La MLS doit délier les cordons de sa bourse

Malgré des débuts chancelants, la North American Soccer League (NASL) réussit en 1975 à établir sa crédibilité en recrutant Pelé, le meilleur joueur du monde, tout juste retraité.
Photo: Ray Howard Associated Press Malgré des débuts chancelants, la North American Soccer League (NASL) réussit en 1975 à établir sa crédibilité en recrutant Pelé, le meilleur joueur du monde, tout juste retraité.

La MLS (Ligue majeure de soccer) est une ligue à nulle autre pareille. Les conditions dans lesquelles elle a vu le jour lui ont imposé une structure paradoxale, soit un système socialiste rigide au pays phare du capitalisme. Il fallait des instigateurs puissants pour réussir ce tour de force, et ils l’étaient. L’hostilité du richissime marché sportif américain, un président de la FIFA (Fédération internationale de football association) corrompu et les dirigeants, aussi inquiets que mal renseignés, des grandes nations du football ont concouru à la naissance de cette excentricité.

Tous contre la NASL

Malgré des débuts chancelants, la North American Soccer League (NASL) réussit en 1975 à établir sa crédibilité en recrutant Pelé, le meilleur joueur du monde, tout juste retraité. Devant ce coup de maître ayant fait le tour de la planète, les médias américains furent obligés de rompre l’anonymat dans lequel ils gardaient ce soccer détesté. S’ils cédèrent de l’espace dans la presse écrite, la télévision conserva son mutisme dévastateur en dépit du renfort de nombreuses grandes vedettes tentées par le défi.

L’obligation de jouer dans d’inconfortables stades de baseball ou de football américain et l’absence des juteux droits de télévision réservés aux sports « nationaux » desservirent la NASL. Aussi ses dirigeants placèrent-ils leurs espoirs dans les candidatures américaine et canadienne à l’organisation de la Coupe du monde 1986. Hélas Televisa, riche chaîne de télévision mexicaine, acheta le président de la FIFA, Joao Havelange qui, en dupant son comité exécutif pour octroyer le Mondial au Mexique, signa l’arrêt de mort de la NASL. C’était un aboutissement convenant aux dirigeants des grandes puissances du football, qui craignaient la concurrence des milliardaires américains, au lieu de souhaiter la survie de cette ligue et l’expansion prévisible de l’élite professionnelle. Quand, huit ans après, la FIFA reconnut son erreur et attribua le Mondial 1994 aux États-Unis, elle eut l’effronterie de poser comme condition que le pays se dote d’un championnat national !

Éviter les erreurs de la NASL

C’était le credo des fondateurs de la MLS — éviter les erreurs de la NASL — et ils n’avaient pas entièrement tort. À une époque où triomphait le catenaccio défensif italien, la NASL choisit de dénaturer les règles du football afin de favoriser l’offensive. Une louable intention à ne pas suivre, tout comme l’expansion malavisée de 18 à 24 clubs en 1978, ou encore le manque d’intérêt pour les joueurs américains.

C’est pourtant d’avoir foulé le même terrain que Pelé, Beckenbauer, Cruyff, Carlos Alberto, Chinaglia, Best, etc., qui permit au Canada de se qualifier pour la phase finale du Mondial 1986 avec 22 ex-joueurs de la NASL. Et en plus de ses stars, la NASL avait attiré Rinus Michels, sacré entraîneur FIFA du XXe siècle, qui avait révolutionné le jeu avec son « football total » pratiqué avec succès à l’Ajax d’Amsterdam et au FC Barcelone. Il avait ouvert la voie du football moderne de Pep Guardiola. Non, la NASL n’a pas commis que des erreurs.

Se libérer d’un carcan étouffant

Si la MLS est une ligue fermée dont les franchises s’achètent, sur le modèle des principales ligues professionnelles américaines (NFL, MLB, NBA, LNH), elle est la seule à être propriétaire de tous les joueurs de ses clubs. C’est un régime ressemblant au socialisme autoritaire chinois, qui a sans aucun doute assuré sa survie dans un contexte où les médias ont ironiquement complété sa devise « Le soccer est le sport de l’avenir » par « et il le restera ». La stratégie actuelle du commissaire Don Garber paraît reposer sur l’expansion des 24 clubs atteints cette saison, plus que les principales ligues européennes ; il envisage déjà d’en accueillir 4 autres.

Or, ce n’est pas de quantité mais de qualité que sa ligue a besoin. Ainsi, ni les États-Unis ni le Canada, qui y investissent leurs meilleurs joueurs, n’ont pu participer au Mondial 2018, et, jugement sans appel, avec 90 millions de dollars américains annuels de droits de télévision, le produit MLS se situe encore au-dessous de l’indigente LNH, qui stagne à 200 millions. Des vétilles quand la NFL perçoit 4,5 milliards par an, la NBA 2,5 milliards et la MLB 1,3 milliard.

Seule l’arrivée de véritables stars, que l’ancienne NASL avait su appâter, peut à la fois relever le niveau de jeu de la ligue et lui assurer une considération médiatique. Il faut pour cela délier les cordons de la bourse et attirer plus que des noms. Zlatan Ibrahimovic, David Villa, trop âgés et fragiles, n’ont que de beaux restes à offrir, comme Marco Di Vaio, Alessandro Nesta et Didier Drogba avec l’Impact. Il faut réaliser un coup à la Pelé ou à la David Beckham, pour marquer les esprits, non seulement ici en Amérique du Nord, mais sur toute la planète football. Alors, qui de Lionel Messi, Cristiano Ronaldo, Neymar Jr, Eden Hazard, Mohamed Salah ou au moins Paul Pogba sera sur la liste des recruteurs de la MLS ? Ou Zinedine Zidane comme entraîneur ?

Des Idées en revues

Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons un texte paru dans la revue Québec Soccer, avril 2019, volume 41.

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