Éducation: abolir le financement au privé n’est pas la solution

«L’hypothèse voulant que l’abolition du financement de l’école privée soit la meilleure façon d’assurer la mixité scolaire semble séduisante, mais elle n’est pas fondée», écrit l'auteur.
Photo: Martin Bureau Agence France-Presse «L’hypothèse voulant que l’abolition du financement de l’école privée soit la meilleure façon d’assurer la mixité scolaire semble séduisante, mais elle n’est pas fondée», écrit l'auteur.

Monsieur Vigneault, dans votre texte d’opinion « Financement scolaire : la gestion des méfaits a fait son temps », publié le 3 avril, vous décrivez l’école privée comme étant exclusive, sélective et réservée à une élite privilégiée. C’est loin d’être la situation des écoles privées au Québec.

En 2011, un groupe de travail mis sur pied par la ministre Beauchamp avait effectué une étude auprès des écoles privées, afin de connaître le nombre d’élèves ayant un plan d’intervention. On en comptait alors 8,6 %. Une étude similaire réalisée en 2018 auprès des membres de la Fédération des établissements d’enseignement privés indique que plus de 18 % des élèves des écoles secondaires et 14 % des élèves des écoles primaires ont un plan d’intervention. Il s’agit d’une augmentation considérable.

Les écoles privées ont pris les moyens nécessaires pour accueillir et garder des élèves qui éprouvent des difficultés, en mettant en place des mesures pour bien les accompagner, en priorisant le développement professionnel des enseignants et en embauchant du personnel spécialisé.

Selon les données obtenues du MEES, les élèves issus de l’immigration (1re ou 2e génération) sont bien représentés au sein des écoles privées. On y observe une grande diversité de cultures d’origine, un trait distinctif des écoles privées québécoises, comparativement à certains endroits en Amérique du Nord où le choix d’une école se fait davantage en fonction de la religion et où les frais de scolarité parfois très élevés en limitent l’accessibilité.

L’hypothèse voulant que l’abolition du financement de l’école privée soit la meilleure façon d’assurer la mixité scolaire semble séduisante, mais elle n’est pas fondée. Le mode de gestion des écoles n’explique pas les écarts entre les élèves de différents milieux en matière de réussite scolaire. Certains pays, comme les États-Unis, où les écoles privées reçoivent peu ou aucun financement public affichent une moins bonne performance en matière d’équité que d’autres où elles reçoivent un financement public important, comme la Belgique et l’Irlande. Cela est bien illustré dans le Bilan Innocenti, publié par l’UNICEF en 2018.

Ségrégation préexistante

Scolariser tous les élèves à l’école publique n’est pas un gage de mixité scolaire, puisque l’attribution d’une école en fonction du code postal représente déjà une forme de ségrégation, le lieu de résidence étant en partie déterminé par le revenu des familles. Par ailleurs, dans plusieurs pays, on observe une prolifération des services de tutorat. Ainsi, un nombre croissant de parents qui n’ont pas accès à l’école privée paient un tuteur ou des programmes spéciaux après l’école pour que leur enfant bénéficie d’enrichissement. Même si tous les jeunes fréquentent la même école, ces parents veillent à ce que leur enfant suive un programme enrichi, mais au détriment de sa qualité de vie et de ses temps libres.

On mentionne souvent l’exemple de l’Ontario, qui a aboli le financement public des écoles privées. Dans cette province, les élèves de la classe moyenne se trouvent en grand nombre dans des programmes particuliers sélectifs, notamment d’immersion. De plus, en Ontario et dans d’autres provinces canadiennes, certains conseils scolaires catholiques requièrent que l’élève ou l’un de ses parents soit baptisé pour fréquenter une école catholique, ce qui a pour effet d’exclure bien des jeunes. Par ailleurs, même si les écoles privées n’y sont pas subventionnées, leur fréquentation est en hausse. Notons de plus que c’est en Colombie-Britannique, et non au Québec, qu’on observe la plus forte proportion d’élèves qui fréquentent l’école privée (13 %) au Canada.

Un rapport publié par le Conseil supérieur de l’éducation en 2016 affirmait que le Québec est la province la plus inégalitaire en matière d’éducation. Ce constat est souvent repris dans les médias. Toutefois, l’analyse des résultats des derniers tests PISA montre que c’est en Ontario qu’on observe le plus d’écart entre les élèves de milieux défavorisés et les autres (Bilan Innocenti 15, UNICEF, p. 31), lorsqu’on utilise comme critère les résultats en lecture des élèves de 15 ans, ce qui s’avère un bon indicateur de la poursuite d’études supérieures.

