Monsieur Legault, agissez en faveur de la laïcité à l’école

L’école accueille des enfants, par définition influençables, et se doit de préserver les conditions d’acquisition des savoirs et de la culture universelle.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’école accueille des enfants, par définition influençables, et se doit de préserver les conditions d’acquisition des savoirs et de la culture universelle.

Monsieur le Premier Ministre,

Vous vous apprêtez à présenter devant l’Assemblée nationale un projet de loi portant sur la laïcité de l’État. Nous vous soutenons dans cette initiative. D’emblée, nous pouvons vous dire que nos attentes sont élevées pour le milieu de l’éducation. S’agissant de l’école, le débat est trop souvent partiel. En effet, il tourne presque toujours autour de la question de l’interdiction de l’affichage des symboles religieux des enseignants. Cette façon de procéder nous semble réductrice, car elle omet l’essentiel : le rôle de l’école et le respect de la liberté de conscience des enfants. L’école accueille des enfants, par définition influençables, et se doit de préserver les conditions d’acquisition des savoirs et de la culture universelle.

Les Québécois ont eu à se pencher sur cette question à quelques moments phares de leur vie collective. Le rapport Parent est en ce sens un document fondateur. Inculquer une culture humaniste du monde et construire l’autonomie de jugement préparent les élèves à assumer le rôle qui deviendra, plus tard, le leur : habiter, construire, réenchanter le monde. Libérer l’école de l’emprise du clergé a constitué le point de départ d’une grande ambition.

Monsieur le Premier Ministre, vous êtes aujourd’hui confronté aux mêmes défis. En effet, comment accepter que des enseignants puissent exhiber des symboles religieux ostentatoires alors que leur fonction les oblige à se conformer à une certaine idée de la citoyenneté intimement liée à l’égalité entre les femmes et les hommes par exemple ?

L’enseignement ne consiste pas seulement à transmettre des savoirs et des savoir-faire, il véhicule, d’abord, une conception du monde, nécessairement inspirée par un choix de valeurs. Les deux impératifs doivent aller de pair. Il faut que les élèves apprennent à distinguer ce qui relève de la croyance et ce qui est de l’ordre de la connaissance. Ce qui peut avoir valeur d’universel et ce qui peut être lié à la particularité d’un individu. L’enseignant qui place ses croyances individuelles au-dessus de sa mission éducative se met dans une situation insurmontable. Évoquer cette exigence revient à considérer la liberté de conscience des élèves. Il est donc nécessaire d’interdire l’affichage des symboles religieux à l’école publique et d’imposer un seul et même régime à l’ensemble du corps enseignant. Ce n’est pas tout. Dans un souci de cohérence, cette exigence doit être étendue aux éducatrices en service de garde et à l’ensemble du personnel de l’école.

Quelques mots sur le voile puisqu’il fait l’objet, lui aussi, d’un débat intense. Le voile n’est pas une obligation religieuse. Par ailleurs, certains musulmans qui ont une lecture littéraliste des textes religieux en font une obligation. Il faut reconnaître que les musulmans sont divisés sur cette question. Ce qui est important à nos yeux, c’est d’évoluer avec son temps.

Avant de conclure, nous aimerions rappeler un simple fait, une évidence même, l’islam n’est pas une « race ». Mettre sur le même registre islam et « race » comme le font certains est dangereux. Surtout lorsque cette confusion est instrumentalisée de façon à jeter l’opprobre sur des personnes qui militent contre une approche fondamentaliste de l’islam en les traitant d’islamophobes, voire de racistes. L’islam est une religion pratiquée par des millions de personnes. Il y a des musulmans arabes, iraniens, chinois, russes, ouzbeks, maliens, soudanais, bosniaques, etc., et chacun pratique un islam en fonction de sa compréhension, de ses traditions, de sa culture et de son environnement institutionnel. Il existe plusieurs islams.

Au Québec, il s’agit de voir ce qui est compatible avec notre démocratie. Pour nous, il y a deux indicateurs pour mesurer ce degré de compatibilité : le respect des lois de notre pays d’adoption et la reconnaissance de leur primauté sur n’importe quelle autre considération.

