Laïcité rime avec égalité!

Christiane Pelchat, avocate et présidente du Conseil du statut de la femme de 2006 à 2011
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Christiane Pelchat, avocate et présidente du Conseil du statut de la femme de 2006 à 2011

Madame Pelletier, je prends la plume afin de répondre à votre chronique du 10 avril dernier dans laquelle vous me mettez en cause pour illustrer votre propos. Je soulignerai que votre chronique dit une chose et son contraire en reconnaissant d’un côté que « toutes les religions discriminent les femmes ! » et en souhaitant de l’autre que cette discrimination soit approuvée par l’État.

D’abord, contrairement à ce que vous affirmez, le principe de laïcité proposé par le gouvernement actuel sera pour une première fois une norme juridique qui servira à protéger les femmes des atteintes à leur égalité, comme il protégera le droit de toutes les citoyennes et de tous les citoyens d’être traités également.

Alors oui, laïcité rime avec égalité !

Cette nouvelle norme juridique qui liera les décideurs et les tribunaux est introduite par un considérant explicite au droit des femmes à l’égalité dans le préambule de la loi : « Considérant l’importance que la nation québécoise accorde à l’égalité entre les femmes et les hommes ». Ce principe est aussi inscrit à l’article 2 alinéa 3 du projet de loi, qui mentionne explicitement que la laïcité (québécoise) repose sur les principes de « l’égalité de tous les citoyennes et citoyens ». Troisièmement, le projet de loi 21 reprend le test de l’égalité entre les femmes et les hommes de la loi 62 pour accorder un accommodement raisonnable. Ainsi, avant d’accorder un accommodement pour motif religieux, il y a maintenant un test qui vise à s’assurer que cela ne porte pas atteinte au droit à l’égalité des femmes.

À la lumière de ces articles du projet de loi, il me semble donc impossible d’occulter le fait que la laïcité dans ce projet de loi ne repose sur autre chose que le respect du principe de l’égalité entre les femmes et les hommes.

En effet, l’égalité des sexes sera érigée en norme pour accorder un accommodement et précisément pour protéger les femmes fonctionnaires « d’être tassées » du seul fait qu’elles sont des femmes pour satisfaire à des principes religieux discriminatoires.

L’affirmation de la laïcité dans la Charte québécoise se joint au principe de l’égalité des femmes et des hommes comme fondement de la justice et de la paix et auquel on ne peut déroger. Cette modification introduite en 2010 par les libéraux (hé oui !) inspirée de l’article 28 de la Charte canadienne vise à sauvegarder l’égalité des femmes des menaces causées par l’article 27 qui consacrait le multiculturalisme en 1982.

Vous ignorez aussi que le devoir de neutralité religieuse de l’État (principe sur lequel repose la laïcité de ce projet de loi) est lui-même une exigence du droit à la liberté de religion. Je rappelle en outre que le droit à la liberté de religion contient deux facettes ; la liberté de croire et la liberté de ne pas croire. Le gouvernement doit aussi considérer les femmes et les hommes fonctionnaires, usagères ou usagers qui sont aussi bénéficiaires du droit à la liberté de religion et du droit à l’égalité.

Aussi, quand vous citez les patriotes, le Parti radical français ou la loi de 1905 comme faisant fi de l’égalité des sexes, vous me rappelez aussi la Déclaration des droits de l’homme et des citoyens suivant la Révolution française de 1789. Olympe de Gouges, une des pionnières du féminisme, est morte guillotinée pour avoir dénoncé l’absence des droits des femmes dans cette déclaration. Mais rassurez-vous Madame, des millions de féministes dans le monde veillent au grain depuis, dont des milliers au Québec, et cela nous donne l’excellent projet de loi 21 !

Le fait d’ignorer que la laïcité, comme énoncée dans le projet de loi 21, repose sur le principe d’égalité des sexes me laisse perplexe, c’est le moins que l’on puisse dire !


