En appui aux étudiants en grève pour le climat

La promenade de Percé, détruite en janvier 2017 par une tempête. Le réchauffement climatique a des conséquences très palpables, rappellent les signataires.
Photo: Thierry Haroun La promenade de Percé, détruite en janvier 2017 par une tempête. Le réchauffement climatique a des conséquences très palpables, rappellent les signataires.

Comme nos collègues ailleurs au Québec, nous, enseignants et enseignantes du cégep de la Gaspésie et des Îles campus Îles-de-la-Madeleine, participerons à mobilisation étudiante pour le climat, afin de démontrer tout notre appui et notre entière solidarité.

Partout, on répète sans cesse les mêmes informations. Partout, on entend que le point de non-retour approche, qu’à défaut de s’engager tout de suite dans « une transition rapide et de grande portée » (selon le dernier rapport du GIEC), nous risquons d’enclencher une série d’événements qui échapperont à notre contrôle. Partout, on répète que le réchauffement climatique aura des conséquences catastrophiques sur nos sociétés et sur notre planète : multiplication des événements climatiques extrêmes, montée considérable du niveau des océans, baisse des ressources d’eau potable, baisse de la productivité de l’agriculture et de la pêche, dommages irréversibles à nos écosystèmes, etc. Partout, ces informations sont répétées, et partout, la même réaction les suit : même incrédulité de la part de nos élites économiques et même inaction de la part de nos gouvernements, incapables de remettre en cause les dogmes qui accélèrent cette détérioration sans précédent. Partout, ces informations sont si dramatiques et les réactions qu’elles suscitent si peu conséquentes qu’elles semblent revêtir quelque chose d’irréel.

Pourtant, ici, aux îles de la Madeleine comme sur la Côte-Nord, en Gaspésie ou dans le Bas-Saint-Laurent, le réchauffement climatique n’est pas une chose abstraite ou un défi lointain. Le réchauffement climatique est un phénomène bien réel qui a des conséquences très palpables sur nos vies et paysages. Ce sont nos routes et nos maisons qui menacent de s’écrouler par l’érosion des berges, phénomène qui s’accélère par la force croissante des tempêtes et par la variation rapide des températures. C’est l’eau que nous buvons qui risque un jour de manquer si nous ne faisons rien pour limiter l’érosion et la montée du niveau de la mer, principaux impacts du réchauffement climatique en ce qui concerne l’approvisionnement en eau potable. Plus rien ne restera si les discours ne se transforment pas en des actions concrètes, si les changements dans les consciences ne se traduisent pas par des changements réels dans nos pratiques et dans nos institutions.

Au point où nous en sommes, nous ne pouvons plus supposer qu’un changement de gouvernement saura régler la situation. Nous avons trop espéré et l’espoir se fait rare. Ce qui était autrefois formulé comme une demande est aujourd’hui une exigence. Le temps est à l’action, ici et maintenant, et c’est pourquoi nous appelons à intensifier la pression, partout et dans toutes les sphères, jusqu’à obtenir des politiques publiques qui abordent la situation comme ce qu’elle est véritablement : une crise, non seulement environnementale, mais aussi politique et économique. Politique d’abord, parce que le pouvoir des industries fossiles semble plus grand que celui des citoyens et des citoyennes, parce que les gouvernements prêtent plus facilement l’oreille aux lobbys qu’aux gens qu’ils représentent. Économique ensuite, parce que la subordination des principes politiques du vivre-ensemble aux impératifs de la croissance et du rendement a conduit à un type d’économie qui, en se libérant de la société, de la culture, des normes et des valeurs, a miné, comme le démontrent les changements climatiques, la possibilité d’assurer la reproduction de la société dans son ensemble. Il est bien connu que nous ne pourrons pas consommer éternellement des ressources limitées, pas plus que nous ne pourrons justifier un mode d’organisation basé sur la croissance économique lorsqu’il ne sera plus possible de respirer l’air, de boire l’eau et de cultiver la terre.