*Ont signé ce texte : Mohand Abdelli, ingénieur retraité ; Rachida Ait Tahar, enseignante ; Karim Akouche, poète, romancier et dramaturge ; Nadia Alexan, professeure retraitée ; Fatiha Attou, enseignante ; Amani Ben Ammar, comptable agréée ; Radhia Ben Amor, militante associative ; Djemila Benhabib, politologue et écrivaine ; Leila Bensalem, enseignante ; Djafer Bouchilawen, ingénierie Télécoms ; Ferid Chikhi, conseiller en emploi ; Kamal Codsi, entrepreneur ; Nadia El-Mabrouk, professeure à l’Université de Montréal ; Zabi Enayat-Zada, fiscaliste, auteur et conférencier ; Aziz Fares, auteur et journaliste ; Said Guerfi, professeur au collège ; Ensaf Haidar, présidente de la Fondation Raif Badawi ; Hassiba Idir, gestionnaire ; Nacere Irid, ingénieur ; Ali Kaidi, militant pour la laïcité, membre fondateur de l’Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité (AQNAL) ; Ferroudja Kaidi, enseignante ; Ammar Lakehal, maître de taekwondo ; Leila Lesbet, technicienne en éducation spécialisée, militante féministe ; Belkacem Nasri, militant associatif ; Farid Salem, Solidarité Québec Algérie ; Nacéra Si Serir, enseignante ; Nacera Zergane, conseillère en sécurité financière ; Nabila Ben Youssef, comédienne et humoriste.

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55 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 15 mars 2019 01 h 06

    La citoyenneté et l'universalité sont mieux que le communautarisme et la ghettoïsation.

    Il faut agir. On doit en finir avec l'ingérence de la Religion dans les affaires de l'État. Il nous faut une séparation claire et nette entre l'Église et l'État. Il faut en finir avec l'endoctrinement de nos enfants que toutes les cultures s'égalent. La liberté de conscience est mieux que l'apostasie. L'égalité homme/femme est mieux que la misogynie. La liberté de parole est mieux que la censure et la démocratie est mieux que la dictature. Il faut en finir avec l'idée que les signes religieux sont anodins et inoffensifs. Les signes religieux véhiculent les intégrismes religieux. Il faut ancrer la laïcité de l'état dans la loi une fois pour toutes. La cohésion de la société s'impose.

    • Jean-François Trottier - Abonné 15 mars 2019 09 h 56

      Merci Mme Alexan, tant comme co-auteure de la lettre que pour cet ajout.

      Le plus important, je parle de pierre d'assise, est que tout le monde reconnaît aux signes religieux qu'ils dépassent l'individu, tant dans ses dimensions physique que philosophique, existentielle et morale. Aucun monothéisme n'est optionnel.

      Ceci sous-tend, et même proclame, que l'individu n'est pas tenu, selon ses convicions, à respecter son État. C'est extrêmement lourd.

      Je ne me mêle pas de la foi des autres.
      Des gens croient et sont engagés dans une religion. D'autres pas.
      Des gens ne croient pas et sont engagés dans une religion. D'autres pas.

      Jamais, au grand jamais, qui que ce soit n'a démontré l'adéquation entre la foi et la religion. Utiliser l'une pour justifier l'autre est un sophisme grossier et une prise en otage honteuse, incompatible avec la démocratie.

      Prenez ça pour un préjugé si vous voulez, cinquante ans (depuis l'adolescence quoi) de réflexion, de lecture, d'expérience en milieu de travail, de malaises et de remises en question précèdent cette assertion :
      Ceux qui disent le contraire aiment vivre dans une société dominée par une religion, par exemple les WASP(rotestant) du ROC et beaucoup trop de colonisés au Québec.

      Et j'en ai assez de cette hypocrisie.

    • Paul-Marie Bernard - Abonné 15 mars 2019 10 h 00

      Tout est dit! Bravo, madame Alexan! Et si ce petit manifeste était l'amorce d'une éventuelle pétition, je voudrais en être un des «nombreux» signataires!

    • André Joyal - Abonné 15 mars 2019 16 h 22

      M. Bernard : moi aussi je signrais ce texte, mais comme vous je n’ai pas le patonyme requis pour la circontance. Bravo à tous les signataires, des soeurs et des freres.

    • Jean-Pierre Roy - Abonné 15 mars 2019 17 h 10

      Bon texte madame Alexan, et aussi le texte collectif.

