Est-ce la fin du règne Nétanyahou en Israël?

«La plupart des partis de droite ou d’extrême droite affirment vouloir appuyer une coalition dirigée par Benjamin Nétanyahou», remarque l'auteur.
Photo: Ronen Zvulun / Pool Photo via Associated Press «La plupart des partis de droite ou d’extrême droite affirment vouloir appuyer une coalition dirigée par Benjamin Nétanyahou», remarque l'auteur.

À près d’un mois des élections générales en Israël, le procureur général a déposé des accusations de fraude, d’abus de confiance et de corruption contre le premier ministre, Benjamin Nétanyahou, chef du parti Likoud et de la coalition gouvernementale de droite. Ces accusations sont sujettes à des audiences permettant à Nétanyahou de les réfuter.

Pour la première fois depuis plusieurs années, des sondages prévoient une courte victoire du centre gauche contre la droite-extrême droite et une nette victoire du parti du centre Bleu et blanc contre le Likoud. Les deux partis sont au coude-à-coude en matière de popularité. Un parti religieux ultranationaliste, une coalition des partis Foyer juif et Puissance juive, un parti qui adhère à l’idéologie raciste de l’ancien parti Kach interdit en Israël, s’ajouterait à la coalition dirigée par Nétanyahou.

Le parti Bleu et blanc résulte de la fusion de deux partis centristes, Résilience Israël, dirigé par Benny Gantz, ancien chef d’état-major de Tsahal, et Yesh Atid, fondé par Yair Lapid, ancien ministre des Finances dans le précédent gouvernement Nétanyahou. Si Gantz réussissait à former une coalition majoritaire, il en serait le leader pendant la première moitié du mandat alors que Lapid le remplacerait durant la seconde moitié.

La plupart des partis de droite ou d’extrême droite affirment vouloir appuyer une coalition dirigée par Nétanyahou, même si les accusations étaient maintenues après une procédure d’audiences qui prendrait un an. Leur appui serait toutefois retiré si Nétanyahou était incriminé par une cour de justice, ce qui pourrait prendre plusieurs années. Gantz a déclaré qu’il accepterait de participer à une coalition dirigée par le Likoud, mais sans Nétanyahou. La loi israélienne n’oblige pas le premier ministre à démissionner tant qu’il n’a pas été déclaré coupable.

À la suite des accusations portées contre lui, Nétanyahou a accusé les élites, les gauchistes (sous-entendu : ceux qui appuient la solution à deux États), les médias, la police et la justice d’avoir monté un coup contre sa personne pour faire entrer la gauche et les partis arabes (tous non sionistes) au gouvernement, une accusation populiste sans fondement. Gantz a déclaré que sa coalition n’accepterait que des partis sionistes (ce qui exclut les partis arabes) et donc cela accroîtrait les chances d’un gouvernement d’unité nationale centre-droite.

Gantz a renforcé son parti sur les questions de sécurité, un enjeu constant, en attirant deux autres anciens chefs d’état-major, Gaby Ashkenazi et Moshé Ya’llon, ancien ministre de la Défense, même si les questions d’économie et de logement sont la grande priorité des électeurs. Le parti est fermement uni pour mettre fin au règne de Nétanyahou. Pour le reste, l’idéologie de ses membres est disparate, en particulier sur la question palestinienne. C’est pour cela qu’il offre très peu de détails sur son programme.

La question palestinienne

Le parti Bleu et blanc reste vague sur la question tout en demeurant ouvert à des accommodements, comme la recherche d’un accord avec les Palestiniens et le renforcement du gros bloc de colonies près de la frontière de 1967. Il compte maintenir l’annexion de Jérusalem-Est, le Golan et conserver le contrôle militaire israélien de la frontière entre la Cisjordanie et la Jordanie tout en maintenant une « liberté d’action pour Tsahal partout ». Sur la question du retour des réfugiés en Israël, c’est un non catégorique.

Quant à la solution à deux États, le programme demeure flou. Au total, les positions du parti Bleu et blanc et de Nétanyahou sont proches, sauf pour l’avenir des colonies isolées dont le statut n’est pas clair. Notons que ce programme se situe aux antipodes de ce que réclament les Palestiniens et les États arabes soi-disant « amis » d’Israël.

