Laïcité: le gouvernement doit refaire ses devoirs

«Le projet de loi sur la laïcité me paraît relever davantage d’une société frileuse et refermée sur elle-même. Ce pourrait jouer de vilains tours au premier ministre et au ministre du Commerce international», mentionne l'auteur.
Photo: Getty Images «Le projet de loi sur la laïcité me paraît relever davantage d’une société frileuse et refermée sur elle-même. Ce pourrait jouer de vilains tours au premier ministre et au ministre du Commerce international», mentionne l'auteur.

La Charte québécoise des droits et libertés de la personne est un héritage collectif des gouvernements Bourassa et Lévesque. Si le Québec avait une constitution, la Charte en ferait partie, ce qui implique que tout changement à son texte devrait faire l’objet d’un amendement constitutionnel, une procédure plus compliquée qu’une modification à une simple loi. À défaut d’avoir une constitution qui l’inclut, la Charte des droits et libertés de la personne mérite qu’on la traite avec respect. Après tout, il s’agit des droits fondamentaux de chaque citoyenne et de chaque citoyen du Québec. On ne peut la tasser du revers de la main parce qu’on la trouve gênante. Un gouvernement et une Assemblée nationale qui suspendent sans sourciller des droits fondamentaux au nom de la laïcité pourraient demain faire à nouveau peu de cas de la Charte pour d’autres raisons, moins « nobles ». C’est ainsi que s’effritent les droits de la personne.

On opposera à cela que la Charte prévoit qu’il est possible d’y faire exception. Cette disposition est très rarement invoquée, et pour cause. En règle générale, elle l’a été afin de contrer une décision d’un tribunal et de maintenir la suprématie du Parlement. Dans le cas du projet de loi sur la laïcité, le gouvernement agit tout autrement : il anticipe que son projet de loi contreviendra à la Charte, et il exclut le recours à celle-ci par des personnes qui pourraient croire que des dispositions briment leurs droits fondamentaux. À quoi sert donc la Charte ?

Je passe sous silence la Charte canadienne des droits, dont le projet de loi 21 veut également se soustraire. De portée moindre que la Charte québécoise, même si elle est constitutionnelle, la Charte canadienne fait partie de la Constitution de 1982 qui a été imposée au Québec par la majorité canadienne et sans son consentement. Bien qu’elle soit légale, l’écoulement du temps ne lui a pas conféré de légitimité, et il n’y a rien d’anormal ou de honteux à vouloir s’en soustraire.

Ayant représenté le Québec à Londres (1995-2000) puis à Bruxelles (2000-2002), j’ai toujours vanté la société moderne, ouverte et tolérante que nous cherchons à construire sur les rives du Saint-Laurent. Le projet de loi sur la laïcité me paraît relever davantage d’une société frileuse et refermée sur elle-même. Ce pourrait jouer de vilains tours au premier ministre et au ministre du Commerce international lorsqu’ils solliciteront des investissements étrangers. Nos nombreux concurrents auront la partie facile de pointer du doigt un gouvernement qui n’aura pas hésité à suspendre des libertés fondamentales.

Du reste, un professeur de français ou de mathématiques ou encore de géographie n’incarne nullement l’autorité de l’État. Il importe peu qu’il arbore des signes religieux s’il en a envie. Ce sont des religieuses qui m’ont enseigné au primaire. Ni soeur Regina, ni soeur Andrée, ni soeur Armand-Marie, ni soeur Irène-Germaine, toutes en habit de leur congrégation et arborant une croix pectorale, n’ont représenté l’autorité de l’État. Cela ne les empêchait pas d’avoir de l’autorité, ce qui est autre chose. Les signes religieux qu’elles portaient n’ont pas eu d’influence déterminante sur moi. Il en a été de même des Jésuites et des prêtres séculiers au collège. Ceux-ci auraient tous été fort étonnés d’apprendre qu’ils représentaient l’autorité de l’État. Les enseignants comme les professeurs, au public comme au privé, ne sont pas dans la situation des policiers ou des magistrats. Qu’on les laisse tranquilles et le projet de loi sur la laïcité deviendrait plus acceptable.

