Québec solidaire et la laïcité: choisir la cohérence

«Il faut défendre l’interdiction du port de signes religieux aux policier.ère.s, juges, procureur.e.s de la Couronne et gardien.ne.s de prison, tout en recentrant le débat sur la laïcité elle-même», jugent les auteurs.
Photo: Catherine Legault Le Devoir «Il faut défendre l’interdiction du port de signes religieux aux policier.ère.s, juges, procureur.e.s de la Couronne et gardien.ne.s de prison, tout en recentrant le débat sur la laïcité elle-même», jugent les auteurs.

La laïcité occupe une place importante au Québec depuis que notre peuple a mis fin à l’ingérence que le clergé catholique exerçait sur toutes les facettes de notre société. À l’issue du débat mené à Québec solidaire, nous jugeons que notre parti doit se positionner comme le continuateur de cet héritage laïque.

Il faut pour cela défendre l’interdiction du port de signes religieux aux policier.ère.s, juges, procureur.e.s de la Couronne et gardien.ne.s de prison, tout en recentrant le débat sur la laïcité elle-même. Autrement, nous continuerons à enfermer le Québec dans un clivage vieux de 12 ans portant uniquement sur les signes religieux, un enlisement qui ne fait que contribuer à la stigmatisation de certain.e.s de nos concitoyen.ne.s, notamment de confession musulmane.

La laïcité est le principe selon lequel la politique dans son ensemble doit être séparée des religions. Puisque les désaccords portant sur les croyances particulières ne peuvent être tranchés démocratiquement sans porter atteinte à l’égalité et à la liberté de conscience et sans entraîner des divisions insurmontables, la loi des humains doit toujours l’emporter sur la loi divine.

Par conséquent, il serait incohérent de permettre le port de signes religieux à des employé.e.s de l’État en position d’autorité coercitive. Ceux-ci exercent le pouvoir politique dans sa forme la plus crue. Cela s’incarne entre autres par le port d’un uniforme, qui garantit la nécessaire apparence de neutralité des agents en question.

La question de l’apparence est ici loin d’être anodine. Pour prendre un exemple concret, imaginons un instant un policier, portant au cou un gros crucifix, rudoyer dans le cadre d’une arrestation un individu d’une autre confession religieuse ou d’une orientation sexuelle minoritaire. Une telle image ne nous poserait-elle pas problème, et ce, peu importe la justesse ou non du geste posé par l’agent en question ?

Mais il y a pire. Permettre le port de signes religieux à certains individus leur conférerait un privilège — celui de ne pas se conformer au code vestimentaire neutre, là où leurs collègues qui n’ont pas les mêmes convictions spirituelles n’auraient pas le droit de modifier leur tenue sur d’autres bases (convictions idéologiques, affiliations partisanes, sportives, etc.). Cela contreviendrait à l’égalité entre les citoyen.e.s et nierait la séparation entre politique et religions, une règle confessionnelle se voyant placée au-dessus d’une règle d’ordre public.

Toutefois, pour construire un pays vraiment laïque, Québec solidaire doit aller plus loin. Si l’on veut séparer la politique des religions, il faut retirer le crucifix du Salon bleu et mettre fin au financement public des écoles privées confessionnelles et aux avantages fiscaux accordés aux organisations religieuses.

Défendre ces mesures à l’Assemblée nationale mettrait le gouvernement caquiste dans l’embarras. S’il se veut vraiment défenseur de la laïcité, il n’aura d’autre choix que de les considérer. Et s’il les rejette, son projet apparaîtra comme incohérent et suscitant la division.

Ainsi, fort.e.s d’une position cohérente et rassembleuse quant aux signes religieux, nos député.e.s auront beau jeu de provoquer un véritable débat sur le sens de la laïcité, un débat trop longtemps détourné et ignoré dont le Québec ne pourra que bénéficier. Car la laïcité, il ne faudrait jamais l’oublier, est une des conditions fondamentales de la vie démocratique et de la capacité du peuple à exercer sa souveraineté.