Réponse de notre chroniqueuse

Une loi qui bafoue les droits fondamentaux de minorités religieuses pour supposément défendre les droits à l’égalité des femmes est symptomatique d’une loi qui ne tient pas debout. La Déclaration universelle des droits et libertés dit clairement : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique […] la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites. » Prétendre à la primauté d’un droit (l’égalité) au détriment d’un autre (la religion), c’est discréditer tous les droits et avec eux, la démocratie.
Francine Pelletier

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90 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 18 avril 2019 01 h 41

    Honte à madame Pelletier qui bafoue l'égalité homme/femme.

    Merci, madame Pelchat, pour votre lucidité. Ne vous cassez pas la tête avec madame Pelletier. «Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir».
    Madame Pelletier ne veut pas comprendre que le voile signifie une publicité ambulatoire pour l'islam politique qui n’a rien à faire avec la religion. C'est incroyable qu'une femme qui se dit féministe puisse défendre un symbole de l'oppression de la femme et qui bafoue le principe de l'égalité homme/femme.

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 18 avril 2019 09 h 25

      Je suis d’accord avec votre commentaire Mme Alexan. Certains parlent du PL21 sur la laïcité comme s’il visait à interdire les religions, leur pratique et leur manifestation. Pourtant il s’agit plutôt de ne pas afficher de signes religieux par certains employés de l’État dans le cadre de leurs fonctions à l’intérieur de leurs heures de travail. Point. Quand on ne veut pas comprendre, c’est comme être pire qu’un aveugle (qui lui n’a pas choisi son sort cependant).

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 18 avril 2019 16 h 33

      La chroniqueuse a l'air d'être bien appuyée au Devoir, lequel lui accorde un droit de réplique.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 18 avril 2019 02 h 05

    « Une loi qui bafoue les droits fondamentaux de minorités religieuses» (Francine Pelletier)

    Cette liberté fondamentale ne vaut que si l'on pose comme principe premier l'existence de dieux.

    Or, je refuse de souscrire à ce principe-là; m'y contraindre heurte ma liberté de conscience.

    En vertu de quelle disposition la croyance en dieu aurait-elle préséance sur ma conviction de l'inexistence de dieu?

    La conviction qui contraint un crédule à se mortifier ne me concerne pas; ce spectacle, sous nos latitudes, me désole, m'offusque et heurte mes convictions.

    La nécessité de se vêtir d'un habit religieux pour travailler et d'arborer un insigne religieux au travail ne relève pas des libertés fondamentales; elle relève des croyances religieuses.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 avril 2019 09 h 10

      La charte prend appui sur la suprématie de dieu
      or un être suprême ne le serait pas s'il n'existait pas
      donc il existe
      donc non seulement peut-on y croire
      mais un bon canadien le doit
      la liberté de religion, c'est la liberté de se soumettre à l'obligation de croire
      quiconque s'en écarte accorde tacitement permission d'être traité en citoyen de seconde zone.

      Comme dans ironie....

    • Cyril Dionne - Abonné 18 avril 2019 11 h 09

      M. Desjardins, c’est totalitaire l’ironie comme pour les chartes de marbre.

      Si la charte prend appuie sur la suprématie de dieu et qu’on n’y croit pas, est-ce que notre dollar en taxes, cotisations et impôts de toutes sortes vaut moins que celui d’un croyant? Est-ce que cela implique que ma citoyenneté qui découle de plus de 12 générations comme français d’Amérique ayant comme ancêtres communs l’épouse de Samuel de Champlain en plus de Louis Riel vaut moins que celle d’un citoyen instantané qui est croyant? « Ben » coudonc, est-ce que votre être suprême croit en lui-même M. Desjardins? Comment peut-il le faire s’il n’existe pas? Et s’il n’existe pas, où habite-il? Et qu’est-ce qu’il foutait avant la création? Quelle est la bonne religion puisque tous les croyants revendiquent qu’ils ont la Vérité absolue? Quand inviterons-nous les dieux pour participer de façon active au débat sur la loi 21 sur la laïcité? Où sont Allah, Jésus et tous nos prophètes de malheurs en incluant notre archange préféré, Gabriel, le supposé protecteur de Mahomet?

