La désinformation: un danger réel pour la santé publique

Avant de pouvoir affirmer que les vaccins sont un danger pour la santé, il faudrait pouvoir compter sur un ensemble de preuves consensuelles, remarque l’auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Avant de pouvoir affirmer que les vaccins sont un danger pour la santé, il faudrait pouvoir compter sur un ensemble de preuves consensuelles, remarque l’auteur.

Les lanceurs d’alerte ont un rôle important à jouer dans nos démocraties. En général, il faut saluer le courage de ces personnes qui risquent parfois gros pour éveiller la conscience collective et révéler des situations et des phénomènes déplorables. En revanche, il apparaît qu’à l’ère des médias sociaux et de l’information spectacle, les lanceurs d’alerte sont de plus en plus nombreux à se positionner sur des causes dont ils ne maîtrisent pas toujours tous les paramètres et dans lesquelles leurs motivations ne sont pas toujours claires. Si nous appuyons ces lanceurs d’alerte qui mettent leurs intérêts personnels en réserve pour le bien collectif, en revanche nous nous interrogeons sur les dérapages de certains. D’ailleurs, ces derniers inquiètent la communauté scientifique dans un contexte où les communications commencent à manquer de filtres.

Impérative vérification

La science étant constituée de la somme des connaissances vérifiées et vérifiables, il va de soi que la notion de vérification est primordiale pour accorder un caractère scientifique à un phénomène. Récemment, l’administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, sonnait l’alarme au sujet des fausses informations sur la vaccination qui circulent abondamment sur les médias sociaux, alors que ceux-ci deviennent des foires de désinformation qui permettent à quiconque de conforter les opinions d’un public déjà convaincu. Le Devoir rapportait d’ailleurs qu’une analyse d’un groupe de chercheurs parue dans la revue scientifique Science du 9 mars dernier démontrait que les fausses informations se propagent plus rapidement et à plus grande échelle que les informations véridiques, notamment sur Twitter. Concrètement, une histoire vraie serait rarement partagée à plus de 1000 personnes, alors que le 1 % de fausses informations les plus virales se propagent rapidement à des groupes compris entre 1000 et 100 000 individus.

Des scientifiques s’emmêlent

Il est regrettable, voire dangereux, que certains scientifiques participent à ces efforts de désinformation en colportant des théories conspirationnistes. Le tort causé à la crédibilité des scientifiques est grand, certes, mais les dommages peuvent aussi avoir des conséquences graves pour la protection du public. La sortie récente au Québec d’un scientifique mettant en cause les vaccins et leurs risques pour la santé ainsi que la crédibilité des organismes publics qui en font la promotion comme de l’Organisation mondiale de la santé porte atteinte à la santé publique. De tels propos sont d’autant plus navrants dans un contexte où des maladies virales évitables par la vaccination ressurgissent avec force — comme c’est le cas de la rougeole, dont les cas ont bondi de 300 % au premier trimestre 2019.

Il est vrai que des preuves scientifiques peuvent se contredire et que de nouvelles connaissances peuvent surgir. Toutefois, le rôle de la communauté scientifique, dans un processus de révision par les pairs et de cocréation du savoir, est d’établir les éléments consensuels, les tendances qui se démarquent et les faits basés scientifiquement sur lesquels doivent s’appuyer les décisions prises par les professionnels.

Les professionnels ont une responsabilité tacite envers le public. Avant de pouvoir affirmer que les vaccins sont un danger pour la santé, il faudrait pouvoir compter sur un ensemble de preuves dont les résultats font consensus pour les chercheurs, ce qui, à l’heure actuelle, n’est pas le cas.

Une rectification difficile à mener

Les microbiologistes sont en bonne position pour témoigner qu’il y a davantage de bienfaits à la vaccination que de risques associés. Donner une attention exagérée aux risques sans jamais parler des bienfaits est intellectuellement malhonnête.

L’Association des microbiologistes du Québec souhaite ajouter sa voix au concert des chercheurs et des professionnels de la santé qui, malgré des preuves scientifiques appuyant leurs actions et leurs communications, doivent se battre de plus en plus contre des individus à l’argumentaire fallacieux.