*Ce texte a été cosigné par Amira Bouacida (militante, Laval) Antoine Bouchard (militant, Rimouski) Samuel Courtemanche (militant, Hochelaga-Maisonneuve) Sylvain Desjardins (militant, Bourget) Bálint Demers (militant, Hochelaga-Maisonneuve) Marijo Demers (ex-candidate, Saint-Hyacinthe) Nelson Dion (militant, Saint-Hyacinthe) Daniel Di Raddo (militant, Mercier) Amel Fève (militante Maurice Richard) Olivier Huard, (ex-candidat, Repentigny) Normand Lemyre (militant, Lévis) William Lepage (ex-candidat, Blainville) Michel Lépine (militant, Hochelaga-Maisonneuve) Ginette Moreau (ex-candidate, Shefford) Rabah Moulla (ex-candidat, Chomedey) Luz Maria Olguin, (militante, Mercier) Danielle Pelland (militante, Saint-Hyacinthe) Françoise Pelletier (militante, Saint-Hyacinthe) Michel Pilon (militant, Sainte-Marie-Saint-Jacques) Charles Rheault, (militant, Mercier) Suzanne Viens (militante, Saint-Hyacinthe) Cecilia Valdebenito (militante, Taschereau) Pierre Mouterde (militant Taschereau)​.

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36 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 22 mars 2019 06 h 20

    Sais pas !?!

    « La laïcité est le principe selon lequel la politique dans son ensemble doit être séparée des religions. (…), la loi des humains doit toujours l’emporter sur la loi divine. » (Texte Collectif, QS)

    Bien sûr que certes ou selon, mais un « hic » :

    Si la « loi humaine » déclare se soumettre ou devenir « loi divine », qu’adviendra-t-elle de sa-la laïcité ?

    Sais pas !?! - 22 mars 2019 -

  • Gilles Théberge - Abonné 22 mars 2019 06 h 55

    Je suis d’accord avec vous : « Permettre le port de signes religieux à certains individus leur conférerait un privilège ».

    C’est pourquoi je pousse le raisonnement, au bout du raisonnement... Il faut interdire le port des signes religieux dans toutes les institutions de l’État. Car le biais, réel ou apparent peut s’exercer partout.

    Et j’ajouterai ceci, il n’y a pas de confusion entre la religion et le port d’un symbole religieux... entre une croyance intime et sa manifestation externe.

    D’autant que les amis imaginaire, au Québec, on connaît ça...

    • Christian Montmarquette - Abonné 22 mars 2019 10 h 13

      @ Gilles Théberge,

      "Je pousse le raisonnement, au bout du raisonnement... Il faut interdire le port des signes religieux dans toutes les institutions.." - Gilles Théberge

      Il me semble qu'il y a une sacrée une différence entre "les employés" de l'État et ceux qui "incarnent" et représentent l'État et la loi, comme les juges, les policiers, les procureurs de la couronne, le président de l'Assemblée nationale et le lieutenant gouverneur.

      Placer les enseignants, les infirmières (et pourquoi pas les concierges des écoles et les employés de la voirie un coup parti?) sur un même pied d'égalité qu'un juge ou un policier, ne tient pas la route.

    • Cyril Dionne - Abonné 22 mars 2019 10 h 55

      Bien d’accord qu’il serait incohérent de permettre le port de signes religieux à des employés de l’État en position d’autorité coercitive ou non. Les cartes de visite d’idéologies politico-religieuses n’ont pas leur place dans les écoles et les CPE. Ceux qui pensent pour un instant que les élèves ou les enfants ne sont pas influencés consciemment ou inconsciemment par les signes religieux dans une salle de classe, c’est parce qu’ils n’y ont jamais mis les pieds. La vision est le sens le plus utilisé par les apprenants lorsque soumis à une certaine dissonance cognitive.

