Les énergies fossiles valent-elles plus que notre avenir?

«Reconquérir notre avenir, c’est reconquérir l’allocation de nos fonds publics de manière à ce qu’ils cessent de mettre en danger les écosystèmes dont nos vies dépendent intimement», rappellent les auteurs du texte collectif.
Photo: Mark Ralston Agence France-Presse «Reconquérir notre avenir, c’est reconquérir l’allocation de nos fonds publics de manière à ce qu’ils cessent de mettre en danger les écosystèmes dont nos vies dépendent intimement», rappellent les auteurs du texte collectif.

Nous, La planète s’invite à l’Université, faisons des investissements de fonds publics dans l’industrie fossile un de nos chevaux de bataille. Nous demandons au gouvernement de s’engager, d’une part, à ce que soit liquidé entièrement le portefeuille fossile de la Caisse de dépôt et placement du Québec et, d’autre part, à ce que le capital-actions de Ressources Québec dans les pétrolières juniors de la Gaspésie soit vendu. Au passage, le gouvernement pourra en profiter pour réviser les critères d’allocation du Fonds vert afin qu’il puisse réellement s’accorder avec le nom qu’il porte.

Reconquérir notre avenir, c’est reconquérir l’allocation de nos fonds publics de manière à ce qu’ils cessent de mettre en danger les écosystèmes dont nos vies dépendent intimement. M. Legault, à la lecture de cette lettre, vous serez saisi de ce ménage à accomplir dans nos fonds publics. Le sérieux que vous y mettrez donnera une bonne idée à la population de vos réelles intentions en matière d’urgence climatique.

La Caisse de dépôt et placement du Québec

Savions-nous que nous étions tous et toutes actionnaires de 1,1 milliard de dollars d’actions d’une certaine pétrolière du nom de TransCanada ? Que nous avons investi 1,97 milliard dans Enbridge et 977 millions dans la française Total ? Ce sont là quelques exemples des actifs financiers fossiles de notre Caisse de dépôt et placement du Québec, qui a choisi d’investir un total de 18,5 milliards des fonds de nos caisses de retraite collectives dans cette industrie mortifère.

Autrement dit, nous finançons présentement la sécurité de nos vieux jours sur le dos de la destruction à large échelle d’écosystèmes. C’est là une pauvre notion de sécurité, qui se limite à une conception financière de celle-ci : la sécurité, c’est aussi de l’air respirable, de l’eau potable et une température vivable.

Or, les éléments troublants de ces placements ne se limitent malheureusement pas à leurs conséquences écologiques. Un rapport de l’organisme Sortons la Caisse du carbone a démontré qu’entre 2011 et 2018, les 50 placements fossiles les plus importants de la Caisse ont généré une perte de 10 milliards de dollars. Ainsi, la non-légitimité de ces placements ne peut même pas être rattrapée par un argument économique ! Si ces placements n’ont aucun sens, tant sur le plan financier qu’écologique, pourquoi existent-ils ? Y aurait-il des motifs d’ordre politique qui nous échapperaient ?

Investissement Québec

La liste des institutions publiques qui investissent dans le secteur des hydrocarbures ne s’arrête malheureusement pas là. Investissement Québec (IQ), cette institution qui a pour mission, par un soutien financier aux entreprises, de stimuler l’emploi dans la province, tient un fonds de 1 milliard de dollars du nom de « Capital Mines Hydrocarbures ». Plus précisément, ce fonds est tenu par une filiale d’IQ du nom de Ressources Québec. C’est notamment par ce fonds que Junex, une pétrolière active en Gaspésie désormais fusionnée avec l’albertaine Cuda Energy, a pu financer le forage de ses puits de pétrole nommés Galt.

Encore là, la contradiction frappe : IQ a choisi de stimuler la création d’emplois dans un secteur qui pose un sérieux risque de contamination pour l’eau potable. Encore là, nous assistons à une pauvre notion de « travail », qui en préconise une conception strictement financière : un travail est avant tout, dans son principe général, un moyen de satisfaire ses besoins de subsistance. Un travail qui contribue à la dégradation des conditions de possibilités naturelles de nos existences entre donc en contradiction avec son principe même.