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9 commentaires
  • Yv Bonnier Viger - Abonné 23 avril 2019 08 h 40

    Merci à l'Association des microbiologistes

    On peut mettre 800 ans à contruire une cathédrale et la voir détruite en 24 heures par le feu.
    Les avancées de la science, vérifiées et contre-vérifiées, exigent aussi beaucoup de temps et d'investissements. Pourtant, la violence de la désinformation peut en détruire les fruits à la vitesse du feu. La personne qui porte la flamme devrait en être consciente.
    La facilité de communiquer dont nous disposons aujourd'hui est une véritable révolution culturelle. Notre éthique collective n'a pas suivi. Comme il y a 35 millions de nouveaux humains qui arrivent chaque jour sur terre, il nous faut sérieusement réfléchir à l'adéquation de nos systèmes d'éducation avec cette nouvelle réalité.
    En attendant, les interventions d'Associations comme celle des microbilogistes sont bienvenues pour rétablir la vérité.

    • Cyril Dionne - Abonné 23 avril 2019 10 h 56

      Oui, merci à l’association des microbiologistes.

      Au 19ème siècle, la variole avait tué des gens pendant des siècles. Une fois infectés, les patients avaient 3 chances sur 10 de mourir. Durant la guerre d’indépendance, Georges Washington avait fait inoculé ses troupes contre celle-ci et plusieurs attributs cette démarche comme une des raisons principales de la victoire américaine sur l’empire britannique. Thomas Jefferson avait fait de la vaccination, son cheval de bataille dans plusieurs états.

      Ceci dit, l’inscience de l’opinion publique basée sur les émotions et des faits anecdotiques, fait rage aujourd’hui surtout aux USA. La femme de Carey Price fait la promotion des « anti-vaxxers » tout comme des célébrités de gauche, de Jim Carrey à Robert F Kennedy Jr en passant par Robert de Niro. Rien de cela ne repose sur des études empiriques basées sur les faits, mais plutôt sur des expériences personnelles. Le vaccin contre l’hépatite B, l’aluminium, l’autisme, la polémique sur les vaccins contre la grippe A(H1N1), l’hormone chorionique gonadotrope humaine, les fêtes au virus, l'obligation vaccinale imposée pour les profits qu'elle génère, la régression des maladies infectieuses pas apparente à la vaccination, le rapport bénéfice/risque des vaccins trop faible, l'obligation vaccinale est une atteinte aux libertés individuelles, la vaccination rejetée par certains courants religieux ou bien, l'immunité assurée par les vaccins moins durable que celle produite par la maladie, sont toutes des réactions ou des raisons adverses à la santé publique.

      Si les gens ne croient pas à la vaccination et à la science, alors pourquoi courent-ils les hôpitaux lorsqu’ils sont malades d’une infection due à un virus contagieux? Si une bonne hygiène personnelle et le fait que selon eux, toutes les maladies contagieuses ont été éradiquées, pourquoi sont-ils toujours les premiers à demander pour de l’aide lorsque leurs dires leurs fait défaut?

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 23 avril 2019 10 h 17

    L’arbre qui cache la forêt

    Au Québec, la vaccination insuffisante tue beaucoup moins de personnes que l’épidémie à C. Difficile.

    J’appuie sans réserve le combat de l’Association des microbiologistes du Québec contre la désinformation scientifique.

    Toutefois je n’arrive pas à comprendre le silence des microbiologistes face à la campagne de désinformation (payée par l’industrie) qui vise à faire croire que se badigeonner les mains d’un gel alcoolisé est l’équivalent de se laver les mains.

    Un exemple ?
    https://jpmartel.com/blogue_2015/eb121565.jpg

    Ces gels sont totalement inefficaces contre le C. difficile, contre la grippe et, de manière générale, sont inefficaces contre tous les virus dépourvus de membrane lipidique.

    Je suis heureux de voir que les microbiologistes du Québec s’éveillent soudainement aux dangers de la désinformation.

    Je profite donc de cette lettre dans Le Devoir pour les inviter à étendre leur combat à d’autres exemples, beaucoup plus mortels, de désinformation scientifique dans leur domaine de compétence.

    Des dizaines de vieillards meurent chaque année en raison de cette désinformation, et ce depuis plus d’une décennie. Il est temps que ça cesse.