      Pour construire un pays vraiment laïc, tout le monde est d’accord qu’il faut retirer le crucifix du Salon bleu. Idem pour mettre fin au financement public des écoles privées confessionnelles et aux avantages fiscaux accordés aux organisations religieuses. Encore une fois, pour être cohérant, si on retire les crucifix des écoles, il ne faut pas que les enseignants arborent les symboles de leurs amis imaginaires préférés en salle de classe.

      Les gens regardent Québec solidaire et si ceux-ci ne livrent pas la marchandise au sujet des symboles ostentatoires, ce parti d’extrême gauche sera discrédité à jamais et relégué aux oubliettes. Les gens ont voté massivement pour la CAQ parce qu’ils sont écœurés par les tergiversions et les accommodements déraisonnables de groupes minoritaires qui voudraient garder le Québec au 7e siècle. Tous savent que QS est un parti fédéraliste et multiculturaliste; eh bien, c’est à eux de nous démontrer le contraire.

      L’hyper-individualisme qui sévit présentement au sein de ce parti d’islamo-gauchistes en consacrant les droits individuels et en occultant les droits de la collectivité, seront jugés tres sévèrement par la population s’ils ne livrent pas la marchandise. Les Québécois veulent un mur jeffersonien entre l’État et les religions. Il ne faut que l’individualisme fasse préjudice aux appartenances collectives qui font une nation, une nation.

    • Christian Montmarquette - Abonné 22 mars 2019 13 h 12

      @ Cyril Dionne,

      "Pour être cohérant, si on retire les crucifix des écoles, il ne faut pas que les enseignants arborent les symboles de leurs amis imaginaires préférés en salle de classe." - Cyril Dionne

      Il n'y a aucune cohérence là-dedans. Un mur n'a pas de droits humains.

      L'incohérence, c'est de comparer des êtres humains aux murs d'une institution.

      La laïcité n'a pas été inventée pour exclure les citoyens du système public. Elle a été conçue pour qu'il n'y ait aucune exclusion sur la base de leurs croyances religieuses.

      Il est d'ailleurs tout à fait abusif de traiter QS d'islamo-gauchiste, puisqu'il ne revendique aucun privilège particulier pour les musulmans.

      Et je ne vois pas ce que le fédéralisme vient faire là-dedans. Puisque QS est indépendantiste depuis sa fondation et que c'est même écrit dans sa déclaration de principe.

    • Gilles Théberge - Abonné 22 mars 2019 16 h 24

      Ben oui c’est ça. Retirer tous les symboles religieux des espaces publics. En plus des symboles religieux que portaient nos frères et sœurs religieux depuis au moins 35 ans. Et laisser les amis imaginaires réinvestir les espaces publics...?

      Au nom de quoi ? Parce que c'est une directive du politbureau...? Ha ha ha ha ha ha !

    • Cyril Dionne - Abonné 23 mars 2019 00 h 35

      Cher M. Montmarquette,

      Bien oui, enlever des croix qui font parties de la structure porteuse du bâtiment des écoles. Mais les enseignant.e.s peuvent garder leurs signes ostentatoires. Brillant.

      Bien oui, les droits individuels des employés de l’état qui ont fait un choix conscient et en toute liberté d’y travailler outrepassent les droits inaliénables des enfants à recevoir une éducation laïque dans une école publique. Brillant.

      Bien oui, lorsque vous permettez les signes religieux dans les écoles, vous permettez aux religions d’y entrer. C’est ce qu’elles ont fait en Ontario dans le système public. Et vous savez ce qui c’est passé, les différentes communautés religieuses se sont organisées pour vivre dans les mêmes quartiers et presque tous les enseignant.e.s étaient de la même dénomination, signes religieux obligent. Le résultat net, des écoles religieuses subventionnées à 100% par les deniers publics. Bonjour intégration et vivre ensemble. Brillant.

      Bravo les champions de Québec solidaire.

    • Léonce Naud - Abonné 23 mars 2019 04 h 12

      Christian Montmarquette : « Les deux premiers fonctionnaires de l’État, c’est la nourrice et le maître d’école. » Victor Hugo, Les Misérables.

