Les cinq conditions du succès des soins dentaires pour les aînés

«Il est primordial que tous soient sensibilisés à l’importance des soins quotidiens de la bouche, la santé bucco-dentaire étant partie intégrante et indissociable de la santé globale», rappelle l'ACDQ. 
Photo: John Wessels Agence France-Presse «Il est primordial que tous soient sensibilisés à l’importance des soins quotidiens de la bouche, la santé bucco-dentaire étant partie intégrante et indissociable de la santé globale», rappelle l'ACDQ. 

Dans une unanimité rarement vue, l’ensemble des professions et métiers du domaine de la santé bucco-dentaire a applaudi à la décision de la ministre Marguerite Blais de lancer un nouveau programme d’accès aux soins dentaires pour les aînés en CHSLD.

L’Association des chirurgiens-dentistes du Québec (ACDQ) ne fait pas exception, car elle y voit la reconnaissance de ce qui est un grand préalable : il est primordial que tous soient sensibilisés à l’importance des soins quotidiens de la bouche, la santé bucco-dentaire étant partie intégrante et indissociable de la santé globale. Il reste maintenant à la faire partager par tous.

De l’intention au concret

Cela étant, au-delà de l’annonce de la mesure elle-même, il importe de regarder de plus près ses modalités d’implantation de manière à ce que les intentions se concrétisent en des soins de qualité. Cinq éléments méritent d’être évoqués.

En premier lieu, l’universalité. C’est indiscutablement une très belle initiative que d’améliorer les soins dentaires aux aînés en CHSLD. Mais à l’heure où le gouvernement encourage de plus en plus les aînés à vivre à domicile, il faut implanter aussi des mesures équivalentes et adaptées à ceux qui ont choisi de demeurer chez eux. Par leur choix, ils soulagent grandement le système de santé. Ils ne doivent pas être pénalisés pour autant.

En second lieu, l’efficacité. Il existe quelques dentistes « missionnaires » qui font déjà des visites à domicile et en CHSLD pour offrir des soins dentaires. Il faut souligner leur apport remarquable, mais aussi apprendre de leur expérience. Ceux-ci disposent d’un équipement portable : fauteuil de traitement, matériel mobile, compresseur, lampe, etc. qu’ils doivent, pour l’heure, transporter et installer eux-mêmes. Dans un souci d’efficacité, ce travail pourrait être facilement effectué par des préposés. Cela permettrait aux dentistes de se consacrer entièrement à l’examen, au diagnostic et au plan de traitement, préalables indispensables à l’offre des soins bucco-dentaires et pour lesquels ils sont les seuls à avoir la formation requise.

En troisième lieu, la difficulté. Il faut en effet savoir que l’on ne peut comparer la nature des soins bucco-dentaires aux aînés en CHSLD à celle de ceux que l’on donne à la population en général. Une grande majorité des aînés sont même difficiles à examiner notamment à cause de problèmes cognitifs, d’une mobilité réduite, de troubles neurologiques. Une organisation des soins adaptés à leur situation est essentielle.

En quatrième lieu, la spécialité. On entend beaucoup parler ces derniers temps de délégation d’actes des médecins vers les infirmières praticiennes spécialisées (IPS) ou vers les pharmaciens, et cela est bien normal. De fait, tant les unes que les autres ont une formation qui leur permet de poser les gestes qui leur seront délégués. La délégation des médecins se fait vers les IPS qui ont au moins un diplôme de premier cycle universitaire. Il en va de même dans le domaine de la santé bucco-dentaire où une délégation équivalente pourrait avoir lieu lorsque nos hygiénistes auront la formation nécessaire pour assumer de telles responsabilités, comme c’est le cas de leurs collègues des provinces où elles peuvent travailler sans la supervision d’un dentiste. Il ne s’agit ici que de formation à la hauteur des responsabilités à assumer pour assurer la qualité des soins bucco-dentaires.

