Assurance médicaments: Ottawa doit éviter le modèle québécois

Au Québec, les citoyens ayant accès à un régime d’assurance collective privé à leur travail doivent obligatoirement contracter une couverture pour les médicaments.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Au Québec, les citoyens ayant accès à un régime d’assurance collective privé à leur travail doivent obligatoirement contracter une couverture pour les médicaments.

En 2018, Ottawa a créé le Conseil consultatif sur la mise en place d’un régime national d’assurance médicaments. Ledit comité a déposé mercredi un rapport provisoire, lequel réitère des constats que nous avons dénoncés, soit que trop de Canadiens n’ont pas les moyens de payer les médicaments d’ordonnance dont ils ont besoin et que les dépenses actuelles au Canada pour de tels médicaments ne sont pas viables.

Plusieurs des principes fondamentaux énoncés dans le rapport provisoire sont aussi ceux que nous prônons, notamment dans la déclaration que nous avons soumise au gouvernement fédéral la semaine dernière. Toutefois, il manque plusieurs principes très importants, particulièrement ceux de gestion publique et d’universalité présents dans la Loi canadienne sur la santé.

Cela est très préoccupant, ajouté au fait que le rapport ne dit rien sur la nature du régime national d’assurance médicaments que le gouvernement fédéral compte mettre en place. Nous sommes en effet très inquiets qu’Ottawa soit tenté de reproduire le régime hybride privé-public qui prévaut au Québec depuis 1997.

Selon nous, Ottawa commettrait une grave erreur en voulant reproduire le modèle québécois, où la coexistence de régimes d’assurance privés et public a entraîné une explosion des coûts et de profondes iniquités. Le seul modèle adéquat pour les besoins de santé de la population canadienne est un régime d’assurance médicaments entièrement public et universel.

Au Québec, les citoyens ayant accès à un régime d’assurance collective privé à leur travail doivent obligatoirement contracter une couverture pour les médicaments. Et seuls les individus sans accès à un tel régime peuvent bénéficier du régime d’assurance médicaments public.

Ce système hybride nous prive d’un puissant levier de négociation à l’encontre des pharmaceutiques. Le même médicament peut coûter, au Canada, dix fois plus cher qu’en Nouvelle-Zélande. Un habitant de l’OCDE paie en moyenne 603 $ par année en médicaments, comparativement à 1087 $ au Québec. Selon les études, un régime entièrement public et universel réduirait les prix de 20 à 40 %, une économie allant jusqu’à trois milliards une fois transposée au Québec.

Partout au pays, le coût de la couverture médicaments des régimes privés explose. Ces dernières années, les primes ont grimpé de 5 à 8 % annuellement. Résultat : au Québec, de plus en plus de syndicats décident de mettre fin à leur régime d’assurance collective, seul moyen d’avoir accès au régime public, leurs membres perdant ainsi leur couverture d’assurance salaire, dentaire et d’autres bénéfices.

Nous déplorons les nombreuses inégalités du régime hybride québécois. Les cotisations exigées, le montant des franchises, même la liste des médicaments couverts diffèrent d’un régime à l’autre. Alors que tous les Canadiens devraient être égaux face au système de santé public, l’accès aux médicaments n’est clairement pas équitable.

Vu l’envolée du coût des médicaments, de nombreuses personnes ne peuvent plus se les payer. Environ 10 % de la population québécoise ne prennent pas les médicaments qu’on leur prescrit, faute de moyens, ce qui crée un véritable problème de santé publique aux effets négatifs sur notre réseau de la santé.

Un choix bénéfique

Plusieurs employeurs contribuent déjà, bien qu’à hauteur variable, au régime d’assurance collective de leurs salariés. Il ne s’agit pas de les soustraire à leurs obligations. Le financement d’un régime d’assurance médicaments public et universel doit reposer sur le rapatriement de ces cotisations, tout comme celles des salariés.

Autre hérésie, le régime hybride québécois défie la logique assurantielle. Les régimes privés couvrent les assurés considérés comme de « bons risques », soit les personnes qui ont un emploi et généralement en meilleure santé. La majorité des individus sans emploi ou à la retraite, qui consomme davantage de médicaments, sont couverts par le régime public. Résultat : des coûts supplémentaires pour l’État et des profits pour les assureurs.

Nous désirons donc alerter Ottawa contre le puissant lobby qui s’emploie actuellement à contrecarrer la mise en place d’un régime public et universel, car seul un tel régime serait bénéfique pour le gouvernement, les employeurs ainsi que les citoyens. Ottawa doit aller dans cette voie.

Signataires de ce texte:

Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ); Jacques Benoit, coordonnateur, Coalition solidarité santé; Daniel Boyer, président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ); Carolle Dubé, présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique du réseau de la santé et des services sociaux (APTS); François Décary-Gilardeau, président de l’Union des consommateurs; Sonia Éthier, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ); Jacques Létourneau, président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN); Mercédez Roberge, porte-parole de la Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB)

 

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1 commentaire
  • Jean-François Trottier - Abonné 12 mars 2019 10 h 53

    Faudrait surtout...

    ...qu'Otttawa n'entre pas dans ce domaine de juridiction provinciale.

    Dois-je rappeler aux dignes signataires de cette délicate lettre ce qu'Ottawa a fait en matière de santé?
    De 50% des coûts au début, sa participation est passée sous les 25%. En revanche, ses exigences pour ce peu ont plus que doublé. Ce qui concerne la Colombie Britannique est rendu essentiel pour recevoir des fonds au QUébec, et inversement.
    Suivez mon regard : comme ruiner une province ?
    Il se passera exactement la même chose avec l'assurance-médicaments... ou bien pire. Aucune chance que ce soit autrement : on parle d'Ottawa!

    La volonté sous-jacente de mettre les provinces à genoux est présente chaque fois que le fédéral empiète ainsi. Elle est ouvertement la première raison de toute action d'Ottawa depuis 150 ans. Suffit de savoir lire pour le constater.

    Si vous tenez à modifier l'assurance-santé, ce en quoi vous aurez mon appui indéfectible, assurez-vous d'abord de parler à une seule personne : le ministre québécois.
    Par exemple il est grand temps que l'assurance privée disparaisse, ou ne soit plus que complémentaire, au terme de chaque contrat... et pas d'un seul coup. Pourquoi agir en sauvages quand on peut être pragmatique?
    La liste des médicaments assurés est fortement insuffisante, itou.

    Si vous devez faire des représentations auprès d'Ottawa, que ce soit pour que le fédéral se retire de certains champs d'imposition pour les laisser aux provinces, puisque selon l'AANB le fédéral n'a aucun droit aux impôts. Aucun.

    ...ou bien récusez l'AANB, tout comme Ottawa quand ça fait son affaire, euh... tout le temps quoi.

    Je tiens à le souligner, votre position est hautement... politicailleuse. Je comprends très bien que vous ne l'ayez pas vu au départ, mais c'est un fait. Tenez-en compte je vous prie.