    • Christian Roy - Abonné 15 mars 2019 22 h 47

      @ Mme Alexan,
      "Il faut agir. - Quelle est l'urgence ?
      "On doit en finir avec l'ingérence de la Religion dans les affaires de l'État." - Où ça ? Qui précisément ? Pour vous paraphraser je dirais plutôt qu'il faut en finir avec l'ingérence de la Religion d'affaires dans les coulisses parlementaires...(beaucoup plus regrettable).
      "Il nous faut une séparation claire et nette entre l'Église et l'État." Dans le cas qui nous occupe ne faut-il pas plutôt écrire entre la Mosquée et l'État ? Vous mettez tellement l'accent sur l'islam...
      "Il faut en finir avec l'endoctrinement de nos enfants que toutes les cultures s'égalent." Où êtes-vous aller chercher cela ?
      "La liberté de conscience est mieux que l'apostasie." ajoutez-vous. "L'égalité homme/femme est mieux que la misogynie. La liberté de parole est mieux que la censure et la démocratie est mieux que la dictature." Croyez-vous sincèrement que ce que vous écrivez-là n'est pas enseigné dans les écoles publiques du Québec ??? Aucun doute sur ce que vous avancez ? C'est énorme !
      "Il faut en finir avec l'idée que les signes religieux sont anodins et inoffensifs. Les signes religieux véhiculent les intégrismes religieux." Toujours ? Et si le port des signes religieux portés dans un contexte éducatif pouvait être pour les élèves la démonstration qu'une personne peut exercer dans notre pays sa liberté de manifester sa religion sans honte et sans préjudice. Ne serait-ce pas là un progrès ?
      "Il faut ancrer la laïcité de l'état dans la loi une fois pour toutes. La cohésion de la société s'impose." Je crois que le terme laïcisme recouvre mieux le projet de société auquel vous aspirez. Le laïcisme a la structure d'une religion avec ses codes de conduites, ses uniformes, ses rituels et ses lieux saints.
      Notez que j'estime que l'État québécois démontre toutes les qualités d'un État laïque même s'il n'a pas reçu la certification laïciste. Y a-t-il pour autant péril en la demeure ? À vous de me le dire.

    • Richard Maltais Desjardins - Inscrit 16 mars 2019 07 h 52

      excellente réponse, Christian Roy !

    • Carmen Labelle - Abonnée 16 mars 2019 11 h 21

      Christian Roy, à madame Alexan qui dit «Il faut en finir avec l'idée que les signes religieux sont anodins et inoffensifs. Les signes religieux véhiculent les intégrismes religieux." vous rétorquez :Toujours ?»
      Si vous tiquez à l’évocation du terme intégrisme, qui est issu du catholicisme , et a été étendu ensuite à toute «doctrine toute attitude doctrinale de conservatisme intransigeant», préférez lui le terme fondamentalisme, dont les adhérents visent à rétablir la charia, dénoncent l’adoption de «lois infidèles» ainsi que la modernisation social et culturelle de la société,comme le décrit Bernard Lewis
      Un dans l’autre, insister pour porter un signe religieux est par définition adhérer au conservatisme,et au fondamentalisme qui dénonce les lois dont le Québec veut se doter au nom de la neutralité et de la modernisation sociale

    • Christian Roy - Abonné 16 mars 2019 15 h 45

      @ Mme Carmen Labelle,

      Peut-on imaginer que les signes religieux peuvent également véhiculer ce qu'il y a de meilleur du phénomène religieux ? Peut-on imaginer que l'enseignant de mathématique qui porte un signe religieux le fasse fièrement au nom de sa foi, comme c'est son droit le plus légitime ? Est-ce que cela fait nécessairement de lui un citoyen visant à convertir le système à ses impératifs doctrinaires ? Veut-il que tous les gens qui l'entourent aient les mêmes croyances que lui ? Est-ce que cela risque de nuire à son enseignement et à la qualité de sa relation éducative ? Est-ce que cela en fait une persona non grata ?

      Tenez compte du fait que le prosélytisme est banni de l'école publique. Tenez compte également que depuis de nombreuses années, une infime minorité des membres du personnel arborent un signe religieux "ostentatoire". Si le problème était aussi criant que l'avance Mme Alexan, nous en aurions des preuves ! Quelles sont-elles ?

      L'intégrisme peut s'appliquer aussi bien chez les fidèles d'une religion établie que chez ceux du laïcisme intransigeant. Que ce soit celle exprimée chez les uns et les autres, c'est cette intransigeance que je dénonce à cette tribune. Non à l'asujettissement !

      La laïcité de réciprocité (que ne semblent pas porter en leur coeur les laïcistes) qui est celle du Québec contemporain est une vision dynamique prenant assise sur la tolérance et l'ouverture d'esprit. J'ose croire que les croyants sont d'abord et avant tout des personnes qui méritent d'être respectées dans leur individualité."Faites aux autres ce que vous voulez qu'il fassent pour vous" est une règle de sagesse universelle.

      C'est pourquoi la laïcité de la réciprocité, lorsqu'elle est bien comprise et vécue, devient la pierre d'angle d'une société à laquelle tous ses membres veulent appartenir. Pas d'ostracisme. Pas de discrimination. Pas de ségrégation.

      Voilà l'idéal qui me semble le plus intéressant à défendre et promouvoir.

  • Jean-Marc Cormier - Abonné 15 mars 2019 06 h 16

    Merci

    Merci.

