L’Algérie, le nouvel espoir?

Une manifestation contre la candidature de Bouteflika le 1er mars, à Oran
Photo: Agence France-Presse Une manifestation contre la candidature de Bouteflika le 1er mars, à Oran

Travailler sur le monde arabo-musulman relève souvent de la gageure. Il faut une sacrée dose d’espoir et d’optimisme. Depuis un siècle, l’ingérence occidentale, la création du problème israélo-palestinien, les guerres de décolonisation, les différentes guerres israélo-arabes, l’échec du panarabisme et du nassérisme, les dictatures de Saddam Hussein, d’Hafez el-Assad et de Mouammar Kadhafi, les invasions et les destructions de pays de l’Afghanistan à l’Irak en passant par la Libye et la Syrie, les Printemps arabes évanouis aussitôt, les révolutions aboutissant au retour de l’autoritarisme ou de l’islamisme, les tragiques vagues migratoires inhumainement réglées par l’Europe, le terrorisme et la radicalisation qui gagnent désormais l’Europe.

Parfois, on se demande d’où peut surgir l’espoir dans une région engluée depuis des décennies dans la tourmente et l’instabilité. Chacun a sa part de responsabilités, les dictateurs comme les soutiens aux dictatures. L’heure de la victimisation ne peut éternellement pour autant durer.

Mais à chaque sursaut ou chaque mouvement d’un corps à l’agonie, on espère et on attend. On passe en réalité sa vie à attendre ce changement dans la durée. Malheureusement, même si cela est dur, il ne faudrait pas, pour reprendre une expression de Jean-Paul Sartre, désespérer des « mondes arabo-musulmans ».

Espoirs de printemps

Nous avons tous, après les « Printemps arabes » dès 2010 en Tunisie et en Égypte, espéré ce fameux vent de démocratisation et de libéralisation avant tout pour la région, mais également de manière intéressée pour nous. Sécurité du monde arabe égale sécurité pour le Vieux Continent.

À part la Tunisie, « laboratoire de la transition démocratique », qui se démène corps et âme dans les affres d’une démocratie « comme les autres », malgré une crise économique qui à terme sera le nouvel enjeu de la stabilité du pays, l’ensemble de la région, du Maghreb au Machrek en passant par le Golfe, patauge dans la boue, et pas que dans le pétrole. La Libye est dans le chaos, la Syrie se remet doucement, le Yémen voit ses jeunes mourir par dizaines de milliers.

L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis « blacklistent » le Qatar, amorcent l’effondrement du Conseil de coopération du Golfe et mènent une guerre fratricide au Yémen au nom du maintien de leur zone d’influence. Et par-ci par-là, les jeunesses qui sont l’avenir de la région ruminent et bruissent.

Les jeunes au Maroc s’impatientent devant la lenteur du changement sociétal et éducatif et pas que politique. La Tunisie regarde l’approche des présidentielles avec crainte alors que la succession de Beji Caïd Essebsi est ouverte. L’Égypte autoritaire de Sissi est pire que celle de Moubarak. La Turquie d’Erdogan se transforme en califat panottomanique et hystérique.

La panique gagne le plus grand pays d’Afrique désormais, celui qui, longtemps après 1962, a été ce modèle révolutionnaire, ce phare de la libération coloniale, ce pays que Le Point avait qualifié l’année dernière de « pays le plus mystérieux du monde ». Un si beau pays comme l’Algérie, c’est bien triste. Peut-on espérer à nouveau, ou devenir blasé quant au moindre espoir de changement ?

Un autre avenir pour l’Algérie

Les dernières manifestations pacifiques sous tension à l’approche de l’élection algérienne en avril prochain sont la preuve que les seuls capables de changement dans la région sont ceux qui la construiront : les jeunes. Jusque-là, aucun mouvement n’avait suscité autant d’engouement en Algérie depuis les quatre mandats d’Abdelaziz Bouteflika.

Trop longtemps, au nom d’une peur du retour du chaos largement instrumentalisé et exploité par le pouvoir, le régime algérien a refusé d’imaginer un autre futur que le sien. Exit l’intérêt général, exit la renaissance d’un pays phare pour le monde arabe. Désormais, le 5e mandat est clairement rejeté et les jeunes Algériens sont prêts à prendre leur destin en main, après des années d’inertie.