Le Fonds vert

Une fois pour toutes, cessons de présenter le gaz naturel comme une énergie de transition. Le gaz naturel dit renouvelable, dont nous savons que 5 % du réseau devra en contenir d’ici 2025, est une anecdote vis-à-vis du 95 % de gaz pour la majorité issue du controversé procédé de fracturation hydraulique dans l’ouest du pays.

Les 136 lobbyistes de la compagnie Énergir (Gaz Métro) ont dû accomplir un formidable travail pour que les agrandissements du réseau de distribution de gaz naturel soient financés en grande partie par le Fonds vert. À ce sujet, Énergir clame que le gaz naturel est moins polluant que le mazout et le diesel, excluant de son calcul le moment de l’extraction du gaz, dont les fuites de méthanes dites fugitives sont 86 fois plus dommageables que le CO2 sur une période de 20 ans.

Il semble que le non-sens, celui de remplacer une énergie fossile par une autre, a malheureusement eu gain de cause auprès des décideurs, chose que le présent mouvement social entend bien corriger.

* Ce texte est cosigné par les membres du collectif La planète s’invite à l’Université

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

19 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 29 mars 2019 06 h 33

    certains diront que l'adaptation est une condition quasi infinie

    si nous nous sommes adapyés a l'industriation ,sommes nous capables de nous adapté a la modernité,, faudrait il faire une différence entre ce qui est privé de ce qui est publique , surtout de différencier ce qui est essentielle, de ce qui ne l'est pas, chaques époques n'a-t-elle pas ses contraintes et ses obligations , peut être faudrait-il nous assurer que nous avons la capacité. d'adaptation nécessaire,

  • Raynald Blais - Abonné 29 mars 2019 08 h 04

    Démocratisme des contradictions

    "Si ces placements n’ont aucun sens, tant sur le plan financier qu’écologique, pourquoi existent-ils ? Y aurait-il des motifs d’ordre politique qui nous échapperaient ?"

    Même si je partage les revendications du mouvement "La planète s'invite à l'Université" telles que la liquidation du portefeuille fossile de la CDPQ, la vente du capital-actions pétrolier de RQ et la révision des critères d'allocation du Fonds verts, je crois que le démocratisme dont le mouvement fait montre peut affaiblir la portée de la mobilisation en cours.

    En effet, soulever les non-sens et les contradictions des politiciens avec leurs engagements en matière environnementale peut renforcer l'idée que la volonté politique soit la clé pour résoudre le grave problème climatique. De même, prétendre que le capitalisme se porterait mieux s'il révisait à la baisse ses investissements dans les énergies fossiles soutient le même credo. Ce démocratisme tendant à soustraire l'économie pour désigner le politique comme cible principale dans la lutte aux changements climatiques peut affaiblir la portée de la mobilisation en cours.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 29 mars 2019 09 h 03

    Apppui

    Bravo les jeunes universitaires. On a bien besoin de votre conscience. Bonne mise iau point sur le gaz naturel. Je n'aime pas les nouveaux condos qui offrent des foyers au gaz naturel, présentés comme le nec plus ultra alors que c'est participer au suicide collectif. Belle inconscience érigée en pensée directrice! Cela me rappelle la direction de conscience des religieux vers 1960 dans les pensionnats religieux, parfois nommés " Juvénat"...Bonne remarque aussi sur le Fonds vert et sur IQ ( faible IQ! ou QI)
    Le REM qu'impose la Caisse est à contester selon moi... et Trainsparence; 800,000 tonnes de GES et plein d'autres désavantages, cachés aux yeux du public. On est loin de la pérestroika souhaitée par Gorbatchev fin vingtième.

    • Cyril Dionne - Abonné 29 mars 2019 17 h 40

      C'est beau tout cela M. Saint-Jarre, mais concrètement, que font personnellement les jeunes universitaires pour réduire leur empreinte carbone à part d’être gonflés d’air chaud qui fait beaucoup de bruit mais qui ne change absolument rien? La simplicité volontaire n’est pas un discours qui leur pend au bout des lèvres parce que c’est plus facile de blâmer les autres générations. Les gouvernements ne sont que les contribuables; sans ceux-ci, ils n’existent pas. Et les jeunes universitaires dépendent de la manne de la société, donc, des gouvernements.