Finalement, l’étude des taux de diplomation des différentes commissions scolaires québécoises montre qu’il n’y a pas de lien entre ce taux et le nombre d’écoles privées présentes sur le territoire. Il faut donc faire preuve de prudence avant d’affirmer que le financement des élèves qui fréquentent l’école privée est la cause des faibles taux de diplomation.

L’équité en éducation est un enjeu complexe auquel il n’y a pas de solution simple. La réflexion est en cours à l’échelle du Québec et se fait aussi au niveau des écoles, car les mentalités changent et plusieurs parents et enseignants qui choisissent l’école privée tiennent à ce que ces écoles soient des milieux inclusifs. Pour que cette réflexion porte ses fruits, suivons les conseils des enseignants, et faisons preuve de rigueur.

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8 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 8 avril 2019 08 h 11

    Le système actuel engendre une discrimination économique dans l'accès aux écoles privées

    La plupart des élèves des écoles privées proviennent des classes aisées de la société. Les pauvres et le bas de la classe moyenne y sont sous-représentés. Pour corriger cette discrimination, il faudrait que le prix à payer par les parents soit proportionnel à leurs revenus.

    L'autre moyen pour réduire cette discrimination serait de suivre l'exemple de l'Ontario et d'abolir les subventions aux écoles privées.

    • Cyril Dionne - Abonné 8 avril 2019 10 h 44

      M. Beaulé, l'école commence à la maison mais j'aime bien votre solution aux écoles subventionnées québécoises (« il faudrait que le prix à payer par les parents soit proportionnel à leurs revenus »).

      Mais l'Ontario n'est pas un exemple à suivre. Lorsque le gouvernement Harris a décidé de mettre en commun tous les revenus des taxes scolaires et de les partager également à travers toutes les écoles, ceci n'a eu aucune incidence sur les rendements scolaires pour les enfants provenant de milieux socioéconomiquement défavorisés. Les résultats demeuraient les mêmes parce que c'est le revenu familial et l'atmosphère qui y règne à la maison qui dictent plus souvent qu'autrement, le succès pédagogique de l'enfant. Vous pouvez vérifier les résultats du testing provincial de chaque école en Ontario et les comparer aux milieux socioéconomiques dont les apprenants sont issus. Les résultats suivent la courbe socioéconomique du revenu familial.

      Mais l’auteur de cette lettre se trompe lorsqu’il affirme que certains conseils scolaires catholiques ontariens requièrent que l’élève ou l’un de ses parents soit baptisé pour fréquenter une école catholique. C’est faux parce que c’est discriminatoire pour une école 100% subventionnée par les deniers publics. Personne n’est exclut. Pire que cela, beaucoup de parents anglophones envoient leurs enfants dans les écoles catholiques françaises alors qu’ils ne sont aucunement de confession catholique ou baptisés. La plupart sont laïcs. Et plus de 90% des écoles françaises en Ontario sont de confession catholique mais sont réputées pour être les meilleures écoles publiques. Ce qui revient à dire que l’enfant doit performer académiquement s’il veut suivre les autres. Sinon, ils retournent à une école publique de langue anglaise. Et devinez qui a les moyens de payer de tuteurs pour que leurs enfants puissent suivre le déroulement dans une école française ou bien d’immersion? Posez la question, c’est y répondre.

  • Mario Jodoin - Abonné 8 avril 2019 08 h 36

    Quelle surprise!

    Le président de la Fédération des établissements d’enseignement privés est contre l'abolition du finacement des écoles privées! Aucun nouvel argument ici, toujours les mêmes qu'on lit année après année, pendant que la ségrégation scolaire augmente sans cesse.

    • Victor R. Aubry - Abonné 8 avril 2019 12 h 03

      Faux. Vous avez mal lu son texte, notamment les remarques concernant le Bilan Innocenti 2018 de l'Unicef et le nombre croissant d'élèves en difficulté d'aprentissage dans les écoles privées.
      Par contre, ce qui n'est pas nouveau, c'est de vouloir toujours niveler par le bas tous les modèles qui fonctionnent bien, peu importe en l'occurence les avantages budgétaires considérables dont bénéficie le système d'éducation publique par les frais de scolarité que paient les parents aux écoles privées. Voilà une résurgence du vieux réflexe " canayen-français " d'autrefois qui cherchait à rabaisser son voisin de peur qu'il soit meilleur. La même réthorique se transpose aujourd'hui dans le discours néo-marxiste de Québec solidaire. Ça ne ferait pas des enfants forts...

  • Pierre Bernier - Abonné 8 avril 2019 09 h 35

    Effectivement !