      Dieu, j’ai mille questions et aucune réponse. Mon dieu, mon dieu, délivrez-nous de toutes les religions! Et je suis humaniste, dieu merci.

    • Victor R. Aubry - Abonné 18 avril 2019 12 h 57

      «Cette liberté fondamentale (de religion) ne vaut que si l'on pose comme principe premier l'existence de dieux.» (Mathieu Lacoste).

      Il a le mérite d’être clair. Sa laïcité n’est qu’un cheval de bataille qu’on dresse pour la victoire d’un certain athéisme dominant et ultramontain, bête et stupide, que la philosophie considère comme une quasi-religion. Bref tout le contraire de la laïcité, qui vise à séparer la religion de l’État au bénéfice de l’une et de l’autre.

      Les propos de Mathieu Lacoste montrent un mal de vivre dans une société libre. La Corée du Nord devient son Nirvana céleste.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 avril 2019 14 h 50

      Je poserais plutôt comme question: les constituants étaient-ils si idiots qu'ils aient tiré les conséquence qu'on peut tirer seulement à condition de prendre l'énoncé au pied de la lettre. Je connais votre réponse. Que je ne partage pas. Faut croire que je suis en meilleure compagnie avec les imbéciles totalitaires qu'avec de grands démocrates comme vous.

    • Cyril Dionne - Abonné 18 avril 2019 15 h 20

      Si le chapeau vous fait M. Desjardins, eh bien, portez-le avec Mme Pelletier. Mais ne demander pas aux autres de faire un acte de contrition et de repentance même si j'avais compris votre astuce sur la liberté de religion. Comme quoi, tout le monde peut marcher sur l'eau, en hiver. Et je préfère humaniste à démocrate comme vous préférez, semble-t-il, imbécile totalitaire à démocrate.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 18 avril 2019 17 h 42

      "Un être suprême ne le serait pas s'il n'existait pas." - RMD

      Hum... pas sûr du tout de vous suivre dans votre raisonnement, ironique ou pas.

      En fait ce serait plutôt le contraire. Toute chose qui existe dans cet univers étant imparfaite de par sa nature même, Dieu, s'il existe, serait lui aussi imparfait, donc sans jouir de la toute puissance et dépourvu des qualités définissant un être soi-disant suprême.

      Dit autrement: toute chose qui existe dans cet univers est soumise à ses lois. Si Dieu existait, il serait lui-même soumis aux lois de l'univers. Il serait donc aussi limité et imparfait que n'importe qui ou n'importe quoi.

      Alors pour être parfait, Dieu se doit d'être privé d'existence. Existence et perfection sont deux notions qui s'excluent mutuellement.

      Ce qui ne veut pas dire qu'un être non-existant ne peut pas agir. Il le fait au travers des hommes qui prétendent agir en son nom: on n'a qu'à compter tous les morts causés par les guerres de religion pour s'en rendre compte. Dieu n’a pas son pareil pour mobiliser les esprits. Le truc, c'est d'y croire et on vient de partir en affaires.

      L'avènement de l'islam en est un excellent exemple. Avant Mahomet et son Dieu, les Arabes constituaient quelques tribus insignifiantes qui n'intéressaient personne et se chamaillaient entre elles. Avec Dieu pour jouer du sabre, leurs armées de croyants ont conquis le monde de l'Inde jusqu'à l'Atlantique et ont fondé une civilisation. L'Occident y a d'ailleurs sauvé sa peau de justesse.

      Tout ça pour dire que l'existence de Dieu est un faux problème: Dieu n'a pas besoin d'exister pour qu'on parvienne à y croire, ce qui prouve qu'il a un certain talent, le bougre.