      Juste pour dire que le Québec produit annuellement plus de 82 Mt de GES (2015). En 2018, la Chine a augmenté ses émissions de GES de 100 Mt, elle qui produit déjà plus de 11 500 Mt tonnes par année (30% des GES mondiaux). L’Inde, a augmenté de 80 Mt de GES en 2018 pour atteindre presque 2 500 Mt annuellement. Et l’Inde et la Chine produisent presque la moitié des GES mondiaux.

      * Mt = 1 000 000 tonnes

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 29 mars 2019 23 h 49

      Je sais cela.
      Posez votre question aux étudiants, vous n'en savez rien.

    • Cyril Dionne - Abonné 30 mars 2019 07 h 33

      Donc, M. Saint-Jarre, pour notre source scientifique, on devrait poser nos questions aux étudiants des sciences sociales qui changent de programme comme ils changent de chemise? Évidemment, les autres n'en savent rien. Québec solidaire, dans son esprit magique, à la réponse toutes les questions de l'humanité, et ceci, depuis la nuit des temps. Québec solidaire n'est pas un parti politique, c'est une secte religieuse.

      En science, il faut être humble pour dire qu'on ne sait pas, que nous faisons seulement des approximations et que nous cherchons les réponses. Mais les faits, qui sont vérifiables maintes et maintes fois, sont toujours tonitruants.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 29 mars 2019 09 h 39

    Le nom des signataires, s’il-vous-plait

    Si le Devoir juge que publier tous les noms d’un collectif prennent trop de place dans sa version papier, cette raison ne peut être invoquée pour la version électronique. Contrairement à l’encre et au papier, publier du code html, c’est gratuit.

    Quiconque veut défendre l’environnement est le bienvenue. En osant le faire à visage découvert —et non sous le masque peureux de l’anonymat — les signataires susciteront mon respect.

    À posteriori, si le Devoir devait ajouter leurs noms, je prierais le quotidien de supprimer ce commentaire.

    • Cyril Dionne - Abonné 29 mars 2019 12 h 21

      Et moi aussi je dis où sont les noms? Ils sont où?

      C'est un lobby de Québec solidaire. Ils endoctrinent les jeunes à croire que faire la grève scolaire ou l’école buissonnière résoudra tous les problèmes écologiques de la planète. Il serait préférable qu'ils demeurent sur les bancs d'école pour justement développer un esprit pragmatique et scientifique vis-à-vis les changements climatiques. Où sont les solutions en commençant par leur part à faire.

      Ils ont essayé avec le Pacte, vous savez ce projet où des gens qui consomment de façon démesurés allaient faire leur part dans l'échiquier des GES. Il ne faut pas les confondre avec les pauvres qui font la simplicité volontaire de façon involontaire.

  • Bernard Terreault - Abonné 29 mars 2019 09 h 55

    Utile, mais

    C'est beau pour le Québec de démontrer sa vertu. Mais les GES ne respectent pas les frontières. Ce sont les gros joueurs, États-Unis, Chine, aidés des moyens joueurs (Canada, Europe), pas le Québec avec ses huit petits millions de consommateus, qui vont déterminer le sort de la planète. Ce sont les gros qu'il faut convaincre ou, si nécessaire, contraindre. C'est au consulat américain qu'il faut manfester.

    • Cyril Dionne - Abonné 29 mars 2019 12 h 10

      C'est aux consulats chinois, indiens et américains qu'il faut manfester.

    • Louis Gilbert - Abonné 30 mars 2019 09 h 46

      Mais comment penser "manifester au consulat aéricain" sans avoir démontrer d'abords chez-nous nous sérieux !!! Comment???

    • Cyril Dionne - Abonné 30 mars 2019 13 h 46

      Cher M. Gilbert,

      Qu'on soit sérieux ou pas sérieux, personne ne nous prenne sérieusement avec notre petite population de moins de 8 millions et 0,1% des GES mondiaux, même pas les changements climatiques. Si on voudrait vraiment être sérieux avec le sort de l’humanité, on commencerait par s’occuper sérieusement de nos itinérants dans la rue au lieu de vouloir faire tourner des éoliennes sur notre nez.