    • Christian Montmarquette - Abonné 23 mars 2019 08 h 32

      @ Cyril Dionne,

      "Les droits inaliénables des enfants à recevoir une éducation laïque.." - CD

      Vous le dites vous-même, c'est l'éducation qui est laïque, pas les enseignants.

      Les gens prennent la laïcité de l'État pour un athéisme l'État, ce qui serait d'imposer une autre forme d'idéologie. C'est d'ailleurs une des raisons pourquoi la laïcité a été conçue, pour faire en sorte que l'État soit neutre de toute idéologie religieuse ou anti-religieuse afin d'établir une paix sociale.

      En fait, c'est présence de multiples signes associés à de multiples croyances religieuses qui coexistent dans la société qui vient affirmer le caractère laïc de cette société, puisque la liberté de conscience des personnes est une composante tout aussi essentielle de la laïcité que ne l'est la neutralité de l'État.

      Ceci dit, vous avez bien le droit de militer pour un athéisme d'État, mais ce n'est pas le but de la laïcité qui n'est pas l'interdiction des religions, mais la séparation du pouvoir religieux du pouvoir de l'État.

    • Christian Montmarquette - Abonné 23 mars 2019 09 h 00

      "Bravo les champions de Québec solidaire." - Cyril Dionne

      1 ) Tous les membres de QS n'ont pas le même point de vue sur ce sujet et foutre tous le monde dans le même sac est malhonnête.

      2 ) Le respect devrait prévaloir avant même le droit de débattre de n'importe quel sujet en démocratie et particulièrement chez ceux qui veulent nous donner des leçons sur le système d'éducation.

    • Christian Montmarquette - Abonné 23 mars 2019 10 h 10

      "Les gens ont voté massivement pour la CAQ" - Cyril Dionne

      37% des électeurs ont voté pour la CAQ.

      C'est donc dire que les gens ont voté massivement "contre" la CAQ à 63%.

  • Denis Soucy - Abonné 22 mars 2019 06 h 59

    Quant à moi, les signes religieux ont leur sens non seulement en regard de l'autorité, mais bien en ce qu'ils sont intrinsèquement, dans leur visibilité même. Les crucifix pareillement. Les subventions aux écoles non laïques de même. C'est tout l'état qui doit être laïc,ses isntututions et ses représentants.

  • Marc Therrien - Abonné 22 mars 2019 07 h 38

    À l'endroit ou à l'envers


    Il se pourrait bien que ce projet de loi sur la laïcité reflète une fois de plus cette ambivalence qui caractérise la nation québécoise qui l’amène parfois à faire les choses à moitié, assise entre deux chaises. Par exemple, la suspension des droits des uns par l’utilisation de la clause dérogatoire serait l’endroit des droits acquis pour les autres. Y-a-t-il un philosophe dans l’entourage de la CAQ qui pourrait conseiller François Legault et l’aider à penser moins à l’envers et à résoudre une ou deux contradictions? Il est fort possible que ce projet de loi sur la laïcité, s’il est mal ficelé, crée davantage de problèmes qu’il n’en règle.

    Marc Therrien

  • Gilbert Talbot - Abonné 22 mars 2019 07 h 50

    Bien d'accord!

    Le crucifix va disparaître semble-t-il, enfin, mais le financement des écoles privées et leur exclusion de la future loi sur la laïcité seront maintenus. Que voulez-vous? Il faut faire des compromis à dit le premier ministre. Je salue votre prise de position qui nous ramène au principe de base de la laïcité, pierre angulaire de la République et de la souveraineté du peuple et non des dieux.

    • Cyril Dionne - Abonné 22 mars 2019 10 h 59

      C'est beau tout cela mais si les enseignants peuvent s'accoutrer de leurs costumes d'Halloween en tout temps dans la salle de classe, le monde merveilleux de la laïcité ne sera qu'une tromperie et un subterfuge. La souveraineté de la république passe par la laïcité dans toutes les instances des sphères étatiques et publiques.