La Journée de la femme n’existe pas

«Les femmes ne parlent pas d’une seule et même voix, tout comme les hommes», affirme la vice-présidente de la CSN.
Photo: Kivilcim Pinar Getty Images «Les femmes ne parlent pas d’une seule et même voix, tout comme les hommes», affirme la vice-présidente de la CSN.

Quel ne fut pas mon étonnement lorsque, lundi dernier, j’ai entendu l’animateur de radio d’une émission matinale se poser la question suivante : le 8 mars, est-ce la Journée internationale des femmes ou de LA femme ? Encore cette éternelle interrogation ! me suis-je écriée en moi-même.

Le pluriel a toujours été de mise pour parler de la Journée internationale des femmes. Il vise à souligner la diversité, et non un soi-disant idéal féminin incarné dans un singulier, ma foi, bien réducteur. Cette année, le Collectif 8 mars a pris l’initiative d’ajouter la notion des droits des femmes au nom de cette journée, qui devient ainsi la Journée internationale des droits des femmes. Je m’en réjouis. Bien sûr, je n’en veux pas à cet animateur de ne pas avoir été mis au courant de ce changement. Mais de grâce, prenons donc enfin note, collectivement, du nom exact de cette journée.

Un mot change tout

Les femmes ne parlent pas d’une seule et même voix, tout comme les hommes, d’ailleurs ! Elles sont plurielles et chacune d’entre elles, unique, représente un individu à part entière. Elles n’ont pas les mêmes idées et ne vivent pas les mêmes réalités quotidiennes. Elles ont des parcours différents, rencontrent des difficultés qui leur sont propres. Elles sont grandes, petites, rousses, brunettes, filiformes ou tout en rondeurs. Certaines se disent féministes, d’autres préfèrent le terme humaniste ; d’autres encore refusent toute étiquette. Les femmes ne forment pas un bloc monolithique ! Pour cette raison, j’ai toujours repris les personnes qui parlent de la Journée de la femme et défendu l’appellation Journée internationale DES femmes, pour bien représenter notre grande diversité.

Le 8 mars n’est pas une journée comme les autres : parler des droits des femmes, c’est refléter la vraie nature de ce dont il s’agit. C’est donner à cette journée la perspective militante et féministe qu’elle doit avoir. C’est aussi une occasion pour dénoncer les nombreuses discriminations, inégalités et violences envers les femmes et souligner le chemin parcouru. Le mythe de l’égalité déjà atteinte est tenace ! L’égalité de droit est certes atteinte, mais tant s’en faut dans les faits.

Revendiquons !

Nous devons en convenir : en 2019, les hommes assument de plus en plus de responsabilités familiales. Or, les femmes sont encore majoritairement celles qui supportent la charge mentale et qui jonglent avec les différentes sphères de la conciliation famille-travail. Moins nombreuses dans les lieux décisionnels, elles ne sont toujours pas parvenues à briser le plafond de verre, et ce, même si elles détiennent autant de compétences que leurs confrères. Les femmes subissent encore trop de violence au travail et dans l’espace public, et le harcèlement sexuel est le lot quotidien de plusieurs d’entre elles. Les écarts salariaux entre les femmes et les hommes subsistent, malgré les luttes passées pour l’équité salariale. La pauvreté et la précarité demeurent aussi de réels enjeux pour elles. Et ce ne sont là que quelques exemples d’inégalités inadmissibles à leur égard.

J’aimerais que les politiques gouvernementales apportent des changements concrets pour une réelle égalité entre les femmes et les hommes, et entre les femmes elles-mêmes. Depuis l’élection de la CAQ, deux ministres se sont succédé à la Condition féminine. Pourtant, nous ne savons toujours pas ce que compte faire ce gouvernement pour enfin atteindre l’égalité que nous demandons depuis si longtemps.

La Journée internationale des droits des femmes 2019 doit être festive et refléter la solidarité qui nous lie, toutes et tous. Mais surtout, elle doit être l’occasion de nous rappeler qu’il reste encore de nombreuses luttes à mener et qu’il faut, ensemble, se donner les moyens de les conduire à terme.

Bon 8 mars !

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5 commentaires
  • Raynald Blais - Abonné 8 mars 2019 06 h 29

    "L’égalité de droit est certes atteinte..."