    L’équité en éducation est un enjeu complexe auquel il n’y a pas de solutions simples.

    Encore faut-il que l’État assure l’égalité d’accès aux services éducatifs dès l’âge de 3 ou 4 ans, garantisse la substance des programmes imposés et valide les acquis.

    Et ce autant pour les matières qui visent à « instruire » qu’à « socialiser ».

  • Richard Mousseau - Inscrite 8 avril 2019 11 h 16

    Si on se donnait la peine de comprendre...

    M. Jodoin et tous les autres qui s'attaquent au système privé....et oui, toujours les mêmes arguments....mais de bons arguments. Qu'ils ne soient pas différents d'année en année prouvent quoi? Sinon qu'ils étaient bons l'an passé, ou il y a 2 ans et sont toujours bons cette année. La ségrégration scolaire augmente par la faute du public. Point. Eux qui possèdent 95% du budget total de l'éducation ne sont pas capables d'attirer les parents afin qu'ils évitent de payer le gros prix pour envoyer leurs enfants au privé. Mais non, semblerait que le 5% donné au privé changera tout. Et vous parlez que c'est pas surprenant que M. Bowles défend le concept du privé....tout comme c'est pas surprenant que la FAE démonise le privé ou que celui en charge de l'École Ensemble fasse de même. Ont-ils eux de nouveaux arguments d'année en année? Ou ça se résume à le privé nous enlève de l'argent et bla-bla-bla. Quant à la ségrégation...arrêtez moi avec ça. Premièrement, la CSDM veut mettre fin aux montants envoyés chez les Petits Chanteurs du Mont Royal ce qui permet à ceux-ci d'aller au Collège Notre-Dame, maudit collège privé. Ces montants sont importants ce qui permet quoi? D'envoyer les Petits Chanteurs peu importe leur classe sociale de fréquenter le Collège Notre-Dame. Mais non, on nivelle par le bas au Québec. Parce que semblerait que ça bénéficie plus le Collège Notre-Dame que les enfants. Quelle belle histoire. La journée ou le Collège n'aura plus les PCMR, ils pourront avoir d'autres élèves...De plus, la ségrétation existera toujours. Car c'est majoritairement en lien avec où tu demeures, écoles publiques ou pas. ACtuellement, les subventions permettent aux parents de la classe moyenne d'envoyer leurs enfants au privé. Vous savez, cette maudite classe moyenne qui paie la majorité des impôts? Oui celle là.....

  • Jorge Contreras - Inscrit 8 avril 2019 13 h 00

    Certes, c'est un sujet compliqué, mais à mon humble avis, je crois qu'il ne faut pas éteindre la lumière des autres pour que la mienne s'allume.

    Bien sûr, il y a un problème dans le système d'éducation, mais pourquoi vais-je m'en prendre aux gens qui ont des enfants dans le système privé ? je connais beaucoup de gens qui font beaucoup de sacrifices en temps et en argent pour avoir leurs enfants dans des écoles privées.

    Maintenant, pensez-vous qu'ils sont stupides ? de vouloir payer les frais de scolarité au lieu d'avoir une meilleure voiture ou une plus grande maison ? Je ne crois pas, non.

    Je vous admire plutôt, parce que vous investissez dans le meilleur héritage pour un enfant, son éducation. J'imagine que bon nombre d'entre eux appartiennent à la classe moyenne et veulent un avenir meilleur pour leurs enfants ainsi qu'une meilleure santé, tout comme nous tous.

    Maintenant, s'il y a beaucoup de désavantages entre le public et le privé, je pense que nous devrions plutôt voir les lacunes du système public ! voir pourquoi la qualité n'est pas bonne, pourquoi l'infrastructure est si mauvaise ? comment pouvons-nous aider les enseignants à être meilleurs ? comment pouvons-nous en tant que parents nous améliorer ? nous participons aux réunions et activités des écoles ?

    Et bien sûr, le gouvernement devrait subventionner les écoles privées, les gens de la classe moyenne paient aussi beaucoup d'impôts et je pense qu'ils devraient aussi profiter de ce qu'ils paient.

    Maintenant, je pense qu'il n'est pas juste de pénaliser en éliminant l'aide à l'employé ou au petit entrepreneur de la classe moyenne qui veut payer pour une école privée, parce que le public ne le satisfait pas. Il a aussi le droit et je ne suis pas celui qui enlève un excellent avenir à un enfant qui pourrait être brillant simplement parce que ma situation ne me le permet pas, c'est aussi injuste.

    L'important, c'est que tout le monde ait les mêmes possibilités de compétition et d'appren