Pour un Québec plus juste et plus égalitaire

«Au Québec, plus de 800 000 personnes, en majorité des femmes, gagnent moins de 15$ l’heure», notent les auteurs.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir «Au Québec, plus de 800 000 personnes, en majorité des femmes, gagnent moins de 15$ l’heure», notent les auteurs.

Partout dans le monde aujourd’hui, le mouvement syndical célèbre la Journée internationale des travailleuses et des travailleurs. Nous désirons profiter de l’occasion pour faire état des préoccupations partagées par nos centrales syndicales.

L’économie du Québec peut sembler bien se porter. Le taux de chômage, il est vrai, se maintient à un creux historique depuis une bonne période de temps. Alors qu’on devrait constater une hausse des revenus des travailleuses et des travailleurs en cette situation de plein-emploi, force est de constater qu’au contraire les salaires stagnent. Au Québec, plus de 800 000 personnes, en majorité des femmes, gagnent moins de 15 $ l’heure. Même en travaillant à temps plein, elles sont condamnées à vivre dans la pauvreté. Voilà pourquoi le salaire minimum doit être haussé à 15 $ l’heure, pour permettre à toutes et à tous de vivre décemment.

Ce plein-emploi comporte également son lot de défis, et ce, pour l’ensemble de la société québécoise. Dans tous les secteurs, dans toutes les régions, les employeurs peinent à recruter et à retenir la main-d’œuvre nécessaire à leurs activités. L’amélioration des conditions de travail constitue certainement le meilleur moyen de faciliter le recrutement. Mais nous devons également nous attaquer à ce défi de façon plus concertée, avec le gouvernement et les employeurs, afin de nous assurer que les travailleuses et les travailleurs puissent suivre l’ensemble des changements entraînés par l’évolution de l’économie, notamment en matière de formation professionnelle.

C’est évidemment le cas pour la transition énergétique à laquelle le Québec et l’ensemble de la planète sont appelés. Cette transition doit impérativement être juste pour les salarié-es et leurs communautés. Alors que le réchauffement climatique nous contraint à délaisser l’économie des hydrocarbures, plusieurs secteurs économiques devront traverser des changements radicaux. Nous devons nous assurer que les travailleuses et les travailleurs puissent s’adapter aux changements professionnels auxquels ils seront confrontés.

Au cours de la dernière campagne électorale, François Legault a joué la carte du nationalisme économique pour se faire élire. La préservation de nos sièges sociaux et la création de « jobs à 30 ou 35 $ l’heure » font partie de ses priorités. Malheureusement, les mauvaises nouvelles se sont succédé depuis l’automne en matière de fermetures d’entreprises, de délocalisations d’activités et d’octrois de contrats publics à l’étranger. Nous ne pouvons tenir le premier ministre responsable de cette situation. Toutefois, il a la responsabilité de protéger les emplois québécois, et ce, malgré les contraintes engendrées par les accords internationaux. Avant de créer des emplois à 30 $ l’heure, encore faut-il être en mesure de préserver ceux que nous avons déjà.

On le sait, les services publics et les mesures sociales du Québec, pionnier en Amérique du Nord, ont grandement réduit les impacts de la dernière crise économique que nous avons traversée. L’accès à un système de santé et d’éducation universel et gratuit contribue également à réduire les inégalités sociales comparativement à notre voisin américain. Toutefois, ces inégalités sont bel et bien réelles et le gouvernement doit s’y attaquer afin de promouvoir une société plus juste et plus égalitaire.

Nos services publics ont été passablement fragilisés par les années d’austérité auxquelles les libéraux nous ont soumis. Malgré plusieurs réserves, nous avons salué la croissance des dépenses de programmes annoncées lors du budget du ministre des Finances. Toutefois, nous sommes inquiets devant les prévisions de croissance en santé et en éducation du gouvernement pour les années subséquentes. Inférieures à la hausse des coûts de système, elles risquent de replonger le Québec dans une austérité permanente.

Le mandat du premier ministre vient tout juste de commencer. Ses responsabilités sont grandes, les défis sont immenses. Mais nous sommes convaincus d’une chose : c’est en mettant les travailleuses et les travailleurs du Québec au cœur de nos priorités et en favorisant le dialogue social avec l’ensemble de la société civile que nous pourrons contribuer, tous ensemble, au bien-être et à la prospérité de l’ensemble des Québécoises et des Québécois.

Le plein-emploi comporte son lot de défis, et ce, pour l’ensemble de la société québécoise.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

4 commentaires
  • Raynald Rouette - Abonné 1 mai 2019 06 h 58

    Il aurait fallu voter oui en 1980 et 1995


    La mondialisation attire vers le bas tout ce que le Québec moderne s’est donné, ça inclus les syndicats et les grandes entreprises québécoises et ses programmes sociaux.

    Pour moi, les Québécois de souche de cœur et d’esprit ont développé le Québec, les anglais (colonialisme) n’ont fait que l’exploité. Il n’est peut-être pas trop tard pour freiner cette descente. Cependant le temps presse!

  • Denis Paquette - Abonné 1 mai 2019 07 h 37

    et oui ainsi va le monde une mouvance qui ne s'achève jamais

    n'est ce pas la grande revendication de tous les pays, une jeunesse qui en a mare d'être deléguée a l'arriere plan, apres avoir fait l'effort d'étudier et de penser un monde

  • Gilles Bonin - Abonné 1 mai 2019 08 h 08

    Une fois par année

    la grande solidarité du discours et le reste du temps chacun pour soi.

    • Cyril Dionne - Abonné 1 mai 2019 09 h 17

      Comme vous avez raison M. Bonin. Ceux qui ne paient pas des cotisations, ils ne comptent pas pour nos syndicats. C'est pour cela que le crime organisé avait et a infiltré presque toutes les centrales syndicales parce qu'il y a beaucoup d'argent à faire. Voir la commission Charbonneau. Ce mouvement à l’origine noble, s'est métamorphosé dans une version qui n'est plus palpable pour le commun des mortels.