  • Jean Lapointe - Abonné 15 mars 2019 09 h 07

    François Legault doit à tout prix les écouter et donner suite à leurs demandes.

    «Il est donc nécessaire d’interdire l’affichage des symboles religieux à l’école publique et d’imposer un seul et même régime à l’ensemble du corps enseignant. Ce n’est pas tout. Dans un souci de cohérence, cette exigence doit être étendue aux éducatrices en service de garde et à l’ensemble du personnel de l’école.» (collectif)

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 15 mars 2019 16 h 57

      Oui, il faut en finir une fois pour toute. Il faut régler au plus tôt ici ce problème de la neutralité religieuse dans l’espace public, comme cela a été fait dans d’autres pays démocratiques, et même dans des pays musulmans. Une personne en autorité, juges, policiers, y compris et surtout les enseignants dans les garderies et les écoles. En particulier, ces derniers ne doivent pas laver insidieusement le cerveau des enfants en faveur de la religion qu’ils affichent.

      Une femme portant le voile ou le niqab est, à son insu ou non, un porte-étendard de l’islam conquérant. Le voile, ce n'est pas un chapeau ordinaire, il a une signification politique, pour se marquer et se démarquer.

  • Michel Lebel - Abonné 15 mars 2019 09 h 37

    Deux questions...


    Un texte assez réducteur. Je pose deux questions: la première, la religion est-elle une tare? La deuxième: que fait-on de la liberté de conscience des enseignants, des employés de soutien dans les écoles et des éducatrices en service de garde? La question de la laïcité doit être traitée avec beaucoup de doigté et d'ouverture. La question n'est pas simple et ne doit pas être abordée avec la ''logique'' du tout ou rien. Une approche idéologique en la matière est à rejeter.

    M.L.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 15 mars 2019 11 h 07

      « La deuxième: que fait-on de la liberté de conscience des enseignants, des employés de soutien dans les écoles et des éducatrices en service de garde.» On reconnait que contrairement aux enfants, cette profession n'est pas obligatoire et qu'elle vient avec des privilèges, que ces privilèges s'accompagnent de devoirs et que c'est la prépondérance des droits des enfants qui prime. Les enfants n'ont pas le choix de fréquenter l'école et ne peuvent pas changer de classe (vous imaginez le bordel). Par ailleurs, une réserve, politique, existe déjà, les profs n'affichent pas leurs convictions politiques en classe, qu'elles soient partisanes ou non.

      Tout le monde est d'accord avec cette réserve raisonnable. On répondra que la politique n'est pas la religion, mais le fait qu'il s'agisse d'un débat nous indique déjà que c'est une question ... politique, voire idéologique. La prétention qu'un signe communique et qu'il transmette des valeurs n'est pas à faire.

      Le climat depuis 2007 fait en sorte que pas une direction n'a agi pour interdire les signes religieux alors qu'il est évident qu'un directeur m'interdirait d'enseigner avec la casquette rouge «MAGA» de Trump, il y a donc un double standard et une loi viendra clarifier ce que la coutume interdisait, coutume qui a été contestée par une action sur le terrain, laquelle a cristallisée la perception que c'était un « droit ».

      Il ne peut y avoir un droit pour les élèves (par exemple de savoir que les religions sont des inventions humaines et que l'on peut changer de religion ou la quitter) et un droit concurrent pour les profs. L'interprétation la plus intégriste n'a pas à devenir le «niveau zéro». Pour cette raison, des profs ne peuvent se présenter en classe en prétendant être figés dans une identité ethnique, communautaire, religieuse et afficher, par un signe, en permanence en classe, 200 jours par année, qu'ils sont assujettis à une essence supérieure au devoir civique et qui circonscrirait cette identité.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 15 mars 2019 12 h 19

      La religion n'est certainement pas une tare mais l'école a le devoir d'enseigner aux élèves à questionner la pertinence des idées toutes faites que personne ne peut prouver, autrement dit de leur inculquer le sens critique et la distinction entre croyance et connaissance.

      En réponse à votre deuxième interrogation, les membres du personnel d'une école ont bien sûr le droit de pratiquer la religion qu'ils veulent, mais pas de manière ostentatoire. Il me semble que cette restriction est tout à fait raisonnable et défendable entre les murs d'une institution d'enseignement; en faire tout un plat en posant aux vierges offensées me semble éminemment inapproprié. Il ne faut jamais oublier que la liberté des uns s'arrête là où celle des autres commence.

