Fédéral: la stratégie budgétaire libérale en perspective

Le ministre des Finances Bill Morneau lors du dévoilement du budget fédéral, le 19 mars 2019
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le ministre des Finances Bill Morneau lors du dévoilement du budget fédéral, le 19 mars 2019

« Depuis 2015, le gouvernement axe ses efforts sur le renforcement et la croissance de la classe moyenne et sur l’offre d’une aide véritable aux personnes qui travaillent fort pour en faire partie. » Cette phrase est tirée du plan budgétaire 2019. Le récent budget contient une kyrielle de mesures énumérées dans une litanie interminable de 550 pages portant sur les initiatives du gouvernement fédéral dans pratiquement toutes les sphères d’activité.

Mentionnons, entre autres : soutien pouvant aller jusqu’à 4 milliards pour les agriculteurs assujettis à la gestion de l’offre, création d’une allocation canadienne pour la formation des travailleurs, bonification des exemptions d’impôt pour les personnes âgées qui travaillent, soutien financier de la SCHL pour les acheteurs d’une première habitation, plafonnement à 200 000 $ du traitement fiscal préférentiel pour les options d’achat d’actions, des engagements de 4,5 milliards supplémentaires pour les services aux peuples autochtones, mise sur pied d’une Agence canadienne des médicaments pour négocier les prix « en coordination » avec les provinces, participation directe du fédéral pour favoriser une meilleure accessibilité aux médicaments onéreux pour le traitement des maladies rares par l’injection de 500 millions par an à compter de 2022.

Ce budget, le quatrième du ministre Bill Morneau, se comprend mieux quand on examine la dynamique imprimée aux finances publiques par le gouvernement libéral

Changement d’orientation

Plusieurs de ces initiatives, pour ne pas dire la plupart d’entre elles, se déploient sur cinq ans, même si des élections se tiennent cet automne. Et comme toujours chez les libéraux, la centralisation et l’empiétement sur les compétences provinciales ne posent aucun problème.

Ce budget, le quatrième du ministre Bill Morneau, se comprend mieux quand on examine la dynamique imprimée aux finances publiques par le gouvernement libéral. Le premier budget du gouvernement Trudeau, en 2016, marquait un changement d’orientation très net après les neuf années du gouvernement conservateur de Harper, notamment en remettant en question le sacro-saint principe du déficit zéro. Conçu pour relancer l’économie à la suite de la mini-récession de 2015, le budget se voulait résolument expansionniste et redistributif : majoration des allocations familiales et du supplément de revenu pour personnes âgées (SRG), rétablissement à 65 ans du seuil d’accès aux pensions de vieillesse, annonce de la bonification du RPC, soutien accru aux peuples autochtones, investissements massifs en infrastructures, etc.

Déjà, un mois après son élection à l’automne 2015, le nouveau gouvernement avait annoncé la couleur en réduisant les taux d’imposition touchant la classe moyenne et en ajoutant un palier d’imposition pour les plus hauts revenus. Sans surprise, tout cela a creusé un déficit de 19 milliards. Mais, coïncidence ou non, l’économie a rebondi fin 2016, sauf dans le secteur pétrolier.

Au cours des deux années suivantes, en 2017 et 2018, le gouvernement n’a pas levé le pied de l’accélérateur. Les revenus en forte progression, au rythme annuel moyen de 6,5 % alors que l’inflation oscille autour de 2,0 %, ont servi à accroître les dépenses de programmes de 5,5 % par an, le déficit budgétaire annuel demeurant sensiblement au même niveau. Aux prises avec une modération du rythme de croissance économique en 2019, le gouvernement a considérablement réduit la voilure cette année. La progression des charges de programme sera limitée à 1,8 %, en ligne avec une prévision d’augmentation des revenus du même ordre. Le tape-à-l’oeil criard du discours budgétaire ne saurait masquer le coup de frein donné.

Croissance économique

Le schéma qui sous-tend ces budgets successifs n’a guère varié. L’idée étant que les investissements dans les infrastructures, la formation, l’innovation et des mesures sociales (marginalement) plus redistributives engendreront dans le futur une croissance économique permettant de rehausser les conditions de vie tout en préservant des finances publiques viables. Porté par une croissance modérée mais soutenue, le gouvernement a engrangé des revenus plus importants que prévu. Il a utilisé ces marges pour accroître les dépenses, plutôt que pour réduire et par la suite éliminer les déficits. Les agrégats budgétaires sont organisés pour faire en sorte que le ratio dette/PIB demeure sur une pente descendante, bien que faiblement. Cela autorise des déficits modérés qui ne mettent pas en cause la soutenabilité de la politique budgétaire, pourvu que les astres de la croissance économique et des taux d’intérêt demeurent favorablement alignés. Le schéma est tellement rodé maintenant que le budget ne prévoit pas de retour à l’équilibre budgétaire au cours des cinq prochaines années.

Au grand désespoir des conservateurs, qui font du déficit zéro le Saint-Graal. Et au grand dam du NPD, qui traîne loin derrière dans les sondages, s’étant fait subtiliser sa substantifique moelle par les libéraux.

Dans un contexte économique qui s’assombrit, cette orientation demeure-t-elle praticable ? Sans doute. En cas de récession, le déficit se creusera et le ratio dette/PIB repartira à la hausse. Mais l’endettement du gouvernement fédéral demeure relativement faible, autour de 30 % du PIB, le niveau le plus faible du G7. Là aussi, il reste des marges pour faire face à un contexte qui pourrait se dégrader. Mais cela risque d’avoir l’air moins « bling bling ».

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