Éducation: le représentant de l’humanité

Ce qui fait d’un enseignant, surtout au primaire, un modèle, ce n’est pas tant l’autorité intellectuelle que l’autorité morale.
Photo: Damien Meyer Agence France-Presse Ce qui fait d’un enseignant, surtout au primaire, un modèle, ce n’est pas tant l’autorité intellectuelle que l’autorité morale.

À défaut de pouvoir réconcilier ceux qui défendent et ceux qui rejettent le projet de loi 21, on peut profiter du débat en cours pour réfléchir à ce qu’est le métier d’enseigner, ce que Christian Rioux fait dans sa chronique « Les enfants d’abord ». Rioux s’appuie sur la lettre de l’instituteur laïc de Camus, qui s’interdisait de « manifester ses idées lorsqu’il était question de Dieu », pour défendre le devoir de réserve de l’enseignant « qui a plus que de l’autorité puisqu’il est un modèle », « un personnage [qui] peut être aux yeux de l’enfant une sorte de demi-dieu ». J’aime que le chroniqueur parle de modèle plutôt que d’autorité, car cela a le mérite de distinguer l’enseignant des autres figures d’autorité visées par ce projet. Rioux aurait pu tout aussi bien citer Péguy : « Il ne faut pas que l’instituteur soit dans la commune le représentant du gouvernement ; il convient qu’il y soit le représentant de personnages moins transitoires, qu’il y soit le représentant de l’humanité […] qu’il assure la représentation de la culture ». L’instituteur de Camus dit la même chose lorsqu’il affirme avoir « aimé tous ses élèves et respecté ce qu’il y a de plus sacré dans l’enfant : le droit de chercher sa vérité » en leur disant que « certains croyaient, d’autres, non. Et que dans la plénitude de ses droits, chacun faisait ce qu’il voulait ».

Rioux retient surtout de l’instituteur qu’il s’abstenait de dire aux élèves s’il croyait ou non, mais il escamote le fait qu’il leur reconnaissait, et se reconnaissait implicitement, le droit de croire ou non. Je pense que l’instituteur peut choisir de révéler ou non à l’élève sa croyance ou son incroyance, comme il peut choisir de croire ou de ne pas croire, non pour obéir à un devoir imposé par un gouvernement ou une église, mais pour exercer son droit de représentant de l’humanité qui cherche librement sa vérité. L’important n’est pas que l’enseignant dise ou non s’il croit, mais qu’il soit un modèle de culture, qu’il soit engagé dans cette recherche et qu’il reconnaisse à chacun le droit et le devoir de faire de même.

Si l’élève perçoit que l’enseignant n’est pas neutre mais qu’il croit vraiment que tous les chemins sont bons si on y cherche la vérité, que toute démarche authentique est valable, il sera conforté dans sa propre démarche et ouvert à celles des autres. Une fois ce lien de confiance établi, le fait d’afficher, par un signe ou l’absence de signe ostentatoire sa croyance en l’existence ou l’inexistence de Dieu, n’a plus beaucoup d’importance.

Modèle

Ce qui fait d’un enseignant, surtout au primaire, un modèle, ce n’est pas tant l’autorité intellectuelle que l’autorité morale qui, elle, repose sur des valeurs (dévouement, justice, tolérance) que l’enseignant incarne, que l’élève peut ou non rattacher à la culture de l’enseignant, mais dont il ne doute pas qu’elles constituent l’essentiel de ce qui lui est transmis. Devrait-on s’interdire de lire ou d’enseigner un auteur parce qu’il est croyant ou incroyant ? Je ne me souviens plus de ce que m’enseignait ce petit frère en quatrième année, mais je n’ai jamais oublié ce qu’il m’a donné, la passion qui l’animait en classe et en dehors de la classe, ses épaisses lunettes trouées par deux grands yeux bleus, son coup de patin ou ses dribles dans la boue que les pans de sa robe noire n’arrivaient pas à entraver. Il y avait du courage dans l’amour de cet homme qui, sans le savoir, m’aiderait toute ma vie à affronter les rentrées scolaires et la peur de la page blanche.