    • Michèle Lévesque - Abonnée 15 mars 2019 13 h 16

      @M.Lebel 15 mars 09h37

      Dans un article plein de bon sens et de sensibilité, Nadia El Mabrouk, une des co-signataires ici, se penche sur le fardeau de la preuve. Je résume en mes mots: pourquoi ce fardeau devrait-il être toujours du côté des tenants de la laïcité, les défenseurs de la laïcité-dite-ouverte ayant dès lors beau jeu pour dire tout et n'importe quoi, jouant de slogans et d'emporte-pièces, voire d'insultes et même d'accusation pour clouer le bec à leurs vis-à-vis? Et à charge pour ceux-ci de faire tout le travail? Mme Mabrouk le dit avec plus de "doigté" et d'élégance que moi dans son article, qu'il faut lire absolument (Pour un débat loyal sur la laïcité, La Presse+, 13 mars 2019).

      C'est ce que je vois dans votre verdict qui fait de cette lettre aussi impeccable de contenu, de ton et même de style, un "texte assez réducteur".
      Expliquer (en comparant au vôtre).

      Sur la Q1. Où donc les signataires font-ils de la religion "une tare"? Croyante et pratiquante et vivant ma vie et ma foi dans un réel esprit de liberté et d'amour, respectueuse des autres, qu'ils soient croyants, distants ou athées, je ne vois rien de cela ici - ni contre "la religion", ni même contre la croyance.
      Préciser votre accusation.

      Sur la Q2. Depuis quand, à l'école, les enfants passent-ils derrière tous les adultes? Les enfants n'ont-ils pas une conscience et une liberté à considérer, autant qu'un cerveau à instruire et un corps à développer? Et les intervenants, qui ont cette noble responsabilité, ne doivent-ils pas les faire passer avant leurs intérêts particuliers? N'est-ce pas là leur 'vocation'? Pourquoi les enfants à l'école devraient passer après tout le monde?
      Justifier.

      Où est le manque de "doigté" dans cette lettre? Le manque d'ouverture? Surtout considérant la présentation des différents Islams?
      Situer ces notions (à partir de votre propre texte).

      De quelle idéologie parlez-vous?
      Identifier.

      La "«logique» du tout ou rien?
      Développer.

    • Annie-Ève Collin - Abonnée 15 mars 2019 13 h 27

      Première question : oui, la religion est une tare.

      Deuxième question : la liberté d'expression des enseignants est limitée et ce, de façon justifiée, alors qu'ils ont affaire à leurs élèves. Si leur liberté de conscience n'a pas à être restreinte, leur liberté d'exprimer leurs convictions doit bel et bien être limitée devant leurs élèves, ça fait partie des responsabilité qui viennent avec le fait d'enseigner.

    • Jean-François Trottier - Abonné 15 mars 2019 14 h 55

      M. Lebel,

      ce texte n'est pas réducteur du tout. Il ne représente pas une étude ou une analyse mais une opinion commune à un groupe de signataires. On peut être d'accord ou pas, mais pas le trouver réducteur.

      L'approche idéologique consisterait à banaliser les signes religieux et, partant, les religions. Non, tout n'est pas équivalent, la société n'est pas une Utopie, et le semblant de justice qui voudrait que l'on voit l'être humain en tant que personne audétriment de l'être social a déjà fait assez de mal. C'est la grande tare du Libéralisme.

      J'ai trop de respect envers l'engagement religieux pour le traiter comme une mode ou des goûts passagers, ce qui ne m'empêche absolument pas de me méfier des religions.
      L'aspect personnel de l'engagement mérite le respect. Le contrôle des uns sur les autres selon la morale, pas souvent et même rarement.

      Le signe religieux dépasse l'individu, et donc en bonne partie au moins il représente la religion, comme un drapeau... et encore, un drapeau ne représentera jamais que la citoyenneté et un pays, ce qui est bien peu par rapport à l'engagement religieux, qui relève de l'essence de l'être.

      Il est entendu que le doigté doit être présent.
      Je crois qu'une clause grand-père est acceptable pour les enseignants qui ont fait leurs preuves. Combien d'années d'expérience ? Ce n'est pas à moi de le décider mais trois ou quatre, liés à un peu de compréhension, sera une bonne base. Encore mieux, un délai de quelques années afin de se trouver, soit un autre travail, soit une bonne raison de laisser tomber ce qui ne sont après tout que des signes, encore du point de vue personnel.
      L'essentiel reste : aucun signe religieux dans une école et qu'il soit clair qu'il s'agit d'arrangements spéciaux.

      Le pire sera de faire une liste des signes religieux, et même des religions.
      Si demain je pars une secte d'adorateurs de la queue du chat ? C'est tordu... mais l'humain est tordu!

      Le pragmatisme devra être présent partout.

