Osons penser l’agriculture sans les pesticides!

Le glyphosate est l’herbicide le plus utilisé au monde pour le contrôle des mauvaises herbes par les producteurs agricoles.
Photo: Getty Images Le glyphosate est l’herbicide le plus utilisé au monde pour le contrôle des mauvaises herbes par les producteurs agricoles.

Dans la foulée des débats sur l’impact de l’usage d’insecticides comme les néonicotinoïdes sur les abeilles et l’environnement, il ne faudrait pas oublier que bien d’autres substances qui présentent également des risques pour la santé et l’environnement sont utilisées massivement en agriculture. Le glyphosate est l’herbicide le plus utilisé au monde pour le contrôle des mauvaises herbes par les producteurs agricoles. Son usage a considérablement augmenté au Québec et au Canada au cours des dernières années, contribuant à l’accroissement des risques de contamination de l’eau dans certaines régions.

Nous avons pu apprendre, grâce à l’excellent travail de recherche de l’équipe de La semaine verte, que cette substance se retrouvait dans une importante quantité d’aliments consommés. Cet herbicide est si « performant » que plusieurs cultures, dont le maïs, le soja et le canola, ont été modifiées génétiquement pour y résister, ce qui simplifie le contrôle des plantes considérées comme nuisibles. Le glyphosate inhibe le fonctionnement des cellules végétales, causant la mort des plantes non résistantes.

Fait plus inquiétant, certains producteurs ont recours à cette substance sur des cultures non résistantes à des fins qui n’ont pas été prévues lors de son approbation par les autorités responsables au Canada. Une pratique répandue au sein des producteurs de blé et de légumineuses de plusieurs régions consiste à pulvériser des herbicides à base de glyphosate pour assurer un séchage uniforme des cultures avant la récolte, en induisant artificiellement leur sénescence. Le blé ou les légumineuses pulvérisés de la sorte sont susceptibles de contenir une plus grande quantité de résidus de pesticides. Comment ne pas voir dans cette pratique une des pires dérives du système agricole industriel, où les pratiques sont dorénavant assujetties aux diktats de la production maximale à bas coût ? Malheureusement, cet exemple est particulièrement représentatif des maux de l’agriculture industrielle, de la crise que vit le secteur agricole et des autorités publiques qui l’encadrent.

Si le rôle de producteur alimentaire confère aux agriculteurs une fonction sociale particulièrement importante, les conditions de l’usage des pesticides et leurs impacts — particulièrement sur leur santé et celle de leurs proches — sont en partie hors de leur contrôle. Plusieurs mesures ont été déployées au cours des dernières décennies pour encadrer l’usage des pesticides et assurer la santé du public, mais force est de constater que certaines d’entre elles sont aujourd’hui obsolètes. En ce qui a trait au glyphosate, Santé Canada continue de se ranger derrière les études des industries qui vendent cet herbicide, en faisant fi de recherches plus récentes qui démontrent sa probable cancérogénicité. En matière de santé publique et d’agriculture, les agronomes se situent à l’interface des cadres réglementaires et des pratiques agricoles. Toutefois, dans un grand nombre de situations, ceux-ci sont en conflit d’intérêts. Comment les agronomes pourraient-ils recommander aux producteurs de renoncer aux pesticides intégrés dans les paquets d’intrants des fournisseurs agricoles, et souvent vendus par ceux qui ont également la tâche de conseiller les producteurs ?

Des stratégies qui échouent

Il faut toutefois remarquer une certaine volonté des autorités québécoises d’entamer une réforme. Cependant, le dernier rapport du vérificateur général du Québec ne s’y trompe pas : depuis 1992, les stratégies mises en place échouent. Dans ce contexte, on ne peut que saluer le courage du lanceur d’alerte Louis Robert, qui a mis en lumière le pouvoir dont jouissent les vendeurs d’intrants dans la recherche agronomique au Québec. Son souhait de devenir président de l’Ordre des agronomes du Québec apparaît comme la suite logique de son engagement pour rétablir la crédibilité des agronomes.

Alors que la commission parlementaire sur les pesticides se prépare, il semble important de rappeler à quel point la difficulté de réduire le recours aux pesticides est liée non pas à la mauvaise volonté des producteurs, mais bien aux modes de fonctionnement établis. À cause des pressions de production avec lesquelles les agriculteurs doivent composer, les modes d’encadrement des pratiques font porter aux producteurs agricoles et à leurs conseillers des responsabilités qui relèvent de la collectivité et des autorités publiques.

Au-delà de chaque propriété agricole, l’ensemble des collectivités est concerné par les pratiques agricoles. En effet, devant l’accroissement de maladies chroniques et l’effondrement de la biodiversité, définir ce qui constitue un risque acceptable pour la santé et la qualité de l’environnement ne peut être décidé uniquement par quelques experts, mais dépend d’un dialogue avec la société civile. Des choix de société d’une importance majeure s’imposent en matière d’agriculture, car d’autres solutions techniques existent, d’autres trajectoires de développement pour l’agriculture, moins dépendantes des pesticides, peuvent être envisagées.

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2 commentaires
  • Daniel Francoeur - Abonné 18 avril 2019 04 h 06

    L’humanité et la procrastination de son choix envers la vie

    Devant la disparition de toute forme de vie sur terre, continuer à répandre des poisons dans notre environnement équivaut à sceller notre présent et notre avenir en faveur de la mort. L’humanité n’a plus le choix d’agir immédiatement en passant à des solutions écologiques. La procrastination du rejet des poisons et des empoisonneurs fait de nous des complices silencieux de l’élimination de toute forme de vie sur terre. Ce refus d’assistance aux espèces assassinées (oiseaux, abeilles, ver de terre, poissons, etc.) se manifeste concrètement par la tolérance gouvernementale au commerce des marchands d’hécatombes qui nous empoisonnent en exerçant leur pouvoir économique ou «scientifique».

    Ainsi, par leur appétit pour les ristournes sur les poisons prescrits, plusieurs agronomes auront sans doute beaucoup à faire pour ne pas être reconnus par l’Histoire comme participants actifs au crime de l’empoisonnement de toute vie sur terre. En effet, la duplicité a aussi un prix.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 18 avril 2019 18 h 14

    Super texte !

    Bravo !