Le second dossier concerne la loi sur l’État-nation adoptée par la Knesset, mais à laquelle tous les partis d’opposition s’opposent, en raison de son caractère discriminatoire à l’endroit des Arabes israéliens. Gantz s’engage à modifier la loi pour la rendre plus respectueuse du droit des minorités.

Nétanyahou réélu ?

Quelles sont les chances que Nétanyahou demeure au pouvoir après les élections du mois prochain ? S’il réussissait à créer une coalition de droite encore plus extrémiste, il pourrait tant bien que mal gouverner pendant un an, jusqu’à la fin des audiences concernant les accusations qui sont portées contre lui. Si les accusations du procureur étaient maintenues au terme de ces audiences, ce qui est hautement probable, ses jours seraient comptés. D’autant que le procureur général a agi avec grande prudence avant de porter ses accusations, en écartant par exemple certaines accusations de corruption de la police contre Nétanyahou. Le petit parti de droite modéré Nous tous a indiqué qu’il refuserait de l’appuyer si les accusations étaient maintenues.

À plus ou moins brève échéance, si Nétanyahou devenait un boulet politique pour son parti et la coalition, ses amis le pousseraient eux-mêmes vers la sortie.

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10 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 11 mars 2019 00 h 37

    Bah! Il semble

    qu'on soit à l'ère des malhonnêtes et des malotrus dans nos démocraties... il va probablement s'en sortir.

  • Nadia Alexan - Abonnée 11 mars 2019 01 h 04

    La source de la tragédie d'Israël se trouve dans le fait qu'il n'y a pas une séparation entre la religion et l'État.

    La tragédie d'Israël se trouve chez tous les pays qui n'ont pas une séparation claire et nette entre la religion et l'État. Un état laïque n'aurait pas permis la politique de l'apartheid qui règne dans ce pays et qui lui donne une mauvaise réputation internationale, puis ce que, de plus en plus, on s'éloigne d'une justice longtemps réclamée par le peuple palestinien. On ne peut pas construire notre bonheur sur le malheur d'un autre peuple.

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 12 mars 2019 05 h 08

      « Un état laïque n'aurait pas permis la politique de l'apartheid qui règne dans ce pays » (Nadia Alexan)

      Possible, mais, selon la Mémoire du temps, ces États, dits laïques, peuvent générer des Systèmes présumés Totalitaires ou Anarchiques (URSS, Chine de Mao … .) ; des Systèmes qu’on ne voit pas …

      … en Israël ! - 12 mars 2019 –

  • Michel Lebel - Abonné 11 mars 2019 08 h 13

    Israël, abandonne la petite politique!


    La droite semble bien dominer le paysage politique israélien. Il est à espérer que Nétanyahou quitte la scène; il est plus que temps. Israël est vraiment en manque de dirigeants d'envergure depuis plusieurs années. Tout n'est que petite politique. Israël, réveille-toi.

    Michel Lebel

  • Anne-Marie Allaire - Abonnée 11 mars 2019 09 h 12

    Merci

    Merci, monsieur Cohen, de nous informer de la faiblesse de l'opposition israélienne. Ce n'est vraiment pas encourageant mais il est toujours sage de connaitre.

  • David Cohen - Abonné 11 mars 2019 11 h 45

    Deux nouveaux sondages ont été publiés cette fin de semaine annonçant un changement de tendance pour les élections. Malheureusement Le Devoir n'a pas eu le temps d'inclure les changements dans l'article publié: "Les récents sondages indiquent que le parti du centre Bleu et blanc reste en tête des partis mais avec une avance réduite sur son concurrent le Likoud mais que le bloc des partis de droite-extrême droite a plus de chances de former un gouvernement de coalition dirigé par Netanyahou. Ce dernier est toujours préféré à Gantz comme premier ministre."
    Donc, ce n' est vraiment pas encourageant comme vous dites pour l' opposition. Ce qui est plus encourageant pour l' opposition est que les chances que Netanyahou soit jugé coupable devant une cour d' ici un an sont élevées.