    • Marc Lacroix - Abonné 15 mars 2019 15 h 04

      Monsieur Lebel, la personne qui choisit de travailler dans le milieu de l'enseignement ou de services de garde a un choix à faire:

      "L’enseignant qui place ses croyances individuelles au-dessus de sa mission éducative se met dans une situation insurmontable." (citation tirée du texte de l'article)

      La personne dont je parle devra choisir si elle désire oeuvrer dans ce milieu éducatif et scolaire, et si oui, elle devra respecter certaines conditions. Elle ne se fera pas — imposer une religion ou croyance quelconque —, mais en même temps — elle n'a pas, en aucune façon, à faire la promotion de ses propres croyances aux jeunes — dont elle a la charge. Si cette personne tient à afficher son symbole religieux, ça devient son choix, qu'elle devra assumer.

      Prioriser les choix de certains individus allant à l'encontre de la neutralité religieuse qu'à peu près tout le monde désire pour le monde scolaire, c'est vouloir faire peu de cas des idéaux de notre société prônant l'égalité des sexes et le respect des individus. Si nous optons pour l'égalité des sexes et des orientations sexuelles..., il faut être cohérent et ne pas placer au premier plan des gens qui ont des valeurs qui n'ont pas grand-chose à voir avec la liberté et la tolérance !

    • Michel Lebel - Abonné 15 mars 2019 17 h 56

      Aller à l'essentiel,

      Dans un commentaire dans un journal, il faut aller à l'essentiel. Selon moi, l'essentiel, le déteminant, est ici de savoir quelle importance accorde-t-on à la liberté de religion et de conscience. Cette liberté est-elle vraiment fondamentale, un fondement de notre démocratie, une liberté vraiment importante, capitale, pour une personne? Une liberté qu'elle n'aurait pas à cacher, non une liberté à géométrie variable, selon les lieux où elle se trouve. Je suis pour la plus grande liberté possible pour la personne. Celle liberté ne devrait être restreinte que si réellement absolument nécessaire. La laîcité ne doit pas être vue comme un projet politique ou sociétal. Surtout ne pas en faire une idéologie.

      M.L.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 15 mars 2019 21 h 51

      Allons à l'essentiel : le climat actuel d'une réserve à l'endroit de l'expression de l'opinion et des signes politiques, dans l'enseignement a fait ses preuves.

      Il y a donc une interdiction en ce moment, elle est peut-être informelle, car tous la respectent, il n'y a pas de prof qui se présente avec une casquette rouge MAGA (signe partisan de Trump) ou avec un chandail pro-communiste, ou encore simplement avec le brassard de leur syndicat.

      Bien que la liberté d'expression (et d'association ) soit fondamentale, personne ne prétend que cette réserve, telle qu'elle est en ce moment serait une forme de tyrannie .

      Si on pousse votre raisonnement jusqu'au bout on devra créer des salles de prières, accommoder tout le monde pour les fêtes religieuses, être tolérant parce que c'est Kipour et qu'il faut partir plus tôt ou que les profs sont étourdis parce que c'est Ramadan...

      Allons, ici, les gens ont la liberté de choisir une religion sans être persécutés, les religions sont égales en ce qu'elles ont des droits égaux pour les reçus de charité et les modalités de zonage, par exemple, elles peuvent être des organisations sans but lucratif, même si elles n'offrent des services que sur une base discriminatoire.

      Il se trouve que les droits religieux permettent même des accommodements qui autrement ne seraient pas accordés, on peut donc inférer que les droits religieux semblent supérieurs aux droits politiques.

      La laïcité est un projet politique, comme le fait de vouloir établir une religion d'état en est un ou de légiférer sur la langue ou d'abolir la monarchie. La laïcité s'inscrit dans une idéologie, une certaine vision du monde, en concurrence avec d'autres, mais il se trouve que c'est la plus soluble avec la représentation collective des Québécois pour vivre dans une certaine concorde...

      Vous confondez la liberté religieuse bafouée avec l'inconvénient de constituer une minorité quand on est plus attaché à son identité communautaire qu'à l'intégrati

    • Nicole Desjardins - Abonnée 16 mars 2019 00 h 02

      Vous dites: « La question n'est pas simple et ne doit pas être abordée avec la ''logique'' du tout ou rien. Une approche idéologique en la matière est à rejeter. ».

      Justement, ceux qui pensent le contraire ont tout autant une approche idéologique en la matière !!! On ne demande pas à ceux et celles qui pratiquent une religion de ne pas le faire. On leur demande de le faire dans la sphère privée. Et les croyances religieuses, à mon avis, n'ont rien à voir avec la logique!