Je suis d’accord avec Rioux que « pour jouer son rôle, l’école doit être un refuge qui permet de prendre du recul et de la hauteur ». C’est pourquoi je regrette que toute cette question de la laïcité ait créé beaucoup de bruit et introduit dans l’école une règle qui craint le « recul et la hauteur » et qui, au nom du bien commun et de la rationalité, tend à en exclure les principales questions que se pose ultimement toute culture, à savoir comment fortifier le moi en l’ouvrant sur le monde, comment vivre tout en se sachant mortel. On ne peut éveiller l’esprit de l’élève sans l’exposer, d’une façon ou d’une autre, à ces questions et aux multiples réponses qui « ont fait et maintiennent l’humanité », ici et ailleurs, depuis toujours, et non depuis cinquante ou cent ans.

Je comprends que l’enseignement ne doit pas être confessionnel, car les religions le plus souvent réduisent le désir de se relier à l’inconnu, mais on ne peut faire l’économie de ce désir qui parie sur notre possibilité de comprendre ce qui nous dépasse, de s’approcher de ce qui semble nous exclure et d’apprivoiser ainsi la mort : « La poussée têtue qui engendre l’art et la pensée désintéressée, l’adhésion active qui seule en assure la transmission aux contemporains et aux générations futures, émanent d’un pari sur la transcendance. » (G. Steiner) Croire que l’élève va chercher seul et mieux sa vérité sans que l’enseignant incarne ce pari, même sans le dire, est un leurre.

62 commentaires
  • Réal Boivin - Inscrit 2 mai 2019 05 h 14

    L'enfant n'est pas toujours à l'école

    L'auteur de ce texte oublie que l'enfant a une famille et vit dans une communauté où il côtoie la diversité.

    C'est pourquoi son enseignant est la pour lui apprendre le plus de connaisance possible et lui donner tout les outils intellectuels pour pouvoir se construire un avenir et une pensée critique face au monde.

    La neutralité de l'enseignant est donc de première importance.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 mai 2019 08 h 39

      La neutralité de l'enseignant ne repose pas sur la neutralisation de son humanité. Son humanité ne le rend pas inapte à aider le développement de la pensée critique.

    • Cyril Dionne - Abonné 2 mai 2019 09 h 09

      M. Desjardins, l'enfant ne sait même pas encore ce que le mot humanité veut dire et vous l'affublez pour dire qu'il doit développer son esprit critique. Enfin, vous n'avez jamais mis les pieds dans une salle de classe du primaire pour faire de telles énonciations. L'enfant ne pense qu'à jouer au primaire. L'enfant veut être un enfant et cela, c'est bien. Comme philosophe et avocat du diable, vous êtes en terrain glissant.

      M. Boivin, l'enfant n'est peut-être pas toujours à l'école, mais au primaire, il passe la très grande partie de sa vie dans la salle de classe. En fait, il passe plus de temps avec son enseignant.e qu'avec ses parents. Pour ce qui a trait à la communauté, disons poliment que les interactions sont très minimes.

      Les valeurs qui sont véhiculés sont très importantes dans la salle de classe et c’est primordial que le pédagogue ne présente pas une version monochrome de la réalité sociale. Ce n’est pas en véhiculant avec ostentation, un symbole religieux qui représente ses valeurs personnelles qu’on achemine les enfants vers une pensée plurielle. En fait, la valeur la plus importante à enseigner à l’école est le respect. Le respect de soi et des autres et dans aucun cas, il représente la soumission, quel que soit les amis imaginaires en question.

      « Le secret de l’école réside dans le respect de l’élève » (Ralph Waldo Emerson)

    • Jean Duchesneau - Inscrit 2 mai 2019 09 h 27

      M. Maltais Desjardins,

      « Neutralisation de son humanité ». Elle est indigeste celle-là. J’espère qu’un symbole religieux ne représente pas l’humanité d’une personne. L’humanité d’une personne repose sur son comportement. En arborant des symboles, qu’ils soient politiques ou autres, la personne est présumée adhérer à des opinions ou idéologies qui pourraient être jugées incompatibles avec sa mission comme représentant de l’État. La signification d’un symbole n’appartient pas à celui ou celle qui le porte. La France et autres états ont adopté des lois encore plus restrictives que PL21 même au niveau des élèves et on en fait pas tout un plat comme si le Québec devenait un goulag!

