Pourquoi s’acharner à ne plus voir ce que nous avons été?

Le crucifix trône toujours à l’Assemblée nationale.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le crucifix trône toujours à l’Assemblée nationale.

À force d’attaque constante contre notre mémoire identitaire en tant que peuple et non pas contre ce que nous sommes devenus maintenant : un peuple ne se reconnaissant à peine que par cette langue qui nous fait tant honneur, mais que nous laissons impassiblement jour après jour disparaître; décidément, je suis devenu de cette race qui, assurément, a appris à mourir.

Remarquez que ces attaques contre le crucifix ne viennent pas surtout de la part de nouveaux arrivants ou de membres de communautés culturelles venant enrichir la nôtre, celle de souche. Non, et nul besoin pour cela, nous le faisons nous-mêmes, et ce, de la même manière que, politiquement, nous l’avons fait lorsque certains personnages tristement célèbres provenant de nos berceaux ont pourfendu et fait échouer un accord déjà signé entre toutes nos entités politiques provinciales en vue d’une vie ensemble encore mieux et durable dans l’honneur et l’enthousiasme qu’un premier ministre du Canada a voulu un jour proposer et que l’histoire jugera en son temps comme le meilleur premier ministre que nous avons eu jusqu’à ce jour dans toute notre histoire.

Pauvre Québec, je te regarde à travers ce que tu es devenu et je ne me reconnais plus, car trop de fois, tu ne t’es pas souvenu de celle qui a allaité tes premiers jours, malgré le fait qu’elle aussi t’a trahi en t’abandonnant lorsque tu ne marchais encore qu’à peine.

Et ce Québec aujourd’hui de la laïcité qui ne comprend rien à mon discours, car trop aveuglé de se vouloir juste parmi tous ceux et celles qui maintenant nous composent. J’entends toujours, provenant de ce qu’il me reste encore de mon for intérieur, cette lamentation colérique « Vous êtes pas écoeurés de mourir bande de caves ? », mots du poète québécois Claude Péloquin qu’a osé ajouter sur la si célèbre murale du Grand Théâtre de Québec l’artiste sculpteur québécois d’origine catalane Jordi Bonet.

Mais comprenez donc, une fois pour toutes, vous tous qui me lisez, que ce n’est pas une contradiction à votre noble intention que nous soyons tous égaux que de vouloir sauvegarder Celui qui a été l’inspiration première de tous ces arrivants de la contrée de nos origines, qui ont voulu faire naître une terre nouvelle pour cette France porteuse encore en son sein d’aventuriers et d’idéalistes spirituels assez forts pour convaincre le roi de venir ici y planter une croix.

Non, personne ne viendra enlever cette croix que nos ancêtres ont plantée et ce n’est pas en raison de notre foi inexistante pour plusieurs de ce que nous sommes devenus ou d’une religion, ou même encore en raison du passage de l’un de nos premiers ministres de notre histoire, qui l’a accrochée là au-dessus de celui qui préside à nos destinées nationales, que nous demandons cette interdiction, mais bien plutôt par respect et au nom de l’histoire envers ceux et celles qui, un jour, ont quitté courageusement leur pays pour venir fonder ici une nouvelle France au nom de leur foi, sans laquelle personne autrement que ceux dévoués à des fins commerciales ou politiques n’auraient plus improbablement qu’autrement osé venir ici s’établir.

Non, ce n’est pas en raison de ce que nous sommes devenus à ce jour que je m’oppose au retrait de ce crucifix en notre illustre assemblée, mais bien en raison même de notre devise nationale, laquelle nous commande de toujours nous souvenir et au nom du pourquoi nous existons encore aujourd’hui, et ce, sans rapport à notre foi ou à l’absence de celle-ci en nos vies.

Enlever le crucifix signifierait que nous n’aurions plus de passé en tant que peuple, et il est bon que tous ceux et celles qui arrivent sur notre terre sachent et respectent les idéaux qu’ont portés les fondateurs et fondatrices de notre nation, et ce, peu importe les différences qu’un jour nous porterons par rapport à ce que nous avons pu être dans notre passé.

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