    S'il "...reste encore de nombreuses luttes à mener", précise la vice-présidente de la CSN, elles viseront à réaliser en pratique l'égalité femmes-hommes, déjà atteinte en droit. Et ces luttes devront se mener, semble-t-il, principalement dans les comités, organismes, commissions, etc., créés (ou à créer) afin que "...les politiques gouvernementales [déjà adoptées] apportent des changements concrets". Il faut bien "...se donner les moyens de les conduire à terme", ces politiques, écrit-elle.

    Les centrales syndicales en général, et la CSN en particulier, seront d'une aide indispensable pour réaliser ce programme de défense des droits des femmes. Elles sont des bassins inépuisables de personnes-ressources pouvant siéger sur ces instances qui auront mandat de concrétiser l'égalité reconnue en droit, celle entre les femmes et les hommes.

    Quant aux luttes pour l'égalité "...entre les femmes elles-mêmes" (parce qu'il y en aura évidemment), elles semblent être laissées à la concurrence, inévitable sous le capitalisme, entre des femmes qui sont "plurielles" , "uniques", des "individus à part entière"... ou plutôt, elles semblent être laissées à la responsabilité de démunis organismes communautaires.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 8 mars 2019 08 h 28

    L'auteure écrit :

    « Elles sont grandes, petites, rousses, brunettes, filiformes ou tout en rondeurs. »

    Sur la photo, il n'y a pas une seule femme « tout en rondeurs », surtout pas d'obèses, alors qu'elles sont nombreuses dans notre société, comme pour les hommes. En revanche, il s'y trouve une femme voilée. Qu'est-ce qu'elle fait là, grand dieu ?

  • Yves Corbeil - Inscrit 8 mars 2019 09 h 23

    Moi si j'étais une femme, je serais seulement moi-même

    Je regarde ce genre de message qui innonde les ondes et me dis que personne doit décidé à votre place. Soyez vous même avec vos forces et faiblesses, c'est ce qui vous singularise et vous rend unique et belle comme personne. Et vous savez quoi, la journée de la femme c'est à tous le jours comme la journée des hommes. C'est nous seul qui décidons qu'il en soit ainsi et les barrières sont souvent dans notre tête car nous les acceptons au départ, enfin en occident.

    https://www.lesoleil.com/la-vitrine/emplois-davenir/metiers-les-plus-demandes-cinq-raisons-dopter-pour-une-formation-professionnelle-ou-une-formation-technique-0fa4f65ec1785cb7bd26f422a474a627

    Bonne journée, demain aussi et tous les autres jours de l'année.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 8 mars 2019 13 h 16

    Bon 8 mars à toutes, à tous !

    « La Journée internationale des droits des femmes 2019 doit être festive et refléter la solidarité qui nous lie, toutes et tous. Mais surtout, elle doit être l’occasion de nous rappeler » (Véronique De Sève, Vice-présidente, CSN)

    De cette citation, douceur une :

    Quand on voit des femmes bafouer ou se faire bafouer par le monde des droits ;

    Quand on observe le peu d’évolution en matières de droits à l’Égalité, et ;

    Quand on regarde des femmes travailler dur pour se faire respecter par des droits inexistants ou douteux, une telle Journée des Droits des Femmes demeure la bienvenue, et ce, tous les jours !

    Bon 8 mars à toutes, à tous ! - 8 mars 2019 -

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 9 mars 2019 23 h 59

    Mesdames Lioudmyla Pavlitchenko (1916 - 1974), Natalia Kovchova (1920-1942), Mariia Polivanova (1922-1942) …

    Songeons à ces jeunes femmes soviétiques qui ont participé à bouter la Peste brune hors de l'URSS, contribuant ainsi à la victoire des Alliées.

    Parmi les quelque deux mille femmes soviétiques tireuses d'élite dans l'Armé rouge lors de la Seconde Guerre mondiale, Mme Lioudmyla Pavlitchenko est créditée du record féminin de trois cent neuf nazis.

    Quant au binôme Natalia Kovchova et Mariia Polivanova, il est crédité de trois cents nazis.

    P.-S.: Une pensée aussi pour les miliciennes de l'Armée populaire à la défense de la République espagnole.