le développement du Québec et de son territoire. La trame urbaine doit être préservée, surtout quand on sait que l’étalement urbain fait partie du problème quand on parle changements climatiques. En somme, les changements climatiques appellent à des solutions réfléchies, globales et innovantes.

Éviter les erreurs du passé

Par ailleurs, la proposition de déplacer des quartiers entiers rappelle à Gatineau des erreurs du passé, celle des expropriations massives que le gouvernement fédéral a entrepris sur l’île de Hull pour y installer ses pénates dans les années 1970. Rappelons, par ailleurs, qu’à l’époque, on évoquait déjà le bien-être des citoyens pour justifier leur déplacement. La résultante a été que près de 40  % des résidents de ce quartier central l’a quitté. Ce secteur peine encore à se remettre de la dévitalisation induite par ces déplacements.

En outre, dans sa proposition de déplacer des familles entières pour éviter les coûts liés à de nouvelles inondations, le gouvernement du Québec devrait tenir compte des coûts sociaux de ces déplacements. Déplacer des communautés aurait l’effet de détruire un tissu social, ce qui entraînerait inévitablement des coûts pour les services publics. L’exemple des expropriations dans le Vieux-Hull démontre les effets pervers et persistants de ces actions.

Certes, le gouvernement du Québec devra prendre des décisions difficiles et coûteuses à l’issu de cette crise publique. Mais il ne devrait pas faire l’économie de se pencher sur toutes les options pour préserver les quartiers historiques des municipalités. À certaines occasions, cela voudra dire déplacer des maisons. Mais il est impensable que ce soit ce sort qui attende les communautés tissées autour de lieux occupés depuis 200 ans. Le vrai courage politique sera dans la capacité à ne pas imposer du mur à mur, surtout quand on sait que les changements climatiques ont souvent comme effet d’accroître les inégalités existantes. Il importe de tenir compte du contexte historique et géographique du lieu, du tissu social et de la capacité financière et humaine des gens à se relocaliser, ainsi que de ceux qui resteront dans ces quartiers désormais décimés.

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2 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 6 mai 2019 09 h 43

    Il n'y a pas

    que la question du réchauffement climatique qui doit guider la définition des solutions; le simple bon sens du respect de la nature et de ses cycles doit aussi compter dans l'équation. Ex.: quelque soit de rythme des risques d'inondation, quand tu construis ta maison en zone inondable, tu seras inondé.

  • Jacques Morissette - Abonné 6 mai 2019 14 h 43

    Comprendre la réalité de la réalité ou simple question de déni?

    Il fût un temps où nous étions nomades. Rien n'empêche qui que ce soit de le redevenir, histoire de s'adapter à de nouvelles réalités.