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 18 avril 2019 19 h 39

      « En vertu de quelle disposition la croyance en dieu aurait-elle préséance sur ma conviction de l'inexistence de dieu? » (Mathieu Lacoste)

      De quelle disposition ?

      La vôtre ou celle de tout le monde, sauf …

      … personne ?!? - 18 avril 2019 -

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 18 avril 2019 23 h 40

      Petit rappel pour tout le monde :

      Le monde est à pleurer
      -Musique et parole de Jean Leloup

      « Aujourd'hui rassemblés Dieu le père et Bouddha et Krishna et Allah
      dans un même gynécée
      Tous ont gros sur le coeur
      C'est pourquoi le meeting
      C'est pourquoi le meeting

      En effet en ce jour deux mille ans après Christ
      force leur ai d'avouer leur échec
      Les humains sont méchants et la terre est cruelle
      et la terre est cruelle

      Je désire tout de suite prendre le crachoir
      dit Bouddha le gros tas dans un sursaut sans gloire
      Pour ma part ce ne sont ni les guerres
      ni les famines qui me prennent la tête.

      Non ce serait plutôt la conception ratée à la base de l'humain,
      la sélection naturelle par exemple le martyre le pire qu'on puisse
      endurer n'est-il pas avant tout la laideur chronique, la laideur chronique.

      Je pense à cette fille que j'ai vue a Makao, tellement moche
      et sans talent à chaque fois qu'elle aimait son amour se serrait dedans
      elle comme un ulcère d'estomac qui lui tenaillait l'intérieur.
      Son amour se serrait dedans elle comme un ulcère d'estomac
      qui lui tenaillait l'intérieur, l'intérieur.

      Allez hop! Un peu d'sincérité, le monde est à pleurer!
      [...] - J'ai coupé pou insérer la fin... -

      Enfin Dieu et Bouddha et Krishna et Allah épuisés de l'effort,
      tombent cois pessimistes et regardent leurs orteils et
      regardent leurs pieds, et regardent leurs pieds.

      Mais Dieu le père toujours jovial se ressaisi;
      « J'ai ici Mr. dans mon sac un petit cordial
      dont vous me direz des nouvelles »
      et le voilà qui distribue les verres. Bouddha s'illumine,
      il en a lui aussi, le saké coule à flot Manitou a du pot
      et Shivas du haschich, Allah se retire.

      Et on vit dans le ciel, Dieu le père et Bouddha, Manitou et Krishna
      bras dessus bras dessous ivres morts et joyeux chanter à tue-tête
      au-dessus des nuages.

      Allez hop! Un peu d'sincérité, le monde est à pleurer!
      Un peu d'sincérité, un peu d'sincérité

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 19 avril 2019 06 h 18

      Monsieur Morin, nous aurions dû demander d'être entendus l'un après l'autre en Commission parlementaire. En effet, afin que le législateur puisse décider avec sagesse, il doit résoudre l'épineuse question de l'existence de dieu. Et la réponse est évidente. Dieu étant un être parfait par définition (c'est un caractère qu'on associe à Dieu, qu'on y croie ou pas), il ne serait pas parfait si lui manquait l'existence. Mais je blague. Les « preuves » de l'existence de dieu sont aussi faibles que celles de son inexistence. Pour cela, il faut consulter monsieur Dionne, à qui dieu ne la fait pas. Me revient toujours la remarque toute maladroite, tolérante et naïve d'un élève :

      « Dieu ?!!! Il peut bien exister s'il veut. Mais on n'est pas obligé de le croire. »

      À quoi il faut donner raison. Il n'y a pas plus habile que les êtres suprêmes pour nous entuber.