    • Michel Lebel - Abonné 16 mars 2019 06 h 33


      @ Nicole Desjardins,

      Quand je parle de la ''logique du tout ou rien'', je réfère à une approche dogmatique, abolutiste, souvent antireligieuse qui se voit dans le débat actuel sur la laïcité. Comme si l'expression religieuse devrait être la plus cachée possible, comme si elle devait être à peine tolérée. Ce n'est pas ainsi que je perçois une société démocratique. Un État peut être neutre, voire laïc, mais pas une société. Cette dernière est plurielle à plusieurs égards, notamment sur le plan religieux, ce qui comprend l'athéisme.

      M.L.

    • Richard Maltais Desjardins - Inscrit 16 mars 2019 08 h 04

      Si la religion est une tare, l'école secondaire doit de la combattre activement. On avait compris que le laïcisme ne ferait pas de quartiers s'il en avait les moyens. Merci de le rappeler à ceux qui verraient dans cette religion sans dieu une école de tolérance et de discernement comme ça se pose

    • Jean-François Trottier - Abonné 16 mars 2019 09 h 15

      Je ne vous félicite pas, M. Maltais Desjardins.

      Vous venez d'utiliser le bel argument de "Qu'est-ce ça va être la prochaine fois?" des pires red-necks.
      La prochaine fois n'existe pas, et si jamais elle existe elle sera, comme toutes les autres, amplement discutée.

      Il y a aussi "Ah! Haaaa! On les connait maintenant vos sales intentions...". Procès d'intention et généralisation indûe en même temps, envoyez, y a rien de trop beau. Trop de sophismes, ce n'est pas comme pas assez, sachez-le.

      Les intentions sont ce qui est dit et rien de plus. Vos préjugés sont gros coimme des baobabs sur une toute petite planète.

      Ce "s'il en avait les moyens" est une pure saleté, une connerie bourrée de préjugés bien pire que ce que vous reprochez aux autres.
      Pour le discernement vous repasserez, et sans faux-pli cette fois-ci.

      Prouvez-moi hors de tout doute qu'il y a adéquation entre religion et foi. Pour ce faire, un indice : démontrez que tous les fidèles d'une religion ont la même foi. Ça doit être facile, non?
      Ben non, hein? Reste des codes communs, le calendrier, les rites, les obligations, et bien sûr l'impression de se retrouver "en famille" à force d'utiliser le même vocabulaire. Ce n'est pas un tort, ce n'est pas un complot, ce n'est qu'un groupe de personnes pour la plupart sympathiques.
      Mais voilà, les religions sont des faits sociaux alors que la foi est un fait personnel. On n'en sort pas.

      Des millions de personne croient sans religion, et des millions de personnes participent d'une religion sans croire.
      Les mêler est malhonnête.

      Arrêtez d'utiliser Dieu comme otage pour démontrer votre "élévation d'esprit". L'hélicoptère est en panne.
      Certains veulent présenter la Genèse comme "une autre possibilité" de la création de l'univers, "pour informer"...
      Prenez garde, vous frôlez la même attitude.
      Le monde ne se divise pas entre religieux et laïcs. Y a que quelques religieux qui pensent ça.

      Quant à votre tolérance, on dirait bien qu'elle est en réc

    • Jean-François Trottier - Abonné 16 mars 2019 09 h 40

      M. Maltais Desjardins,

      je tiens à en faire une intervention séparée : dans la précédente, vous remarquerez que je n'ai pas du tout effleuré le suijet des atrocités causées par les religions.
      J'ai pris soin de ne pas les démonétiser.

      Je vous demande d'en faire autant pour ceux qui ne veulent pas de religions dans les écoles.
      Parce que si on part sur ce chapitre, les religions vont en manger toute une! :)

      Au passage et pour aider votre réflexion, Jésus n'a jamais, selon les Évangiles, imposé les mains à un enfant. Il parlait à des adultes et jouait avec les enfants (à la tague peut-être?). Même les apôtres n'ont pas osé dire autrement, eux pourtant si prosélytes!
      Parler de religion aux enfants, c'est une idée de religions conquérantes et contrôlantes.

      Il y a aussi cette histoire selon laquelle Jésus a su discuter avec les Docteurs de la Loi étant en bas âge, à l'ébaubissement de tout un chacun. Tout ce que cette légende montre, c'est qu'un enfant "normal" n'a pas assez de discernement pour parler de religion. Belle démonstration de volonté de bourrage de crâne. Dans l'Évangile.

    • Richard Maltais Desjardins - Inscrit 16 mars 2019 10 h 21

      Si je fais un mauvais procès aux laicistes, ce n'est manifestement pas sur vous qu'ils devront compter pour me donner tort. Mais je vous donnerai raison sur un point. Si vindicatif et discourtois que vous soyiez à nouveau, votre crise de nerfs ne doit pas distraire des exigences d'une discussion qui mérite mieux.

