Le futur président de la Banque mondiale portera l’idéologie Trump

«Le candidat à la présidence de la Banque mondiale est un grand critique des organisations internationales comme l’Organisation mondiale du commerce et la Cour pénale internationale», explique Maïka Sondarjee.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse «Le candidat à la présidence de la Banque mondiale est un grand critique des organisations internationales comme l’Organisation mondiale du commerce et la Cour pénale internationale», explique Maïka Sondarjee.

À quelques heures de la fin des mises en candidature au poste de président de la Banque mondiale, le seul candidat à la succession du président sortant Jim Yong Kim était toujours David Malpass, le sous-secrétaire au Trésor du gouvernement de Donald Trump. Antiglobaliste et fervent défenseur de l’économie de marché, cet économiste de Wall Street a au moins une idée intéressante : cesser de prêter à la Chine.

L’élection presque inévitable de Malpass n’a rien pour réjouir le monde du développement international. Ayant travaillé au Trésor sous Ronald Reagan et George W. Bush, il est surtout connu pour avoir écrit un éditorial en 2007 intitulé « Ne paniquez pas pour le marché du crédit ».

Sept mois plus tard, la banque d’investissement Bear Stearns, dont il était l’économiste en chef, s’est effondrée après avoir eu des pratiques risquées liées aux subprimes. La crise financière de 2008 a su achever l’optimisme de Malpass.

Le candidat à la présidence de la Banque mondiale est un grand critique des organisations internationales comme l’Organisation mondiale du commerce et la Cour pénale internationale. De concert avec le président américain Donald Trump, il a maintes fois critiqué le multilatéralisme et « l’idéologie globaliste ».

La nomination de David Malpass par Trump n’a rien de surprenant. Rappelons que le président américain a aussi placé un lobbyiste du charbon à la tête de l’Agence américaine de protection de l’environnement.

À la suite de l’annonce de sa candidature, Malpass a martelé la ligne du Parti républicain : plus de libre marché et moins de pouvoir pour l’État et la société civile. L’élection de ce conservateur est désastreuse pour l’avenir de la Banque mondiale et pour les pays du Sud.

Après avoir causé des crises économiques et sociales dans plusieurs pays emprunteurs par l’imposition de politiques néolibérales dans les années 1980, une Banque mondiale sous Malpass risquerait de ramener des conditionnalités de privatisation et de libéralisation à la « Consensus de Washington ».

La seule proposition intéressante de Malpass est que la Banque mondiale doit cesser de prêter à la Chine. La deuxième économie mondiale a en effet les ressources pour se soutenir elle-même et trouver du financement ailleurs.

La Chine a dépassé depuis 2016 le seuil économique qui lui permet en principe d’emprunter à la Banque internationale pour la reconstruction et le développement. Cette branche de la Banque mondiale ne prête normalement qu’aux pays à revenus moyens ou moindres.

Toutefois, bien que la Chine ait connu une croissance fulgurante ces dernières années, elle continue d’avoir accès aux taux préférentiels et au soutien technique offerts par la Banque mondiale, rapporte une étude du Center for Global Development publiée en janvier dernier. La Chine n’a plus le droit d’emprunter à la Banque depuis 2016, mais a tout de même eu accès à 2 milliards par année en moyenne, pour un total de 7,8 milliards.

La Chine prend donc d’une main l’argent de la Banque mondiale et prête allègrement de l’autre à des pays en Afrique subsaharienne. D’un côté, elle profite de faibles taux d’intérêt à la Banque et de l’autre, elle prête en fonction de ses intérêts géostratégiques.

Les prêts trop généreux de la Chine en Afrique risquent de mener les pays emprunteurs dans de nouvelles crises de la dette. De plus, ces prêts s’accompagnent parfois d’obligations contraignantes, comme celle de repayer la Chine en matières premières ou en marchandises sur le long terme. Et bien sûr, les prêts chinois n’adhèrent pas aux normes environnementales ou aux règles internationales anticorruption.

La Banque mondiale a aussi travaillé avec le président Xi Jinping sur son projet de « nouvelle route de la soie » (One Belt, One Road). Cette initiative ultracapitaliste de créer six « corridors économiques » de libre-échange vise, de manière à peine cachée, à renforcer le pouvoir de la Chine sur les marchés mondiaux. Ce projet favorise l’accès de Beijing à des matières premières à faible coût et à de nouveaux marchés.

La seule raison de continuer de prêter à la Chine est de permettre à la Banque mondiale d’avoir un droit de regard sur ses activités. Selon des experts en développement, les prêts de la Banque à Beijing servent entre autres à surveiller et à gérer les coûts environnementaux des investissements chinois.

Il s’agit d’un anachronisme pour une banque multilatérale de développement de prêter à un pays qui a depuis longtemps passé le cap de la maturité économique.

Le candidat à la présidence de la Banque mondiale a au moins ça de bon. Pour le reste, les perspectives dans le monde du développement international sous David Malpass sont plutôt sombres.

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