Catherine Fournier, députée légitime de Marie-Victorin

Catherine Fournier
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Catherine Fournier

L’annonce de la députée de Marie-Victorin, Catherine Fournier, de quitter le caucus du Parti québécois pour siéger comme députée souverainiste indépendante, a fait réagir le chef intérimaire du PQ, Pascal Bérubé. Il a remis en question la légitimité de Catherine Fournier comme députée de Marie-Victorin, dans la mesure où elle a été élue sous la bannière du PQ lors du scrutin d’octobre dernier.

Ce commentaire sur la légitimité de la jeune députée est assez révélateur quant aux conséquences de la discipline de parti sur les institutions parlementaires. La discipline de parti a pris racine dans les régimes parlementaires de type Westminster avec l’instauration du gouvernement responsable. Elle s’est renforcée au fil des décennies par divers facteurs, dont un des plus récents est la croissance de l’intervention de l’État et de l’appareil gouvernemental, l’exécutif cherchant alors à agir efficacement en imposant une ligne de parti à son bloc de députés qui forment la plupart du temps la majorité parlementaire. Cette discipline de parti a affecté les rôles de législateurs et de contrôleurs des députés de l’opposition au point de les rendre plus symboliques qu’effectifs, ainsi que ceux des députés ministériels qui sont carrément devenus nuls.

Pour remédier à cette « défaillance » des rôles de législateurs et de contrôleurs des députés, des réformes ont eu lieu au courant des dernières décennies, notamment les réformes de la structure des commissions parlementaires de 1984 visant à accroître l’autonomie de l’Assemblée nationale par rapport à l’exécutif et à améliorer le contrôle de l’administration publique par l’opposition. Cette « revalorisation » du rôle de législateur du député est toutefois limitée puisque le gouvernement demeure « le seul véritable législateur », tandis que le rôle de contrôleur est demeuré symbolique en raison de l’appui généralement majoritaire accordé au gouvernement. De plus, la discipline de parti s’étant imposée autant dans les partis d’opposition que dans le parti ministériel, les travaux en chambre et en commissions parlementaires sont souvent orientés par les lignes de partis. Donc, malgré les efforts pour renforcer les rôles de législateurs et de contrôleurs des députés, la discipline de parti s’est toujours renforcée et est généralement acceptée au sein de l’électorat, dans la mesure où le vote des électeurs est davantage perçu comme « un mandat collectif conféré aux partis politiques » qu’un mandat accordé aux députés individuellement.

Mais pour revenir à la situation de Catherine Fournier, le député Pascal Bérubé semble avoir poussé le concept de discipline de parti encore plus loin. En effet, en remettant en question la légitimité de la députée de Marie-Victorin en raison de son départ du caucus péquiste, il entend implicitement que c’est le caucus (voire le chef) d’un parti qui détiendrait la véritable légitimité en ce qui concerne la représentation des électeurs d’une circonscription.

Les propos du député de Matane-Matapédia qui sous-entendent que la légitimité de la représentation de la circonscription de Marie-Victorin revient au caucus du PQ, qui est dorénavant formé des députés de Bonaventure, de Duplessis, de Gaspé, des Îles-de-la-Madeleine, de Joliette, de Jonquière, de Matane-Matapédia, de René-Lévesque et de Rimouski, constituent un manquement important à une convention issue de la tradition parlementaire, soit qu’un « député ne doit jamais prétendre représenter une autre circonscription que la sienne ».

Des excuses exigées

Par ces propos, le député Bérubé semble oublier la base du parlementarisme, soit qu’avant d’être composée de groupes parlementaires, d’un président, d’un premier ministre, de ministres, de chefs d’opposition, de leaders parlementaires, de whips et de députés d’arrière-ban, l’Assemblée nationale du Québec est avant tout constituée de 125 députés, chacun ayant été dûment élu par les électeurs dans chacune des 125 circonscriptions électorales du Québec. Les députés ont alors la même valeur et la même légitimité les uns par rapport aux autres.

Le siège de L’Assomption n’est pas supérieur moralement au siège de Prévost, tout comme le siège de Matane-Matapédia n’est pas supérieur au siège de Marie-Victorin. Remettre en question la légitimité d’une députée en raison d’un désaccord politique est inacceptable, surtout de la part d’un parlementaire, et démontre les effets néfastes qu’une discipline de parti rigide peut avoir sur nos institutions démocratiques. C’est pour cela que j’invite le député de Matane-Matapédia à se rétracter et à présenter ses excuses à la seule députée légitime de Marie-Victorin.

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28 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 13 mars 2019 06 h 59

    Et les électeurs ...

    qui ont voté pour elle vous y avez pensé? Personnellement si je vote pour un député, ce que je fais depuis près de 50 ans, ce n'est pas pour qu'il délaisse le parti pour supposément aller se présenter comme indépendant, je vote pour qu'il représente le parti pour qui je vote.

    • Gilles Bousquet - Abonné 13 mars 2019 08 h 56

      Votre député, même indépendant, continu de vous représenter. correctement. Vous vouliez le PQ comme gouyvernement ? Il est arrivé 3e, pas de sa faute à elle.