    • Raymond Labelle - Abonné 19 avril 2019 06 h 36

      "Me revient toujours la remarque toute maladroite, tolérante et naïve d'un élève :

      « Dieu ?!!! Il peut bien exister s'il veut. Mais on n'est pas obligé de le croire. »" RMD

      C'est fou la sagesse qui peut quelquefois sortir de la plus grande spontanéité. Elle est bien bonne. Merci de partager.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 19 avril 2019 09 h 36

      "Me revient toujours la remarque toute maladroite, tolérante et naïve d'un élève :

      « Dieu ?!!! Il peut bien exister s'il veut. Mais on n'est pas obligé de le croire. »" - RMD

      Merci de m'avoir fait connaître cette savoureuse citation. Vous avez fait ma journée.

  • Jean Tardif - Abonné 18 avril 2019 05 h 22

    Dogmatisme et pondération

    La liberté religieuse devrait-elle justifier son utilisation à des fins politiques ? Justifie-t-elle l'appel à la Guerre sainte, à la pendaison, au châtiment corporel ? Le droit individuel justifierait-il qu'on se promène nu dans la rue ? Est-il brimé pour les fonctionnaires astreints à ne pas afficher leur conviction politique dans l'exercice de leur fonction ou par les militaires astreints à un code vestimentaire ? Le projet de loi 21 ne brime pas les droits fondamentaux, il inscrit leur exercice dans la réalité québécoise qui apparait nettement différente mais non moins légitime que celle du reste du Canada.

    Une interrogation du philosophe et politologue Pierre Hassner invite à une réflexion pondérée : "Que se passe-t-il quand nous sommes de plus en plus en relation avec des sociétés et des cultures, des groupes et des individus avec lesquels nous ne nous sentons rien en commun, mais auxquels nous ne pouvons échapper et au contact desquels nous craignons de perdre notre identité ? La tension entre hétérogénéité et interdépendance est gérable et féconde quand l'écart n'est pas trop grand, elle devient explosive quand l'hétérogénéité est telle qu'elle exclut toute compréhension réciproque ou quand l'interdépendance est telle qu'elle exclut toute autonomie."

    Philippe d'Iribarne développe une argumentation que feraient bien de lire les tenants d'un dogmatisme religieux ou juridique, y compris les défenseurs des "compromis raisonnables" dont Louise Mailloux observait qu'elle était une invention de juriste qui constitue une judiciarisation du politique :

    https://www.atlantico.fr/decryptage/3569894/philippe-d-iribarne--le-terme-d-islamophobie-vise-a-donner-credit-a-l-idee-fausse-selon-laquelle-l-occident-vehiculerait-un-rejet-global-irrationnel-et-indiscrimine-de-tout-ce-qui-touche-a-l-islam-et-de-tous-les-musulmans-

    http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2019/04/01/3100

  • Gérard Raymond - Abonné 18 avril 2019 06 h 04

    « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique […] la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites. »

    Simple question de gros bon sens : n'importe où, n'importe quand, n'importe comment, madame Pelletier ???

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 avril 2019 09 h 53

      Monsieur Raymond, je ne prétendrai pas répondre à sa place, mais je crois qu'on perd facilement de vue qu'il ne serait pas conforme ni à l'esprit ni à la lettre de la charte canadienne, de la charte québécoise, ni de la CUDH de prétendre que, à titre de droits et libertés « fondamentaux », l'un ou l'autre de ceux-ci aurait préséance sur les autres. Aucun ne vaut si on le pose séparément de tous les autres. Au Canada et au Québec, la liberté de religion et l'égalité homme femme ne sont pas des valeurs alternatives entre lesquelles on pourrait choisir. L'extension du droit d'adhérer aux préceptes d'une religion est clairement limitée par l'obligation d'obéir aux lois, en lesquelles l'égalité homme femme est expressément reconnu. Réciproquement, l'obligation de respecter la liberté de conscience et l'égalité homme femme ne vise pas à prescrire de quelle manière chacun en use, simplement à déterminer les marges à l'intérieur desquelles il peut le faire.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 18 avril 2019 12 h 09

      "Je soulignerai que votre chronique dit une chose et son contraire en reconnaissant d’un côté que « toutes les religions discriminent les femmes ! » et en souhaitant de l’autre que cette discrimination soit approuvée par l’État.".

