Debout Montréal, bloquons Royalmount!

«Le projet Royalmount contribuera à la détérioration considérable des conditions de circulation dans ce secteur», écrit l'auteur en se basant sur un rapport de janvier 2019.
Photo: Carbonleo «Le projet Royalmount contribuera à la détérioration considérable des conditions de circulation dans ce secteur», écrit l'auteur en se basant sur un rapport de janvier 2019.

La Ville de Montréal a récemment renoncé à imposer un moratoire sur le mégaprojet Royalmount, préférant opter pour la création d’un comité de travail sur la mobilité dans le secteur Namur-De la Savane. Alors qu’une grève mondiale pour le climat aura lieu le 15 mars prochain, l’administration Plante semble donc reculer devant les pressions du promoteur Carbonleo et son projet tout droit sorti d’un mauvais rêve du XXe siècle. Au lieu de miser sur un compromis ou une amélioration du projet à la marge, nous croyons que la mairesse devrait suivre les recommandations du rapport de la Commission sur le développement économique et urbain et l’habitation de janvier 2019, qui demande de prendre un « temps d’arrêt » pour revoir le projet en profondeur.

Rappelons que ce rapport d’étude accablant montre que le projet Royalmount contribuera à la « détérioration considérable des conditions de circulation dans ce secteur [où] les temps de transit pourraient être allongés de 10 à 30 minutes » à la jonction des autoroutes 40 et 15, soit la zone la plus congestionnée au Québec ! À cela s’ajoutent l’érosion commerciale pour les centres commerciaux environnants et le centre-ville, l’augmentation des gaz à effet de serre et l’absence d’acceptabilité sociale pour la vaste majorité des documents déposés à la Commission.

Certes, les taxes foncières pourraient amener 25,8 millions de revenus annuels pour Montréal, mais le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ? Pour détourner la formule de Pierre-Yves McSween, avons-nous vraiment besoin de cinq hôtels, de 160 commerces, de 75 restaurants, de tours de bureaux, d’un parc aquatique, d’un aquarium, d’un cinéma et de deux salles de spectacle supplémentaires, avec une poignée de logements pour pimenter le tout ?

Face au promoteur et à Mont-Royal qui privilégient leurs intérêts privés, Montréal doit affirmer son autorité et défendre l’intérêt général de l’agglomération. La mairesse Plante doit se tenir debout, comme elle le fait déjà en résistant dignement à la poursuite-bâillon des dirigeants de l’ancienne Formule E. Si jamais le projet Royalmount se concrétise, cet éléphant blanc aura un impact négatif irréversible en plein coeur de la métropole.

Nous pouvons déjà prévoir que les révisions à la marge du projet ne pourront pas « offrir une réponse adéquate aux besoins de la population montréalaise ». De plus, ce n’est pas seulement à la mairesse d’agir, mais à l’ensemble des citoyens, qui sont tout aussi concernés que les parties prenantes immédiates du projet. Nous devrons utiliser tous les outils légaux et actions collectives à notre disposition pour imposer la suspension du Royalmount : manifestations, pressions sur les élus, occupations, organisation d’une « zone à défendre », etc.

Comme nous serons sans doute accusés d’être des « immobilistes » opposés au progrès et au développement économique, il faut rappeler que les immobilistes du XXIe siècle sont les grands promoteurs qui proposent des projets urbains dignes de l’obsolescence programmée, qui érodent les bases pratiques pour construire une ville inclusive, démocratique et résiliente. Pour revitaliser le secteur Namur-De la Savane, pourquoi ne pas envisager une stratégie d’urbanisme transitoire, à l’instar de l’expérience des Grands Voisins à Paris ? Nous pouvons aussi penser à l’ancien aéroport Tempelhof à Berlin qui a été transformé en gigantesque espace public mi-bétonné mi-gazonné, rempli de jardins communautaires, pour des activités culturelles, des événements sportifs, des biergarten, etc.

Plus que jamais, il est nécessaire de s’opposer au modèle vétuste de la ville néolibérale qui contribue à la privatisation des espaces et à la marchandisation de nos existences. Nous devons plutôt favoriser l’appropriation citoyenne des milieux et la création d’espaces collectifs de résonance basés sur les principes du commun, de la coopération, du partage, de l’espace public ouvert et convivial. Pour ce faire, allons d’abord rejoindre la manifestation étudiante pour le climat le 15 mars, tout en articulant une revendication globale, la justice climatique, à un enjeu local très concret : bloquer un grand projet inutile.

Si l’administration Plante ne met pas en place un moratoire, nous devrons organiser une vaste lutte urbaine pour arrêter ce projet aberrant destiné à enrichir une poignée de super-riches. Nous devrons bâtir une coalition large de comités citoyens, syndicats, groupes communautaires et écologistes, acteurs de l’économie sociale et autres mouvements sociaux pour bloquer le projet Royalmount et coconstruire un projet alternatif digne de notre époque. Comme le disait Jefferson, « le prix de la liberté, c’est la vigilance éternelle ». Il est temps de réinvestir le palier municipal pour qu’il devienne le véritable tremplin du pouvoir populaire et de la transition écologique. Citoyens et citoyennes de Montréal, unissez-vous ! Sauvons le climat, et soyons conséquents : bloquons le Royalmount !

