Desjardins doit cesser d’investir dans les sables bitumineux

«Si nous manifestons aujourd’hui, c’est parce que nous pensons que Desjardins peut réellement avoir un grand impact. Elle pourrait être la première grande institution financière au Canada à se désinvestir complètement des sables bitumineux», souligne l'auteure.
Photo: Michael Monnier Le Devoir «Si nous manifestons aujourd’hui, c’est parce que nous pensons que Desjardins peut réellement avoir un grand impact. Elle pourrait être la première grande institution financière au Canada à se désinvestir complètement des sables bitumineux», souligne l'auteure.

On connaît Desjardins comme précurseur en matière d’investissements responsables, de carboneutralité et de réduction de son empreinte écologique. L’institution financière s’est aussi positionnée pour un retrait total du charbon avant 2021. Ces mesures méritent d’être applaudies. En 2019, refuser d’investir dans les pipelines devrait aussi aller de soi. Même si c’est compliqué, Desjardins doit le faire. Si nous manifestons à son assemblée générale annuelle, c’est pour l’exiger. Trente-cinq caisses ont déjà fait cette demande, dont la Caisse d’économie solidaire, de laquelle je suis fière membre.

Parce que Desjardins, c’est un peu moi, c’est un peu vous, c’est un peu nous tous qui en faisons partie, nous avons le devoir moral d’en faire une locomotive pour le bien commun. Si l’histoire du Mouvement Desjardins est indissociable de celle du Québec, cette institution se doit de montrer la voie d’une vraie transition en désinvestissant des énergies fossiles. Nous exigeons qu’il en soit de même pour toutes les autres institutions financières ainsi que les gouvernements. Maintenant.

L’humanité est à la croisée des chemins. On le sait depuis déjà quelques décennies. Mais il s’avère que la situation climatique est encore pire que ce qui avait été prédit. Les scientifiques du GIEC nous l’ont rappelé l’automne dernier. Nous avons moins de deux ans pour nous engager fermement dans la transition qui s’impose.

Pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C, nous devons réduire les émissions mondiales de GES de près de 50 % d’ici 2030 et avoir des émissions nettes de GES à zéro en 2050. Un tel constat implique des changements rapides et radicaux. Cela veut dire que nous avons la responsabilité de prendre les bonnes décisions. Maintenant.

L’urgence climatique exige que l’on cesse dès aujourd’hui tout investissement dans des infrastructures qui contribuent à faire augmenter les émissions de GES. Est-ce que la construction de pipelines contribue à faire augmenter les émissions de GES ? Oui, manifestement. Dire que cela va simplement permettre de réduire le transport en train et en camion relève du mensonge. Grâce aux pipelines, l’industrie va pouvoir produire plus, exporter plus et donc polluer plus. Les pipelines ne se rendant pas partout, des trains et des camions transportant du pétrole continueront à circuler dans nos villes et nos campagnes.

Mais le pire est que les investissements dans les pipelines d’aujourd’hui devront être rentabilisés sur des décennies, ce qui prolongera notre dépendance économique à l’égard d’une industrie mortifère. Les experts s’entendent : les sables bitumineux comme tout autre pétrole non conventionnel doivent rester dans le sol si l’on veut respecter la limite du 1,5 °C de réchauffement climatique. La raison scientifique le réclame. Il faut investir ailleurs. Dans des entreprises qui permettent de réduire la consommation énergétique. Des entreprises écologiques. Des entreprises dans le secteur des énergies vertes. Il faut aussi trouver des moyens de soutenir l’Alberta dans sa transition. Nous en avons la responsabilité. Maintenant.

Si nous manifestons aujourd’hui, c’est parce que nous pensons que Desjardins peut réellement avoir un grand impact. Elle pourrait être la première grande institution financière au Canada à désinvestir complètement des sables bitumineux. ING, US Bank, BNP Paribas sont parmi les institutions qui ont déjà fait ce choix à l’étranger. Pourquoi pas Desjardins ? Elle compte moins de 3 % de ses actifs dans les énergies fossiles. Pourquoi hésiter à délaisser un secteur énergétique qui contribue à la destruction de la vie sur Terre ? L’avenir est ailleurs.

Dans cet esprit, j’aimerais citer Alphonse Desjardins, qui s’exprimait ainsi au moment de la naissance de ce qui allait devenir la plus importante institution financière du Québec :

« Dans ce nouveau genre d’association, ce n’est pas le capital qui domine, qui fait la loi et règle tout, mais c’est la personne. Le capital n’est que l’accessoire, non le principal […] La coopération a ceci de particulièrement attachant, c’est qu’elle étend ses bienfaits à tous. C’est l’union pour la vie, non la lutte pour la vie. »

Aujourd’hui, « l’union pour la vie » dont parle Desjardins implique un changement de paradigme. Le capital doit être mis au service de la vie et non pas contribuer à sa destruction.

C’est aujourd’hui que nous choisissons ce que sera demain.

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