    • Claude Bariteau - Abonné 2 mai 2019 10 h 04

      L'humanité ne se neutralise pas. Là n'est pas la question soulevée par M. Rivard. Son texte réfère à des questions existentielles qui l'incitent à dire que la règle de la laïcité pour contrer un recul abaisse la « hauteur » qu'il estiem banaliser « les principales questions que se pose ultimement toute culture, à savoir comment fortifier le moi en l’ouvrant sur le monde » et vivre « en se sachant mortel ».

      Or, rien ne permet d'affirmer, comme le fait M. Rivard, que la laïcité empêcherait d'« éveiller l’esprit de l’élève » ce que permettrait une exposition des élèves aux « multiples réponses qui « ont fait et maintiennent l’humanité », ici et ailleurs, depuis toujours ». L'absence de port de signes religieux créera au contraire un contexte favorable à un apprentissage aux réponses existantes sans un biais en faveur de l'une d'entre elles, contexte qui permet d'établir une différence entre le politique et la spiritualité.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 mai 2019 10 h 55

      Je ne crois pas qu'il affirme que cela empêcherait cet éveil mais que cela constituerait une entrave que la recherche du bien commun et de la rationalité ne justifient pas. C'est plus l'expression d'une crainte. En revanche, vous ne semblez pas douter un instant que l'absence de signe des réponses... sera un instrument bien plus efficace pour en saisir la signification. Il y aurait de quoi se questionner sur le chemin de pensée qui vous conduit à cette conclusion un peu paradoxale si vous ne nous instruisiez pas, tout de suite après, que le vrai enjeu, pour vous, c'est d'immuniser la vie politique de toute contamination spirituelle. D'autres parleraient plus crûment d'influences exogènes donc politiquement néfastes sous couvert de spiritualité. Mais vous n'allez pas à cette limite.

    • Claude Bariteau - Abonné 2 mai 2019 12 h 15

      M. M.-D., pourquoi me demandez-vous d'écrire ce que vous aimeriez lire alors que j'écris le contraire, qui ne signifie pas d'immuniser les institutions publiques -qui ne sont pas la vie politique- de contamination spirituelle puisqu'y seront abordés, par l'enseignement et des cours, les expressions religieuses ?

      En fait, pourquoi me demandez-vous d'aller dans une direction que n'impliquent aucunement mes propos ?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 mai 2019 13 h 03

      J'ai fait une remarque à laquelle vous avez répondu. Je réponds à mon tour. Cela vous déplait et vous me faites reproche de cette relance. Vous auriez très bien pu ne pas commencer l'échange, vous savez.

    • Jean-François Trottier - Abonné 2 mai 2019 13 h 57

      Le sens critique, du point de vue sociétal, est directement relié à la pensée discursive, parce qu'on peut la véhiculer de façon suffisamment articulée au contraire de toute autre.

      Toute autre forme de communication est plus ou mons appelée de l'art, pour l'acceptable, et de la violence, pour l'inacceptable.

      La puissance des images, signes et symboles n'est pas à discuter. On dit qu'une image vaut mille mots, mais pensons à la difficulté qu'ont les journaux le moindrement sérieux à coiller une photo à un article.
      Chaque fois on frise la message tendancieux, suivi d'avalanches de plaintes, parfois de poursuites, pour avoir associé une image qui détourne le message.

      Rapporter un discours de Maduro et montrer un visage d'enfant ensanglanté serait du dernier malhonnête par exemple, quoi qu'on puisse penser de Maduro. Mais bon, je crois que le fait est établoi.
      L'image, ça fesse.

      Pire, il est difficile d'y répondre, surtout dans un contexte d'ordre, comme un e classe, et d'autorité, comme le rapport entre le maître et chacun de ses élèves, plus le fait que si un maître est aimé, il y a des risques qu'une grande partie de la classe s'allie pour le "défendre".

      Le rôle du prof a toujours été d'apprendre à l'enfant de se mouvoir dans les idées, les notions, par la pensée discursive et rien d'autre.