      Ça dit tout!

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 avril 2019 16 h 57

      Elle ne souhaite pas du tout que cette discrimination soit approuvée par l'État. C'est Christiane Pelchat qui fait cette équivalence.

  • Marc Lacroix - Abonné 18 avril 2019 06 h 06

    Rhétorique creuse !

    Vous mettez le doigt sur le bobo, Mme Pelchat, la vision de Mme Pelletier est cousue de fil blanc:

    "Prétendre à la primauté d’un droit (l’égalité) au détriment d’un autre (la religion), c’est discréditer tous les droits et avec eux, la démocratie." Francine Pelletier

    Comme vous l'avez déjà souligné, et comme le soulignait également Mme Pelletier: " « toutes les religions discriminent les femmes ! » . Cette — discrimination — pourrait nous amener à modifier la citation de Francine Pelletier pour en faire ceci:

    "Prétendre à la primauté d’un droit ( la liberté de pensée, de conscience et de religion) au détriment d’un autre (l'égalité), c’est discréditer tous les droits et avec eux, la démocratie."

    Sommes-nous plus avancés ? Non, pas tellement, comme nous le constatons si nous désirons véritablement sortir de cette discussion absurde, il faut revoir la situation et accepter le fait que tous les droits ne doivent pas être regardés de la même façon. Je reprends une partie du texte de l'article, donc: considérant l’importance que la nation québécoise accorde à l’égalité entre les femmes et les hommes, le gouverment du Québec désirant faire le choix de la laïcité précise que le droit à l'égalité doit primer par rapport au droit à la liberté de religion (comme l'indique Mme Pelchat, le projet de loi n'enlève pas, à qui que ce soit, la liberté de croire et ne force pas quiconque à ne pas croire, pour le reste, ce sera aux individus de décider où mène leur conscience)

    Comme Mme Pelchat le soutient, le gouvernement du Québec n'a pas à mettre entre parenthèses le droit à l'égalité des sexes, car ceci revient à dire qu'une certaine forme de droit à la religion..., prime sur les autres droits de nos chartes.

    • Claude Bariteau - Abonné 18 avril 2019 08 h 44


      Mme Pelchat a chatouillé Mme Pelletier. En conclusion de sa réplique, Mme Pelletier avance que « (p)rétendre à la primauté d’un droit (l’égalité) au détriment d’un autre (la religion), c’est discréditer tous les droits et avec eux, la démocratie. Pour elle, le droit à l'égalité, qui fait partie des considérants dans la Charte québécoise, ne saurait être supérieur à celui des droits religieux.

      En écrivant cela, au nom de la démocratie, Mme Pelletier ne se rend pas compte qu'elle privilégie une démocratie dans laquelle la religion a un statut égal à celui de la citoyenneté et de l'égalité juridique, en démocratie, des citoyens et des citoyennes.

      Aussi, en écrivant cela, Mme Pelletier s'oppose, sans le dire, à l'introduction du principe de laïcité dans la Charte québécoise, principe qui n'y figure pas actuellement, grâce auquel les femmes seront toutes traitées de façon égales indépendamment de leurs religions.

      Ce sont là deux avancées majeures du PL21 et c'est pour cette raison que le Canada s'y oppose, fondamentalement parce qu'il refuse qu'un gouvernement subalterne adopte des règles qui vont à l'encontre des siennes en incluant le principe de laïcité dans sa charte et en y associant l'égalité des hommes et des femmes comme citoyens et citoyennes.

      Avancer que ces deux éléments sont présents est faux. Faire écho, comme Mme Pelletier, à la Déclaration universelle des droits et libertés en négligeant qu’elle concerne l'espace public et non les institutions de l'État, conduit à une lecture simpliste du pouvoir des gouvernements en démocratie.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 18 avril 2019 16 h 38

      Monsieur Bariteau, vous avez raison de décortiquer les sophismes et les contradictions de Mme Pelletier. Le Devoir comprendra-t-il?