Que peut-on espérer ? Une transition en douceur, un homme de compromis, une débouteflikisation du régime. Ces prochains jours seront cruciaux pour le pays, mais également pour nous. L’Algérie est le nouveau baromètre de l’état de santé du monde arabe, au plus bas depuis des années. Nous, chercheurs ou simples passionnés, pouvons-nous à nouveau espérer quelque chose ? Je me plais à y croire ces dernières heures.

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6 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 4 mars 2019 06 h 52

    Un «Dr ou un PhD» qui écrit que : «L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis «blacklistent»...

    Mettre au ban... «Ont mis au ban». Misère! Le «Korecteur» externe du journal «Le Devoir» donne-t-il son «imprimatur»? Je blague. Bref.

    JHS Baril

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 4 mars 2019 09 h 42

      Attention, le mot a été mis entre guillemets.

    • André Joyal - Abonné 4 mars 2019 10 h 03

      Je blackliste, tu blacklistes, il blakliste... Il aurait fallu que l'auteur balckluste ce mot, mais encore aurait-il fallu qu'il le susse.

  • Michel Blondin - Abonné 4 mars 2019 09 h 47

    En quoi le Québec est dans ces jours cruciaux!

    "Ces prochains jours seront cruciaux pour le pays, mais également pour NOUS." Ah bon!

    Ce n'est pas parce que 150 000 maghrébin ont immigrés au Canada dont plus 80% au Québec entre 2006 et 2016 que les problèmes de l'Algérie sont cruciaux au point de dire ce NOUS.
    En dix ans l’augmentation de 60% de parlant arabe ne fait pas du Québec un peuple arabe. N’empêche que plusieurs s’approprient le NOUS comme si on avait vécu à Alger.
    Je m’interroge vraiment sur ce NOUS.
    Je réitère que le Québec est pris par de graves problèmes de soumission au Canada centrale dont la constitution raciste envers le peuple francophone est boudé par un monde qui préfère le multiculturalisme dont ce nourri plusieurs magrébins. De confession musulmane à 99% et confessant la suprématie de leur religion inscrite en haut des constitutions dans leur pays d’origine, plusieurs préfèrent importer leurs malheureuses habitudes d'ailleurs et devenir sourds aux nôtres.
    Prenons SNC Lavalin. Partout les compétiteurs de nos fleurons du Québec construisent aussi des prisons et frayent avec des régimes totalitaires comme dans ces Algérie du monde et sont autant complices d’atrocités humaines insupportables. Tous s’en sortent, partout. La ministre de la Justice n’a pas fourni les juges nécessaires au Québec pour rendre et déclarer coupables les bandits à cravates de ces mêmes firmes. L’arrêt Jordan a fait son œuvre. Il faut juger cette ministre à ces actes. Quand elle casse du sucre sur le dos du Québec, c’est tous nos hommes d’affaires qui sont trompés et trahis. C’est un grave problème qui interpelle le NOUS.
    Le monde est au bord de graves problèmes. Les Vénézuéliens meurent dans la rue, de faim et misère. Des millions de personnes s'enfuient de leur pays natal. Ce problème du monde est crucial mais pas le cas d’une manifestation électorale d’un pays corrompu à l’os au point de dire que c’est crucial et de NOUS l’intégrer comme si c’était notre problème. Il y a un monde de différence. NOUS? NON.

    • Cyril Dionne - Abonné 4 mars 2019 10 h 16

      Bien d'accord avec vous M. Blondin. Nous n'avons rien à cirer des théocraties musulmanes. Nous ne sommes pas Algériens. Qu'ils composent avec leurs problèmes et la France aussi et qu'ils nous laissent la Sainte paix.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 4 mars 2019 19 h 15

    « (…) l’ingérence occidentale (…)» (Sébastien Boussois)

    J'ai arrêté la lecture de votre lettre dès que j'ai lu l'extrait cité en titre.

    C'est à l'ingérence (sic) de l'Arabie, que le Maghreb doit sa langue, sa foi et sa féodalité…

    Par ailleurs, de mon côté j'ai connu l'Algérie de la Couronne nord parisienne ainsi que celle de la région montréalaise et j'ai eu un aperçu de celle de Trois-Rivières, ce qui me suffit pour me désintéresser de celle de l'Afrique du nord.