Il est vrai, comme certains le soulignent, que le débat sur la laïcité dure depuis un bon moment. Ces personnes concluent qu’il est temps de trancher. Peut-être, mais pas de la manière dont le gouvernent s’y prend. Au demeurant, le Québec est une société laïque. Une fois enlevé le crucifix archaïque de l’Assemblée nationale, il n’y aura rien de religieux dans l’espace public. Il n’a pas été nécessaire de promulguer une loi pour y parvenir ni de suspendre les droits et libertés des personnes.

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34 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 13 avril 2019 03 h 38

    Encore des divagations...

    Franchement écrire en terminant votre texte par un "ni de suspendre les droits et libertés des personnes". C'est fort en titi. Un État, tout comme un employeur quelconque, peut imposer le port d'un habillement particulier, l'obligation de ne pas porter des signes de "préférences" politiques, etc. Alors pourquoi osez-vous écrire des sornettes en regard de suspension des droits et libertés...

    Tout comme vos afirmations que le fait d'avoir été élève dans un milieu où le corps enseignant était majoritairement "religieux" n'a pas fait de vous un jésuite... Encore là, vous omettez de spécifier qu'à votre époque la majorité du corps d'enseignant était "religieux", que les écoles étaient généralement des possessions des diverses communautés religieuses, etc.

    Il faut croire qu'une maladie portant un certain nom commence à se poindre dans votre cas...

    • Claude Bariteau - Abonné 13 avril 2019 11 h 39

      Je comprends que vous invitez M. Guay a faire ses devoirs.

  • Jean-Marc Simard - Abonné 13 avril 2019 05 h 46

    C'est l'intention qui compte...

    Qu'un professeur(e) boudhiste, juif, taoiste, évangéliste ou autre, porte ses accoutrements religieux en maison d'enseignement ne me dérange pas du tout. Je suis sûr que les adeptes de ces religions n'essayeront pas de convertir leurs élèves à leur philosophie religieuse...Mais qu'un professeur(e) musulman le fasse me dérange énormément, parce que cet accoutrement véhicule une intention politique sous le couvert de la religion, intention qui vise la conversion de l'élève à l'islam...Il y a plein de messages en ce sens, prêchés par la plupart des Imams, dont Charkaoui, qui ne cachent pas leurs intentions vicieuses d'islamiser le monde et de répandre l'idéologie véhiculée par leur prophète...Lisez le Coran et vous comprendrez mieux ce que je veux dire...Je n'aime pas du tout le message coranique dont certains versets furent jugés sataniques par Salman Rushdie, dans son livre du même titre...Excusez-moi, mais s'il y a une communauté idéologique à laquelle je ne fais pas confiance pour enseigner c'est bien celle de l'islam...Toutes les demandes d'accommodement raisonnables faites par cette seule communauté et les tentatives, pas si lointaine, d'instaurer la charia au Canada sont des preuves en ce sens...Sous le couvert de leurs «salamaécums» cette communauté, et je vise surtout les musulmans pratiquants, véhiculent des intentions politiques pas très catholiques qui me rendent excessivement méfiant...Je ne leur fais pas confiance...Leurs intentions ne sont pas nettes...

    • Cyril Dionne - Abonné 13 avril 2019 17 h 16

      Qu'est-ce que vous en savez M. Simard? Est-ce que vous avez déjà enseigné au primaire ou au secondaire? Moi je l’ai fait en Ontario et je peux vous affirmer que certains essaient de convertir les élèves qu’ils ont devant eux de façon très subtile. Ils arrêtent lorsque les parents viennent se plaindre à l’école ou au conseil scolaire.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 13 avril 2019 22 h 28

      Monsieur Dionne vous dites comme moi...Vous confirmez mes dires et ma méfiance envers le monde islamique...