      Je ne puis imaginer qu'une autre forme de pensée puisse être privilégiée avant quelques années. On permet à l'enfant de développe ses talants artistiques, musicaux, sportifs, mais on ne lui demande pas de développer sa raison dans ces domaines.

      Les symboles religieux ne sont matière d'enseignement que comme référence. Un crois est une croix, elle se réfère à... Un kirpan se réfère à...

      Porter l'un ou l'autre, dans le contexte québécois, a tous les défauts du prosélytisme.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 mai 2019 16 h 44

      Monsieur Dionne, je m'arrête après l'ad hominem.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 mai 2019 16 h 45

      « La signification d’un symbole n’appartient pas à celui ou celle qui le porte. »

      La parole n'appartient pas à celui qui parle, etc.

    • Cyril Dionne - Abonné 2 mai 2019 17 h 46

      « Monsieur Dionne, je m'arrête après l'ad hominem »

      Ah! Ben M. Desjardins. Dites-nous pas que vous vous sentez aussi comme une victime. L’avocat du diable serait-il une victime? Machiavel était une victime? Coudonc, aujourd'hui, tout le monde est une victime. Est-ce qu’on peut aujourd’hui être un saint sans être une victime, mais peut-on être une victime sans être un saint? Mais pardieu, est-ce que vous êtes une victime du conditionnement des âmes pures et appliquées, des châtiments et des consentements? Pas besoin de répondre, ce sont des questions rhétoriques.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 3 mai 2019 07 h 30

      Vous êtes odieux, monsieur.

  • Denis Soucy - Abonné 2 mai 2019 06 h 35

    La collectivité

    À mon avis il n'y a pas que les individus qui soient la mesure de ces choses. La position et la mouvance sociétaire déterminent tout autant sinon plus la route à suivre.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 mai 2019 08 h 32

      Je crois que vous avez raison dans les faits. La question est de savoir si cette mouvance peut et doit « déterminer la route » de façon autoritaire.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 mai 2019 08 h 41

      Le collectif n'est pas l'universel...

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 mai 2019 06 h 47

    Certification d'autorité par numéro de modèle


    Le fait d'inclure les enseignants parmi les figures d'autorité ne repose pas sur le fait qu'il fasse figure de « modèle » pour les enfants, mais sur un souci très explicite de s'assurer que ce soit le « bon » modèle. Il n'est pas cet incertain représentant d'une humanité qui chercherait encore ses marques, mais d'une conception achevée de l'humain dont l'un des traits serait d'avoir confiné les questions métaphysiques à la sphère privée, où elles ne gênent plus le libre déploiement de la connaissance. L'enseignant dé-voilé, c'est celui en qui doit triompher la pensée dite « positive » parce que présumée libérée des superstitions religieuses et de l'erreur. Il ou elle doit faire signe sans équivoque, de manière uniforme, qu'il adhère à cette Idée de l'humain en copie conforme certifiée et à la limite interchangeable. Autrefois, c'était le Prêtre qui faisait barrage aux angoisses que chacun de nous éprouvait en leur opposant l'autorité des réponses toutes faites et des prescriptions morales. Aujourd'hui, c'est au Savant qu'on assigne la tâche de s'assurer que les enfants adhèrent au nouveau culte chargé de les en délivrer.

    • Christian Roy - Abonné 2 mai 2019 12 h 12

      Solide commentaire M. Maltais Desjardins.

    • Cyril Dionne - Abonné 2 mai 2019 16 h 17

      @Christian Roy

      Solide commentaire de la part de quelqu'un qui n'a jamais mis les pieds dans une salle de classe du primaire comme enseignant? Franchement. Prêcher dans le vide virtuel des pensées qui ne font aucun sens dans une salle de classe en face d’enfants qui n’ont rien à cirer de toutes ces paroles qui ne veulent rien dire pour eux. Quelle foutaise de la part de quelqu'un qui a passé sa carrière dans les tours d'ivoire comme philosophe. En cela, il rejoint tous les Charles Taylor de ce monde.

      Misère.

    • Jean-François Trottier - Abonné 2 mai 2019 17 h 30

      Petits problèmes de dichotomie, M. Maltais Desjardins.

