Inondations: le Québec aux prises avec l’inconnu

Sainte-Marthe-sur-le-Lac vit des inondations majeures.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Sainte-Marthe-sur-le-Lac vit des inondations majeures.

Inondations majeures. L’heure est à la mobilisation, avec cette ligne de cohésion dans l’épreuve donnée par la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, lors d’un point de presse : « Merci à tous, continuez à être courageux. » Urgence immédiate, longue épreuve du retour, et multiples pistes à ouvrir dans l’aménagement des territoires. Il nous reste aussi à agir dans le domaine du pilotage, de plus en plus complexe, de ces univers inconnus.

Retour d’expérience

Quand viendra le temps de l’analyse post-mortem, on examinera notamment l’anticipation, l’alerte, l’action, la coordination, l’information et la mobilisation des citoyens. On fera un zoom sur les lieux critiques affectés par les inondations, et sur le cas des barrages. On s’interrogera sur nos références, comme : « crue millénale » — à l’heure du bouleversement climatique.

Il faut cependant aller plus loin encore. Car notre terrain de jeu est en train de muter, à haute vitesse. Les cadres dans lesquels nous avions l’habitude d’intervenir, de coordonner et de décider, n’existent tout simplement plus.

Nous étions préparés à traiter des situations de gravité moyenne, isolées et spécifiques, d’une durée relativement brève ; ou à des catastrophes sérieuses mais rares (inondations, 2017 ; verglas, 1998 ; Saguenay, 1996). Et surtout, dans des contextes fondamentalement stabilisés.

Nous voici désormais confrontés à des situations de gravité hors échelle, impossibles à isoler, avec multiplicité des points de fragilité, interaction généralisée des réseaux de risques ; des situations beaucoup plus fréquentes, et marquées non plus par l’incertitude, mais bien par l’inconnu. L’information, à l’heure des réseaux sociaux, se transforme en connectivité généralisée, en temps réel.

Le tout sur socles fragilisés : crédibilité des experts, confiance envers les responsables fissurées ; solidarités et contrats sociaux en perte de robustesse. Cette dérive n’a pas du tout été observée au Québec lors de l’épisode en cours, et c’est tout à l’honneur des autorités et des citoyens. Mais le risque existe, et la province n’a pas de garantie contre ces dynamiques que l’on voit s’accélérer dans nombre de pays.

Dans ce nouveau contexte, nos boîtes à outils s’avèrent bien décalées. Se « coordonner » ne suffit plus. Informer quand on a perdu la connaissance devient problématique. Et comment « communiquer » si la menace de risques inconnus provoque bientôt une montée aux extrêmes de la peur, un repli sur les « fake news » et autres « vérités alternatives » ?

Nouvelles pistes

Nous allons devoir inventer de nouvelles grammaires de pilotage collectif, pour consolider nos pratiques de conduite des situations d’urgence — certes déjà bien avancées au Québec.

Une piste a déjà fait ses preuves : la démarche de « Force de réflexion rapide » — un groupe de personnes, marquées par leur diversité et formées à travailler sur une « feuille blanche » — vient aider à l’invention en temps réel. Ce groupe travaille sur quatre questions : 1. « De quoi s’agit-il ? », ou comment qualifier une situation qui mute constamment. 2. « Quels sont les pièges ? », qui affluent quand on doit traiter des amas de problèmes sans mode d’emploi. 3. « Quels sont les acteurs ? », dans la mesure où les parties prenantes sont à penser sur des cartes nouvelles. 4. « Quelles combinaisons d’impulsions inventives proposer ? », puisqu’il s’agit de naviguer en terrain inconnu.

Ce type de dispositif est à organiser et à entraîner. En incluant les décideurs, qui doivent eux-mêmes s’impliquer dans des préparations exigeantes, spécifiquement pensées pour eux. Pour le moment, les entraînements aux situations de crise sont prévus pour les niveaux opérationnels. À l’heure des chocs majeurs pour nos sociétés, la préparation des dirigeants aux surprises stratégiques devient vitale.

