Nous, francophones, que voulons-nous faire ensemble?

En Afrique subsaharienne, plus de 30 millions d’enfants ne sont pas encore scolarisés.
Photo: Issouf Sanogo Agence France-Presse En Afrique subsaharienne, plus de 30 millions d’enfants ne sont pas encore scolarisés.

La francophonie est née il y a cinquante ans d’une idée simple : faire du français un outil de coopération internationale au service du développement.

Aujourd’hui, les 300 millions de locuteurs et les 80 millions d’apprenants du français à travers le monde forment une communauté de langue et de destin qui n’a pas dit son dernier mot. Mais pour continuer à peser dans le monde, nous, francophones, devons être à l’initiative. Et cela commence par une question essentielle : que voulons-nous faire ensemble ?

L’éducation est le principal défi de la francophonie : dans la seule région de l’Afrique subsaharienne, plus de 30 millions d’enfants ne sont pas encore scolarisés. D’ici dix ans, il faudra recruter et former environ cinq millions d’enseignants pour répondre aux besoins démographiques de cette région.

L’Institut de la Francophonie pour l’éducation et la formation à Dakar peut aider à renforcer les compétences des enseignants et à favoriser la réussite scolaire. L’Organisation internationale de la Francophonie peut mettre son action diplomatique au service d’une grande ambition pour l’éducation, dans les forums internationaux, auprès des bailleurs de fonds, avec le Partenariat mondial pour l’éducation. Mais ce sont surtout les États et les gouvernements qui sont appelés à s’engager fortement pour répondre à ce défi éducatif de grande ampleur.

Cet effort concerne aussi l’enseignement supérieur et la recherche. Comme l’observe la directrice générale de l’UNESCO, « 80 % des publications scientifiques sont en anglais ». L’Agence universitaire de la francophonie doit intensifier son action en direction des publications scientifiques internationales et poursuivre ses efforts pour mettre en place un portail numérique de cours et de séminaires certifiants en langue française.

Les pays de la francophonie sont mis au défi de renforcer les capacités entrepreneuriales des jeunes qui entreront bientôt sur le marché du travail par l’ouverture d’incubateurs numériques, de pépinières d’entreprises, d’instituts techniques et technologiques, de coopératives d’emploi et de production. L’enjeu est d’éviter la déconnexion de l’enseignement avec les besoins réels de l’économie.

À défaut, cet hiatus entre l’enseignement et l’emploi continuera à alimenter les migrations subies. Cette préoccupation commune, dans une francophonie qui compte aussi bien des pays de départ, de transit que de destination des migrations, devrait nous encourager à coélaborer, au sein de nos instances multilatérales, des mécanismes légaux de mobilité temporaire.

Il existe un continuum entre le développement durable, la mobilité organisée, les droits et les libertés, la démocratie et la paix. La raréfaction des ressources naturelles, l’élévation des températures, la désertification et l’érosion côtière entravent le développement et déstabilisent des régions entières.

Ce sont autant de phénomènes que subit le Sahel, région peuplée d’un demi-milliard d’habitants, dont les deux tiers vivent de l’agriculture et de l’élevage. La francophonie doit accompagner la mobilisation des pays de la région. L’expertise de l’Institut de la Francophonie pour le développement durable, situé à Québec, doit être mise pleinement à contribution dans la mise en oeuvre de ce plan, aux côtés de l’Alliance Sahel et de l’Union africaine.

La jeunesse, qui représente plus de la moitié de la population des pays de la francophonie, en est assurément la force motrice. Partant de ce constat, des programmes d’échanges et de mobilité autour de thématiques mobilisatrices (forêt, accès à l’eau, propreté des océans, citoyenneté…), favorisant le partage de bonnes pratiques et l’autonomisation des jeunes et des femmes, sont requises.

Si un cultivateur burkinabé, Yacouba Sawadogo, est parvenu à planter seul une forêt de trente hectares dans la région sèche de Ouahigouya au Burkina Faso, imaginons ce qu’une cohorte de jeunes volontaires francophones dépositaires de son savoir-faire pourrait réaliser dans l’optique d’arrêter le désert ! Faire coopérer des jeunes parlant français de tous les pays permet aussi de leur donner un but et de créer un sentiment d’appartenance à la francophonie.

Nous, francophones, devons également être à l’avant-garde des nouveaux combats pour la diversité culturelle et le pluralisme de l’information. Dans un espace géoculturel mondial bouleversé par les technologies, la bataille pour l’accès et l’attractivité des contenus et des oeuvres d’expression française n’est pas perdue d’avance. Rien n’y fera, comme le dit Abdou Diouf, « tant que les responsables politiques, les investisseurs, ne seront pas convaincus du formidable potentiel économique des industries culturelles en langue française ».

En cette Semaine de la francophonie, aux quatre coins de la planète, soyons fiers de promouvoir haut et fort la richesse et l’expressivité de notre langue, dans tous les espaces de création, d’information, d’innovation, d’économie et de savoir !

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