  • Martin Paré - Abonné 23 avril 2019 10 h 57

    La science est le fondement de nos sociétés modernes. Rien de ce que nous avons aujourd'hui ne serait là sans cette démarche minutieuse et surtout vérifiée par les pairs. Internet a fait ressortir des bas fonds des pans de la nature humaine qui ne sont pas appropriés dans cette démarche que peu de gens comprennent correctement. C'est ce travail que va devoir faire la science avec l'aide des Facebook, Twitter de ce monde.

  • Marie-Michelle Poisson - Inscrite 23 avril 2019 11 h 49

    pollution de la science et des esprits

    Je recommande vivement la lecture de «Doubt is their product, how industry's assault on science threatens your health, David Michaels, Oxford University Press, 2008» à tout scientifique intégre qui souhaite réhabiliter l'honneur de la science et tenir tête aux lobbys. L'ensemble des procédés usuels des «stratégies de défense de produit» mises en oeuvre par par des firmes de communication à la solde de l'industrie pour occulter les effets délétères de produits controversés sont exposés avec brio dans ce livre écrit par un épidémiologiste de renom ayant travaillé pour les principales agences de santé publiques américains avant qu'elles ne soient complètement asservies aux intérêts financiers.
    D'un niveau de langage plus accesssible et en français on peut aussi lire «Lobbytomie: Comment les lobbies empoisonnent nos vies et la démocratie, Stéphane Horel, Editions La Découverte»
    «Depuis des décennies, Monsanto, Philip Morris, Exxon, Coca-Cola et des centaines d'autres firmes usent de stratégies pernicieuses afin de continuer à diffuser leurs produits nocifs, parfois mortels, et de bloquer toute réglementation. Leurs responsables mènent ainsi une entreprise de destruction de la connaissance et de l'intelligence collective, instrumentalisant la science, créant des conflits d'intérêts, entretenant le doute, disséminant leur propagande. Dans les cercles du pouvoir, on fait peu de cas de ce détournement des politiques publiques. »
    La science est polluée, détournée de son cours, pervertie et corrompue. La science doit se libérer. Nous devons libérer la parole des scientifiques dont le rôle essentiel et premier est de dire la vérité, toute la vérité, que la vérité sans menaces ni entraves. De ce fait, tout scientifique est un «lanceur d'alerte» dont la vie, la santé physique et mentale, la réputation professionnelle et la sécurité doivent être toujours protégées. Faute de protection des droits fondamentaux des scientifiques, la science ne pourra que reculer.

  • Eric Folot - Inscrit 23 avril 2019 13 h 05

    La vaccination

    Je trouve ce texte excellent. Je crois en effet que toute déclaration publique sur le sujet devrait s’appuyer sur des données scientifiquement acceptables et éviter le recours à l’exagération. Je suis également d'avis qu'une telle déclation devrait se limiter exclusivement à une information factuelle vulgarisée et donc compréhensible par M. tout le monde. Si la personne qui fait une déclaration souhaite émettre un jugement de valeur sur la vaccination, il devrait mentionner qu'il s'agit de son opinion personnelle et non laisser sous-entendre qu'il s'agit d'une donnée factuelle scientifiquement vérifiable. De plus, si cette personne souhaite soupeser les bienfaits et les inconvénients de la vaccination, il devrait, à mon avis, faire l'exercice à la fois sur un plan individuel et sur un plan de santé publique. De plus, tous les risques graves (même improbables ou non statistiquement significatifs) devraient être mentionnés afin que la population soit convenablement informée. En somme, je suis d'avis que les citoyens, une fois bien informés (par une information vulgarisée exposant à la fois les bienfaits et les risques tant au plan individuel qu'au plan de santé publique) sont parfaitement capable de prendre des décisions individuelles les concernant. En effet, je ne crois pas qu'un scientifique a nécessairement plus de jugement que M. tout le monde. Pour terminer, je suis parfaitement d'accord avec cette affirmation : "donner une attention exagérée aux risques sans jamais parler des bienfaits est intellectuellement malhonnête". Mais je crois que l'inverse est également malhonnête. Il y a donc lieu d'être le plus objectif et le plus honnête possible.

    Eric Folot