  • Michel Lebel - Abonné 13 avril 2019 07 h 42

    Une erreur de taille

    Erreur de l'auteur: la société québécoise n'est pas laïque, mais son État l'est. La société québécoise est constituée de personnes de différentes religions, d'agnostiques et d'athées. Une société donc plurielle au plan des croyances.

    M.L.

    • Bernard Dupuis - Abonné 14 avril 2019 11 h 27

      Une société n’est pas un agrégat d’individus. Elle forme un système.

      Si le Québec n'est pas une société laïque, alors quel est-il? Une société plurielle au plan des croyances? Mais, qu’est-ce qu’une société laïque? Qu’est-ce qu’une société religieuse? L’Arabie Saoudite serait un bon exemple de société religieuse. Le système religieux y a la main haute sur le système politique, économique et social. Au Québec, c’est tout le contraire. Le système religieux y joue un rôle symbolique et y est même discrédité à cause de son histoire plus ou moins honorable justement à cause de son hégémonie de jadis.

      Au Québec, cela apparaît assez clair que le système laïque, même pluraliste, a bien déclassé le système religieux. Toutes ces histoires relatives aux accommodements raisonnables illustrent cette marginalisation du système religieux. Les Québécois ne veulent clairement pas revenir au temps où la société, la politique, l’économie étaient contrôlées par le système religieux. C'est dans ce sens que l'on peut parler d'une société laïque. Ce qui n'empêche pas le pluralisme.

      Bernard Dupuis, 14/04/2019

    • Jean-François Trottier - Abonné 14 avril 2019 17 h 06

      M. Lebel,

      L'État n'est pas laïc. Le Québec est une province "comme les autres", n'ayant qe le pouvoir de dépenser dans 3 ou 4 domaines alors que tout ce qui compte vraiment en matière de pouvoir est à Ottawa.
      Sa capacité de décision est extrêmement mince comme on l'a vu : même sans avoir signé la Charte il est tenu par la force de la respecter, négation réelle de son autorité ET héritage du droit divin quoi qu'on en dise.

      Le gouvernement du Canada n'a rien de laïc.
      Prière très chrétienne en ouverture de sessions aux Communes, Reine qui est chef de l'Église Anglicane...
      L'Église Anglicane n'a jamais même critiqué, ni pris ses distances avec un seul gouvernement en Angleterre, et la tradition se continue au Canada.
      Pourtant les occasions n'ont pas manqué.

  • André Chevalier - Abonné 13 avril 2019 08 h 05

    C'est plus une question d'influence que d'autorité.

    Le port de symboles ou accoutrement religieux exerce une influence indue sur les enfants. C'est donc du prosélytisme.

    • Claude Bariteau - Abonné 13 avril 2019 10 h 48

      L'auteur, à juste titre, signale que ses professeurs ne se seraient pas vues comme l'autorité de l'État, car leurs postes ne relevaient qu'indirectement de l'État alors qu'ils faisaient la promotion de leurs communautés religieuses.

      Le PL21 ne proclame pas l'autorité de l'État mais uniquement l'expression de la laïcité des employé/e/s dans ses institutions par respect de la diversité de convictions religieuses chez des usagers et usagères.

      Il est totalement hors propos et se veut, en plus, promoteur de la pérennité d'une Charte définie par la loi comme susceptible d'être bonifiée par le législateur en autant qu'il respecte la liberté de conscience et de religion, ce que ne font pas des enseignants et enseignantes, en position d'autorité, portent des signes religieux.

      C'est élémentaire.

  • Jean Lacoursière - Abonné 13 avril 2019 08 h 30

    « Les signes religieux qu’elles [les sœurs enseignantes] portaient n’ont pas eu d’influence déterminante sur moi. »

    L'auteur de la lettre dit :

    « [Le projet de loi sur la laicité] pourrait jouer de vilains tours au premier ministre et au ministre du Commerce international lorsqu’ils solliciteront des investissements étrangers. Nos nombreux concurrents auront la partie facile de pointer du doigt un gouvernement qui n’aura pas hésité à suspendre des libertés fondamentales. »

    Mais d'où pourrait bien venir cette peur irrationnelle ?