    • Raymond Labelle - Abonné 13 mars 2019 12 h 00

      Mme Gervais a raison, et aussi M. Bérubé, sur ce point. Le choix d'un parti est un élément le plus souvent fondamental dans le choix de la personne qui vote. Choisir un parti, c'est choisir le gouvernement qu'on préfèrerait, parce qu'on sait que le gouvernement sera formé par le parti qui aura obtenu le plus de sièges. Ou parce qu'on veut que le message de ce parti passe à l'Assemblée.

      On en a vu des élections où il y a eu une vague d'un parti ou d'un autre - c'est soit la proposition du parti, ou à la limite la personne du chef ou de la cheffe du parti, qui ont été déterminants - et non pas parce que les gens ont voté seulement en fonction des candidatures locales qui s'adonnent, au total, à davantage appartenir à un parti qu'un autre.

      Quand le Bloc a eu 50 députés, ou passe à 10, est-ce à cause des candidatures locales? La vague orange? La vague Justin? La vague CAQ? Le choix des personnes qui votent plutôt en fonction du parti, et/ou peut-être de leurs chef.fes, doivent en être la principale explication.

    • Hermel Cyr - Inscrit 13 mars 2019 13 h 41

      Je soutiens entièrement Mme Gervais !

      Mme Fournier a floué ses électeurs en leur faisant croire qu’elle représentait le parti qui l’a fait élire et qu’elle a renié ensuite, avec la veulerie qu’on sait !

      Mme Fournier ne sera plus jamais élue au Québec... la façon d'ont elle a traité ses collègues et ses électeurs l'exclue définitivement de l'aire de l’honnêteté politique. Dommage. Mais sa carrière politique n'est de rallongée par les modalités administratives du parlementarisme britannique ! Paradoxal, non?
      ?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 13 mars 2019 16 h 46

      Si elle s'était présentée souverainiste indépendante, elle aurait "mangé" une méchante volée!

  • Denis Paquette - Abonné 13 mars 2019 07 h 31

    peut pêtre que les humains sont des sortes êtres qui ne veulent pas mourir

    comme si chaque génération n'avait pas droit a sa part de pouvoir,combien de fois voyons les vielles barbes s'accrocher au pouvoir, avec ou sans ACV, n'est ce pas le drame des sociétés humaines , des possédants arppartenant a la generation precédente voulant s'accrocher au pouvoir au-dela de la mort,quelle horreur et égocentrisme,enfin peut être ainsi que sont faits les humains

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 13 mars 2019 07 h 52

    Pantoutt !

    « Il a remis en question la légitimité de Catherine Fournier comme députée de Marie-Victorin, dans la mesure où elle a été élue sous la bannière du PQ » : « C’est pour cela que j’invite le député de Matane-Matapédia à se rétracter et à présenter ses excuses à la seule députée légitime de Marie-Victorin. » (Sébastien Poirier, Étudiant et Anc Stagiaire de circonscription)

    De ces citations, douceur une :

    Qu’importe ce « pour cela » (Ligne de Parti, Vote Proportionnel) et compte tenu de l’actuel Vote Nominal, il est sage de reconnaître que le député de Matane-Matapédia n’a pas à s’excuser pour des propos qu’il a/aurait formulés à la suite du Départ « Soudain ou Bizarre et Suspect », de la Députée de Marie-Victorin !

    S'excuser ?

    Pantoutt ! - 13 mars 2019 -

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 13 mars 2019 08 h 27

    Bérubé n'a pas à s'excuser

    Les élections ont eu lieu il n'y a même pas six mois. Ce que pense aujourd'hui Mme Fournier du PQ, elle le pensait de même quelques mois avant les élections. Les sondages étaient clairs ; le PQ allait se battre à plate couture. Malgré tout, elle a décidé de se lancer avec ce parti et de se faire élire sous sa bannière. N'est-ce pas malhonnête de le traiter de tous les noms maintenant?

    On dit la jeune députée de Marie-Victorin proche de Jean-Martin Aussant. Son aventure au PQ ne pouvait pas finir autrement. Partout où il passe, Aussant sème la bisbille. Il aurait dû rester à Londres.

    En quittant le PQ ainsi, au moment précis où il amorce sa 'refondation', Mme Fournier a signé son arrêt de mort politique.

    Quel gâchis! Jean-François Lisée va devoir écrire un nouveau chapitre à son livre : « Qui veut la peau du Parti québécois ? »

  • Richard Dion - Abonné 13 mars 2019 08 h 42

    Pas d'accord

    Je suis totalement en désaccord avec vous M. Poirier. Dans la grande et même très grande majorité des cas, un député est élu en fonction du parti qu'il représente. Le meilleur exemple est celui du NPD en 2011 alors que n'importe quel représentant de ce parti avait de fortes chances d'être élu peu importe ses qualités. Alors oui M. Bérubé a raison de dire que si Catherine Fournier s'était présentée comme indépendante, elle n'aurait pas été élue.