      Soit l'un, soit l'autre, hein?

      Vous enfermez la laïcité à l'intérieur de la logique religieuse.

      Je ne vois pas du tout ce qui remplacerait l'ancien "barrage aux angoisses" dont vous parlez.

      MIs à part le fait que les enseignement primaire et, jusqu'à un certain point, secondaire, servent à insuffler des bases essentielles, et donc quer les élèves peuvent avoir l'impression de de faire asséner des vérités, personne ne tente de cacher des angoisses existentielles par des vérités toutes faites et empruntées à une idéologie, ni scientiste, ni autre.

      Il y a par malheur beaucoup trop de Rousseauisme dans l'éducation, mais il déteint sur la pédagogie, peu sur la matière.

    • Christian Roy - Abonné 2 mai 2019 21 h 07

      @ M. Dionne,

      J'ai eu la chance de travailler au cours de ma carrière dans des classes du primaire, de la maternelle jusqu'en 6e.

      J'ai su adapter mon enseignement au niveau de croissance psychoaffectif des enfants qui se sont trouvés devant moi. Pas là pour prêcher quoi que ce soit... mais là pour décoder et verbaliser avec les jeunes leur désir intense de vivre.

      Quel beau métier que celui d'enseigner.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 3 mai 2019 07 h 40

      Monsieur Trottier,

      « personne ne tente de cacher des angoisses existentielles par des vérités toutes faites et empruntées à une idéologie, ni scientiste, ni autre. »

      Le triste sire s'empressera de dire que je n'y connais rien. En effet, il m'en manque des bouts et c'est peut-être pour cela que je n'ai pas sa tranquille assurance, devant me contenter de tenir des propos stupides, moi.

      Ceci dit, j'aimerais croire que vous avez raison sur celle-là. Je ne sais pas trop au primaire-secondaire, mais je n'ai qu'à lire par ici pour suspecter que le scientisme fleurit à l'école aussi bien que la psycho pop et le bazar pseudo-mystique. On ne laisse pas l'idéologie au vestiaire parce qu'on a mis le voile sur une tablette. Qu'en dites-vous ?

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 2 mai 2019 08 h 41

    M. Yvon Rivard écrit :

    « Une fois ce lien de confiance établi, le fait d’afficher, par un signe ou l’absence de signe ostentatoire sa croyance en l’existence ou l’inexistence de Dieu, n’a plus beaucoup d’importance. »

    L'auteur serait donc prêt à accepter qu'une musulmane en burqa enseigne à sa jeune fille de 8 ans, pourvu qu'elle ait établi un lien de confiance avec elle. Comme il ne verrait aucun problème à ce que ce petit frère de quatrième année, avec sa robe noire, revienne enseigner aujourd'hui.

    Je suis surpris que Christian Rioux n'ait pas répliqué.

  • Suzanne Chabot - Inscrite 2 mai 2019 08 h 52

    L'absence de signe religieux n'est pas neutre


    L’absence de signe religieux n’est pas du tout neutre.

    Cela signifie la croyance d’une personne également. C’est un signe de sa croyance.

    L’on veut que les enseignants soient des agnostiques, des athées, des « musulmans » qui rejettent la charia, ou des chrétiens « laïc » (car les religieux portent une croix), etc.

    Le choix d’exclure les signes religieux est le choix de refuser certaines croyances et certains individus qui partagent ces croyances. Ce n’est pas du tout quelque chose de neutre.

    • Jean-François Trottier - Abonné 2 mai 2019 17 h 42

      Faux, faux, faux et faux.
      C'est n'importe quoi.

      La vie n'est pas un choix entre LA religion et L'anti-religion.
      Pas plus que la vie n'est bleue ou anti-bleue, ou encore, courte ou anti-courte.

      Le monde n'est pas dichotomique, Mme Chabot.
      Il ne tourne pas autour de vos obsessions, ni de votre nombril puisque vous semblez confondre l'un et l'autre.

      Je puis passer des mois sans penser seulement à une religion, ni au contraire d'une religion, si tant est-il qu'il existe le contraire d'une religion... mais je ne puis l'imaginer.