Enfin, et c’est fondamental, la qualité. En CHSLD ou à domicile, les aînés ont droit à des services de qualité ; tous doivent avoir accès à l’examen, au diagnostic et au plan de traitement du dentiste qui oeuvrera avec les autres professionnels de soins dentaires, exactement sur le modèle qui prévaut actuellement dans les cliniques dentaires privées dont l’efficacité et la qualité sont reconnues par tous. Dans nos cliniques, tout le monde travaille en équipe, dans le respect mutuel des champs de compétences et l’harmonie. C’est le modèle à suivre.

Les aînés ne sont pas des patients de second ordre ; il faut en prendre bien soin et la dernière chose dont ils ont besoin, c’est un nouveau problème de « maltraitance ».

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5 commentaires
  • Claude Saint-Jarre - Abonné 6 mars 2019 08 h 12

    Merci

    Merci pour ces considérations. Les soins gratuits dentaires, aux aînées, une bonne idée et économiquement viable en plus. En passant, ce serait bon égalemetn une Loi Environnement -santé pour diminuer les maladies chroniques et donc le budget de la santé ( 40%). Lire sérieusement le livre: Toxique planète. Nous sommes en épidémie de maladies chroniques!

  • Pierre Raymond - Abonné 6 mars 2019 09 h 16

    Et les autres...

    À causes des coûts, plusieurs personnes agées autonomes vivant des pensions gouvernementales de bases ne peuvent s'offrir leurs dernières prothèses dentaires.
    Il faudrait peut-être penser à elles !

  • Jeannine I. Delorme - Abonnée 6 mars 2019 11 h 52

    Soins dentaires

    Je suis d'accord avec vous Monsieur Raymond, les patients d'un CHSLD sont en fin de vie et les autres ? Les personnes âgées autonomes mais pauvres, n'ayant pour vivre que les pensions du gouvernement ne peuvent assumer les coûts exhorbitants des soins dentaires. Serait-ce possible qu'on pense à eux aussi ? Il me semble que le besoin est plus criant ques les pensionnaires d'un CHSLD ...

  • Andrée Le Blanc - Abonnée 6 mars 2019 15 h 25

    Une distorsion de base à clarifier

    Dans son paragraphe sur l'universalité, Dr Langlois veut sensibiliser aux besoins des aînés ne vivant pas en CHSLD, ce qui est tout-à fait juste. Mais ce faisant, il introduit une fausseté comme prémisse en arguant " ( ) ceux qui ont choisi de demeurer chez eux. Par leur choix, ils soulagent grandement le système de santé. Ils n'ont pas à être pénalisés". Il faut connaître l'état de dégradation de la santé qu'il faut avoir atteint pour être admis en CHSLD public (ou ne pas payer un prix exorbitant par mois en CHSLD privé) pour savoir qu'il ne s'agit nullement d'un choix. Si cela a déjà été, le CHSLD depuis les années Couillard (qui haussa les seuils d'admissson lorsque ministre de la santé, notamment) est loin d'être une résidence qu'on choisit. On y va lorsqu'on n'a absolument plus d'alternative, que les proches aidants sont en voie de se brûler ou le sont déjà depuis des mois. Parler de choix dans cette situation m'apparait complètement erroné. Au plan de l'universalité, il ne faudrait pas oublier non plus les personnes âgées confiées aux soins de sous-contractants du ministère, les ressources intermédiaires...
    Pour terminer, je ne trouve pas très heureuse cette qualification de "missionnaires" concernant ces dentistes qui sortent du confort de bureaux privés pour donner des soins à des clientèles démunies, difficiles à examiner et à traiter pour une foule de raisons. Je salue plutôt leur engagement !

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 6 mars 2019 18 h 43

    « Couverture universelle»…



    … Ne signifie pas que tous les services sont couverts.

    On couvre le plombage par amalgame, mais à notre époque les dentistes recourent à la céramique…

    Je présume que les services couverts se limiteront à un nettoyage annuel, à des plombages par amalgame et à des extractions.