De même, il va nous falloir inventer de nouvelles préparations du citoyen, des municipalités, des associations. Non seulement en matière d’anticipation, d’alerte, de réflexes, d’autonomie, mais plus encore d’inventivité en situation inédite. Pour éviter que les mégachocs ne produisent que désespérance, et effondrement de la confiance. Cette robustesse « par le bas » va s’avérer cruciale pour le pilotage et la tenue de nos sociétés.

Un dirigeant de la Silicon Valley le disait déjà voici quelques années à ses équipes : « Votre terrain de responsabilité, désormais, c’est l’inconnu. » C’est assurément notre exigence à tous.

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11 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 30 avril 2019 07 h 01

    Non Madame

    Non madame les inodations qui sont actuelles au Québec ne sont opas la cause, comme vous le dites "à l’heure du bouleversement climatique", mais uniquement à deux causes majeures: 1) l'avarice des maires en taxes pour faire des plaisirs aux petits copains et amis de ceux-ci et le laissez-faire des GV en matière de construction en zones inondables - généralement zones connues depuis des siècles comme le démontre les inondations de MTL depuis 1643. 2) Asphaltage tous azimuts de tout ce qui est terre.

    • Cyril Dionne - Abonné 30 avril 2019 10 h 39

      Vous avez raison M. Pelletier. Ils ont vendu des terrains en sachant forts bien que c'était des zones inondables pour recueillir plus de taxes. De toute façon, lorsqu'il y a crise, c'est le gouvernement de Québec qui paie pour les dommages encourus. Les villes s’en lavent les mains.

      L'asphaltage fait partie de l'étalement urbain qui découle en grande partie de l'augmentation de la population en zone urbaine due surtout à l'immigration.

    • André Labelle - Abonné 30 avril 2019 16 h 42

      Voilà un exemple de réflexions simplistes que j'évoquais ici à 8h 16.
      Évidemment ce dont vous parlez s'est produit. Mais il y a plusieurs cas de propriétés inondées qui ne s'expliquent pas par vos arguments.
      J'habite dans un quartier de Laval où, il y a quarante ou cinquante ans, de petits propriétaires de chalets qui ne payaient pas de mine ont économisé pendant des années pour enfin pouvoir se payer une maison modeste en bordure de la rivière ou pas loin et ainsi pouvoir enfin quitter leurs petits appartements de quartiers ouvriers de Montréal.
      À l'époque les cartes hydrographiques indiquant les zônes inondables n'existaient tout simplement pas. La seule source d'information disponible concernant les inondations étaient la mémoire populaire des anciens qui se transmettait oralement.
      Alors tout ramener aux causes que vous évoquez comme plusieurs autres personnes sans doute bien intentionnées mais jugeant avec une évidente myopie est une gropssière erreur.
      La réalité est beaucoup plus complexe que ce que vous y connaissez.

      ««Il ne faut pas juger avec nos yeux instruits d'aujourd'hui mais avec nos yeux aveugles d'hier.»
      [Maurice Druon]

  • André Labelle - Abonné 30 avril 2019 08 h 16

    SOLUTIONS MULTIPLES

    Les solutions simplistes sont rapidement émises en temps de crise. Au sujet des inondations la plus simpliste c'est : oust !. tout le monde s'en va ! Mais la réalité est beaucoup plus complexe.
    J'exhorte les citoyens et surtout les dirigeants à ne pas s'enfermer dans des solutions qui pourraient bien causer beaucoup de tristesse et de malheur.
    Si un épisode de verglas catastrophique survient devrions-nous demander le déménagement de la population en Floride ? J'aimerais bien ... ;-) !!
    Il faut penser, dans le cas des inondations, architecture, aménagement urbain, économie, aspects sociaux, etc. Pas seulement déménagement et expropriation.