    • Carmen Labelle - Abonnée 16 mars 2019 11 h 02

      Pour répondre à vos questions, oui la religion est une tare, l'histoire sanglante des religions l'a assez démontré. Attention de ne pas confondre spiritualité et religion
      Pour ce qui est de la liberté de conscience, depuis quand celle-ci est-elle reliée à un objet quelconque?
      La liberté de conscience, de religion est certes un droit protégé par la charte des droits et libertés, mais la façon de pratiquer sa religion n'est pas en soi un droit protégé
      Qui est plus, insister pour porter un signe distinctif alors que personne d'autre n'en a le droit au nom de la neutralité( politique, idologique etc) démontre bien que ces personnes placent leur appartenance religieuse au-dessus de leur appartenance citoyenne, les lois religieuse au-dessus des lois civiles ( bien que cette loi -exigence du port du voile- ait été inventée de toute pièce)
      Il est conséquemment très important d'éliminer tous ces signes religieux; c'est pour cela que les religieuse enseignantes de mon enfance ont retiré (de bonne grâce en plus) leurs cornettes et leurs grandes robes noires, et décroché les crucifix des murs des classes

    • Jean-François Trottier - Abonné 16 mars 2019 11 h 49

      So cute! J'attaque vos propos, vous m'attaquez.

      C'est rendu un procédé ma parole!

      Vos sophismes, ma "crise de nerf". Quelle belle tolérance!
      C'est justement ce que je vous reproche : l'écart incroyable entre le ton précieux de vos propos et le dédain, sinon la morgue quasi Trudeauesque que vous affichez pour ceux qui ne sont pas de votre avis.

      Moi, j'appelle un chat un chat. Vous, vous le regardez au loin en le trouvant peu digne de votre grandeur.

      La discussion mérite certainement mieux que vos insultes à répétition. Pardon, soyons clair : que vous, puisque vous coyez que vos phrases vous exemptent de réflexion.

    • Carmen Labelle - Abonnée 16 mars 2019 11 h 57

      M.Maltais-Desjardins
      Vous affirmez: «Si la religion est une tare, l'école secondaire doit de la combattre activement. On avait compris que le laïcisme ne ferait pas de quartiers s'il en avait les moyens. Merci de le rappeler à ceux qui verraient dans cette religion sans dieu une école de tolérance et de discernement comme ça se pose»
      Tolérance ?
      Qu’est-ce qu’une école de tolérance ? Que doit-on tolérer au nom de votre religion de tolérance ? Tout et n’importe quoi ? Des enseignants qui portent une casquette MAGA en support de Trump ? Ou à l’effigie de Kim Jong Un ? Un T-shirt arborant une svatiska juste un peu modifiée pour évoquer une croix nazie ? Ou le logo KKK, ou de ses adeptes, les WASP, fondé par PROTESTANTS,anti-catho, anti-sémite et anti-orthodoxe? Ou un symbole fasciste ? Ou un drapeau de l’État islamique ? Non mais….
      La neutralité implique l’apparence de neutralité
      Ceux-celles qui insistent pour porter des signes distinctifs ne tolèrent pas qu’on leur demande de se conformer à la même règle que tous les autres ;
      Tant qu’à moi personne ayant des convictions religieuses fortes au point de les mettre devant les lois civiles ne devrait ni enseigner, ni gouverner, ni être chargée d’appliquer les lois, parce que ce sont ces principes religieux qu’elle met de l’avant devant ses élèves, avec son prosélytisme passif, ou qu’elle mettra en avant quand viendra le temps de voter une loi ou de l’appliquer. Rappelons-nous que la frange chrétienne intégriste du gouvernement Harper a essayé par trois fois de ramener sur le tapis la loi légalisant l’avortement, en cela appuyée même par la ministre déléguée à la condition féminine, Rona Ambrose.
      Religion et droit des femmes sont inversement proportionnelles, toute l’histoire le démontre, même l’histoire récente.

    • Richard Maltais Desjardins - Inscrit 16 mars 2019 13 h 43

      Monsieur trottier, je vous donne à nouveau raison sur un point. Ce ne sont pas vos propos qui me dérangent mais votre ton. Donc Vous. Je ne vous aurait même pas lu, au final.

    • Richard Maltais Desjardins - Inscrit 16 mars 2019 13 h 46

      Madame Labelle, vos questions sont legitimes et j'ai longuement tenté de présenter mon point de vue. Je le ferai à nouveau quand j'en aurai plus le temps.

  • Gilles Delisle - Abonné 15 mars 2019 09 h 38

    Je dis "Bravo" à tous les signataires de cette lettre!

    Bravo à ceux et à celles qui osent parler, s'afficher et prendre position sur cette question absolument essentielle pour notre pays!