Ce sont les conséquences de cette subordination qui conduisent à l’incapacité politique de lutter adéquatement contre les changements climatiques, et c’est exactement ce que l’on doit changer. Or, les changements collectifs sont commandés par des sujets collectifs, dont l’action est politique. Les changements individuels ne suffiront pas face à la crise actuelle, et au risque de se heurter encore une fois à l’inaction de nos gouvernements, nous devons rejoindre les étudiants et les étudiantes en grève pour demander rien de moins que le respect, le respect de la vie et de tout ce dont nous chérissons l’existence.

*Ont signé ce texte : Joaquin Sabat, enseignant de sociologie ; Odile Dion-Achim, enseignante de communication ; Anouk Olscamp, enseignante de littérature ; David Thériault, enseignant de philosophie ; Simon Miousse, enseignant d’histoire ; Susan Rutledge, enseignante d’anglais ; Raphaèle Sozio, enseignante de mathématiques ; Judy Legault, enseignante en techniques de comptabilité et de gestion ; avec l’appui du Syndicat des enseignants et des enseignantes du campus des Îles

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4 commentaires
  • Annemarie Piette - Inscrite 15 mars 2019 08 h 07

    Le respect de la vie

    Merci pour ce magnifique texte qui pose clairement les enjeux de la crise.

    • Cyril Dionne - Abonné 15 mars 2019 13 h 06

      Personne n’est contre la vertu écologique et encore moins contre le respect de la vie, mais quelles sont les politiques publiques qui résoudront le dilemme des changements climatiques? Sans croissance et rendements, les enseignants et les enseignantes du campus des Îles peuvent dire adieu à leur fond de retraite. Si les changements INDIVIDUELS ne suffiront pas face à la crise actuelle, pourquoi donc celui des gouvernements devraient-ils faire la différence? Tout le monde sait que les gouvernements n’existent qu’à partir des contribuables, vous savez les INDIVIDUS qui paient taxes et impôts. Encore une fois, où sont les solutions viables et réalistes pour les changements climatiques?

      Tout cela pour dire que tous occultent le fait que c’est la surpopulation qui est le véritable enjeu de ces événements. Si la population mondiale était demeurée à 4 milliards, personne ne parlerait des changements climatiques aujourd’hui. Une petit cours de biologie 101 nous rappelle que si dans un écosystème, une espèce se reproduit à la vitesse grand V, les ressources primaires vont commencer à manquer et ne pourront plus se renouveler. Il n’existe aucune science et aucune technologie présentement qui pourrait empêcher les changements climatiques qui surviennent de se produire. La solution est évidente, mais politiquement et socialement impalpable.

  • Gilbert Troutet - Abonné 15 mars 2019 08 h 43

    Excellent réquisitoire

    Bravo et merci pour cet excellent réquisitoire. Voyez comme vous avez raison : la ministre de l'environnement du Canada nous dit aujourd'hui que le pétrole est encore là pour longtemps , parce qu'il faut préserver les emplois en Alberta (et sans doute aussi l'industrie automobile en Ontario). Au Québec, il reste à convaincre le gouvernement Legault , qui n'avait jusqu'ici aucun plan pour ne serait-ce qu'une « transition énergétique ».

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 15 mars 2019 08 h 45

    Belle lettre.

    Merci pour cette lettre. Pas plus tard qu'hier dans un bureau de santé, une aide me disait avoir vu une émission de télé, je crois TVA, qui disait que non, le Québec ne vit pas de changements climatiques. Je pense qu'il faut aller une coche plus loin: écrire la loi que les étudiants ( et vous) voudraient voir écrite par le Gouvernement et exécutée. Écrire aussi le contenu de l'éducation que les étudiants souhaitent voir faite par le gouvernement sur les changements climatiques.
    Vous êtes comme Greta candidat.es au Prix Nobel.
    C'est comique qu'elle ait dit: je ne veux pas que vous ayez espoir, je veux que vous paniquiiez! Elle dit aussi que ce ne devrait pas être aux enfants à s'occuper de ça...