    • Serge Pelletier - Abonné 30 avril 2019 16 h 54

      Et payer des centaines et des centaines de millions de dollars... ce année après année pour les dégâts de tous types et genres... et en pure perte...
      Mais surtout pas "forcer" au déménagement hors zones inondables les propriétaires des nouveaux domiciles "style manoir quétaine" de gens tous heureux d'avoir les deux pieds dans l'eau... et de faire "chier" la population qui habite généralement un 4-1/2 ailleurs...

      Votre argumentaire est similaire au cas des conjoints/tes qui sont battus(es) à répétition, et qui refusent de quitter le/la conjoint)e) violent(e)... Jusqu'au jour où la fin de la relation est funeste...

      C'est cela votre résolution de crises récurantes... Bravo, M. Labelle.

  • Odette Beaupré - Inscrit 30 avril 2019 09 h 53

    Appât du gain des villes

    C'est triste de constater l'avarice des villes... et leur déresponsabilisation, pour l'appât du gain. Des gens perdent tout, se fient à leurs assurances, se fient à leur maire, se fient au gouvernment.... sur un coup de dés? Mal information? Coktail explosif qui vient de leur peter dans la figure.

    J'ai vécu la crise du verglas.... Rien à voir avec ces zones fragilisées depuis longtemps....

    J'oublirai jamais le désespoir que cela entraîne.

    Courage à vous tous! Et "les mêmes causes produisent les mêmes effets..." disait mon grrrand m'père! Soyons donc tous conséquents de vos choix. Être "victime" n'en est pas un à long terme.

    • Serge Pelletier - Abonné 30 avril 2019 17 h 20

      Je n'apprécie aucunement le Jean Chrétien, mais au sujet des Autochtones d'une certaine réserve illégale qui ne cessent de pleurer pour les acqueducs (eau potable) et l'absence de ceux-ci, il a eut le commentaire juste et précis: "On cesse de pleurer, et on déménage".

      Ce commentaire de Chrétien s'applique parfaitement aux présents cas de ceux qui habitent en zones inondables...

  • Denis Paquette - Abonné 30 avril 2019 10 h 44

    seuls les incrédules ne le comprennent pas

    et poutant nous savions que tôt ou tard les changements climatiques allaient nous affecter il faut bien que l'eau aille quelque part c''est tout l'eau des glaciers qui peu a peu vont nous envahir, mon opinion est que c'est toute cette eau qui va se frayer un passage jusqu'a la mer et vont en changer les littéraux et les passages, voila le monde n'est pas quelque chose de stables et de definitifs seuls les incrédules ne le comprennent pas

    • Serge Pelletier - Abonné 30 avril 2019 17 h 06

      Monsieur, vous confondez les zones inondables du Québec, qui comme le mentionne fort bien, Mme Beaupré, qui ont été bâties par l'avarice des maires en matière de taxes immobilières, de gouvernements irresponsables regardant aillleurs, et de gens très naifs croyant les mensonges des entrepreneurs en construction... et la fonte des glaciers... Glaciers existants au Québec.

      Effectivement, les changements climatiques mondiaux influent généralement le climat... Mais aucunement dans les actuels cas d'inondations riveraines des cours d'eau et lacs du Québec.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 30 avril 2019 16 h 23

    L'eseprit du texte

    Les 4 premiers commentaies sont justes, expession d'une sorte de colère; le dernier seulement me paraît répondre à l'esprit du texte. Oui, nos avons avantage à apprendre à mieux dealer avec l'inconnu, mais avec grandeur intelligente, , pas avec la mentalité du porteur d'eau né pour un ptit pain.

    • Serge Pelletier - Abonné 30 avril 2019 17 h 12

      Il n'y a rien d'inconnu d'avoir les deux pieds trempés quand l'on a les deux pieds dans la piscine... Et c'est actuellement les cas de ceux qui bâtissents des habitations et vendent des "propriétés de rêve" dans les zones inondables... Et que dire de ceux qui "gobent" avec empressement le tout...