      Dans un immense building aux milliers de portes, quelque part au 8ème étage l'une d'ente elles affiche une pancarte : "Islam".
      Tout plein de gens n'ont pas choisi de passer par cette porte. Certains sont entrées et en sont sortis.
      Certains sont nés derrière cette porte et tentent d'en sortir même si on les y retient de force.

      Mais il reste tout de même des milliers d'autres portes,

      Vous n'en voyez qu'une. Bon coudon.

    • Christian Roy - Abonné 2 mai 2019 17 h 53

      La croyance , Mme Chabot, que le laïcisme est LA réponse; laïcisme qui joue alors son rôle "religieux". N'est-ce pas ironique pour les pro-PL #21 ?

      Il veulent que le système scolaire redevienne la courroie de transmisison antireligieuse à laquelle ils ont toujours rêvée.

      Aucune autre religion ne sera autorisée à faire du prosélytisme. Il n'y en aura qu'une... à l'image de celle de l'Église catholique qui les a bercés: une, sainte, universelle et apostolique. Hors de ses murs point de salut.

      Et au diable le respect des individus concernés. L'infantilisation des enseignants a bien meilleur goût.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 3 mai 2019 09 h 56

      « Il veulent que le système scolaire redevienne la courroie de transmisison antireligieuse à laquelle ils ont toujours rêvée. »

      C'est vrai. Il y en a, par ici. Mais ils ne sont intéressants que si on a besoin de faire du pouce sur leurs aigreurs pour régler nos propres comptes. Il y a d'autres lieux pour les chicanes de ruelle. À la limite, je crois qu'il pourrait être salutaire de considérer que les laïcistes sont en général de bonne foi et de dépersonnaliser le débat. Parce que ce qu'en disent les individus n'est que l'écho d'un processus qui dépasse les motifs particuliers, même ceux du gouvernement Legault. C'est à cela qu'il faut s'attarder. Pas aux méchants laïcistes, mais au laïcisme.

      Le laïcisme a ceci de commun avec toutes les idéologies qu'il repose sur l'honnête propos de nous délivrer des idéologies. Faut-il entendre par là que le débat d'idées ne serait qu'idéologique et qu'il faudrait donner raison au relativisme ? Non : les sciences, par exemple, ne sont pas que de l'idéologie, mais elles le sont toujours en lien avec les conditions historiques de leur production, de leur diffusion et surtout de l'autorité qui leur est reconnue à titre de discours normatif. Ce que j'en dis ici, c'est à l'usage de monsieur Trottier : si on veut éviter les dichotomies artificielles, il faudra aussi disposer de celle qui opposerait le prosélytisme, religieux ou autre, et une pratique d'enseignement vouée à la seule transmission des savoirs. La distinction théorique entre science et idéologie est légitime, mais abstraite. Dans la vraie vie, l'idéologie trouve toujours son chemin comme l'eau entre les pierres les plus étanches.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 3 mai 2019 10 h 09

      Tout cela pour dire que la question n'est pas de savoir si PL21 manifeste un complot des laïcards, que je salue au passage ;), mais de lire le réalignement idéologique qui aura demain force de loi. Il n'est plus possible de mettre en phase les valeurs « familiales » et l'idéologie dominante, comme au temps ou le catholicisme triomphait ou comme au temps, après, où un agnosticisme mou semblait constituer le nouveau consensus. Le pluralisme de fait ne permet plus cette illusoire mise à l'écart des (autres) idéologies. De sorte que si les laïcards sont souvent anti-religieux, ils s'entendent sans surprise sur cette question avec les catholiques les plus conservateurs. Pourquoi? Parce que l'enjeu, à défaut d'assurer une position idéologique dominante à un discours qui se donnerait à nouveau pour Vrai dans l'espace public, c'est de renvoyer chaque « famille » à la sphère dite privée, le temps que la majorité francophone nationaliste refasse ses forces et que les minorités s'étouffent d'elles-mêmes dans leur « communautarisme ». Le laïcisme n'est pas une position à l'égard du religieux, mais le terrain de jeu où les ardeurs nationalistes se tiennent en réserve.

      Mais je le répète : si cela devait marcher, cela n'aurait en somme pas grand chose à voir avec nos petites discussions