Ce texte a été cosigné par une centaine de Montréalais de tous les horizons.

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9 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 11 mars 2019 00 h 38

    On n'a pas voulu

    d'une île une ville, qu'on mange ses bas maintenant.

    • Marie Nobert - Abonnée 11 mars 2019 02 h 52

      Du maire Drapeau en passant par Bourque, les interventions de «Louise Harel-y'en-n'est-pas-question-mais-ça-va-être-ça-quand-même-foi-de-Lucien», de «Gérald-je-veux-rien-savoir-je-ne-le-savais-pas-on-m'a-trahi-mais-quand-je-l'ai-su-j'ai-transmis-le-tout-à-l'UPAC», et en revenant à «John-James-si 35%-des-électeurs-inscrits-votent à 50%+1...». M. Bonin! ce n'est pas des «chaussettes» que l'on devrait manger, mais bien... Bref. Maintenant, «JDF» nous annonce que Montréal engrangera 25.8 M$ par la taxation foncière. Quid? Me semble que ce sera (seront?! !? (!)) plutôt les Montérégiens qui... Oups! «[...] les Montérois (les «Townies» en langue canado-britannique) qui... Grosse fatigue. En ce qui concerne les espaces «mi-mi»... Misère!

      JHS Baril

      Ps. «Ville Mo» est un «lieu historique national du Canada». Le saviez-vous? Je blague. Encore que...

    • Nadia Alexan - Abonnée 11 mars 2019 20 h 17

      Bravo et merci, monsieur Jonathan Durand Folco. Merci pour votre dévouement et votre intégrité.
      Ce n'est pas seulement les jeunes qui vont sortir le 15 mars pour la santé de la planète, mais nous, les ainés, les baby-boomers, serons aussi à leur côté, pour appuyer leur lutte contre les changements climatiques, l'enjeu principal du siècle. Notre vie sur la terre est menacée à moins que nous agissions tout de suite.

  • Mario Jodoin - Abonné 11 mars 2019 00 h 55

    Si nous n'agissons pas...

    ...nous serons pris avec ce projet contraire aux besoins d'une société qui compte lutter contre le réchauffement climatique pendant des décennies. Merci pour cette lettre et espérons que la mairesse la lira et reconnaîtra la pertinence de ses propos.

  • Louise Nepveu - Abonnée 11 mars 2019 07 h 15

    Aberrant

    L’étonnant n’est pas qu’un promoteur privé ait de grands projets ni que le maire du hameau de Ville Mont-Royal salive devant l’argent. L’étonnant, c’est que nos élus à Montréal et à Québec se prosternent devant le veau d’or et renient leurs promesses de donner la priorité à l’environnement. C’est qu’ils n’aient même pas honte de rire de nous. Alors oui, il faut bloquer Royalmount!

  • Pierre Samuel - Abonné 11 mars 2019 08 h 52

    De finauderies en finasseries...

    Sous ses airs de perpétuelle jovialiste, la < nouvelle vieille mairesse >, Valérie Plante, ne cesse de nous en passer des < p<tites vites >...
    Dès les premières semaines de son élection, ce fut d'entrée de jeu, le faux déficit transformé en augmentation de taxes puis l'éventuelle acceptation des signes religieux chez les représentants de l'Etat, la non-affirmation du français à titre de langue officielle et maintenant ce renoncement au moratoire sur ce polluant projet Royalmount...

    Complètement dégoûté par l'administration Coderre, je m'inscrivis à titre de membre de < Projet Montréal > peu de temps avant le dernier scrutin municipal, il va de soi que devant pareilles trahisons, ils furent promptement avisés de mon désaveu et ne crois certainement pas avoir été le seul dupe de l'hilare magistrate !

  • François Beaulé - Abonné 11 mars 2019 09 h 05

    Le gouvernement du Québec devrait intervenir

    Les terrains visés par le projet devraient être intégrés à la Ville de Montréal. Il est anormal qu'une petite municipalité comme Ville Mont-Royal puisse imposer un tel projet à Montréal. Les inconvénients et désavantages sont imposés à Montréal alors que la majeure partie des revenus de taxes ira à Mont-Royal. Celle-ci se protège des nuisances de par la situation des terrains visés qui sont enclavés dans Montréal.

    Seul le gouvernement du Québec a le pouvoir de redéfinir les limites des deux villes.

    • Bernard Terreault - Abonné 11 mars 2019 11 h 19

      Le gouvernement de la CAQ intervenir? Vous rêvez ! Ce parti est celui du ''développement'', le parti des gens d'affaires.