L’efficacité du registre des armes à feu ne peut être établie avec certitude

«Un registre n’est par contre utile que lorsqu’une intervention est nécessaire et ne concerne donc qu’une minorité d’individus», rappelle l'auteur.
Photo: David De Lossy / Photodisc «Un registre n’est par contre utile que lorsqu’une intervention est nécessaire et ne concerne donc qu’une minorité d’individus», rappelle l'auteur.

J’ai lu avec intérêt le texte « Armes et santé mentale ? Faux débat ! » (Le Devoir, 15 février 2019).

S’il est vrai que « l’ensemble des mesures fédérales adoptées à la suite de la tuerie à Polytechnique, dont l’enregistrement de toutes les armes, a été associé à une baisse des suicides par arme à feu », il est toutefois très difficile d’évaluer la contribution exacte de la mise en place d’un registre des armes à feu à la diminution des suicides par cette méthode. La raison est simple : la loi (C-68) qui contraignait tous les propriétaires d’armes à feu sans restriction (fusil et carabine de chasse) à inscrire leurs armes dans le registre canadien des armes à feu obligeait (et oblige encore) aussi les propriétaires à détenir un permis de possession d’arme à feu.

La délivrance d’un permis est conditionnelle à la réussite d’un cours de sécurité dans le maniement des armes à feu. Le permis doit être renouvelé tous les cinq ans et est révocable. De plus, ce permis n’est accordé qu’après vérification des antécédents personnels et judiciaires du demandeur et après confirmation auprès de deux personnes de son entourage qu’il n’y a pas de raison d’empêcher le demandeur de posséder une arme à feu.

Puisque l’obligation d’enregistrer toutes ses armes et l’obligation de détenir un permis de possession ont été instaurées en même temps, il n’est pas possible de déterminer avec certitude si les bienfaits attribués à la loi C-68 résultent de l’une ou de l’autre de ces mesures, ou de la combinaison des deux.

L’obligation de détenir un permis de possession demeure en vigueur même si le registre canadien des armes à feu a été aboli en 2012 et constitue peut-être la mesure qui a eu le plus grand impact bénéfique, car elle concerne tous les individus et représente un moyen de prévention à la source. De plus, cette obligation ne génère aucune controverse.

Un registre n’est par contre utile que lorsqu’une intervention est nécessaire et ne concerne donc qu’une minorité d’individus. Les forces policières et d’autres groupes vantent sans relâche les mérites d’un registre, mais passent sous silence les problèmes de validité de l’information recueillie dans la base de données ainsi que le risque d’un faux sentiment de sécurité qu’un registre peut engendrer.

La mise en place du registre québécois des armes à feu permettra peut-être d’évaluer les bienfaits spécifiquement attribuables à la disponibilité d’un registre pour les armes à feu sans restriction. Il sera alors possible de comparer les données québécoises sur les crimes et suicides par armes à feu avec celles des autres provinces canadiennes, où il n’y a pas de registre.

C’est là une des raisons pour lesquelles les propriétaires d’armes à feu, dont je suis, devraient inscrire leurs armes dans le registre québécois des armes à feu. Mais il faudra aussi que, dans 5 ou 10 ans, les politiciens aient le courage d’évaluer objectivement les bénéfices réels de cette mesure ainsi que son coût.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

6 commentaires
  • André Veilleux - Inscrit 2 mars 2019 01 h 40

    Efficacité du registre

    Après 5 ou 10 ans, une dépense d'une centaine de millions, une efficacité complètement nulle, ne serait-ce qu'en raison d'une inscription au registre ne dépassant 50% de l'ensemble des armes non restreintes appartenant à des chasseurs, tireurs, collectionneurs, n'ayant pour 99,99% rien à voir avec les crimes par armes à feu, ce registre prendra le même chemin que celui du Fédéral. Dommage que nous ne puissions rien changer à ce gaspillage d'ici là.

  • Gilles Bonin - Abonné 2 mars 2019 08 h 06

    Son inefficacité

    non plus... Vaut mieux prévenir que guérir (et dans le cas qui nous préoccupe, souvent il est trop tard pour prévenir, le fatal, le létal est passé par là).

    • Yves Lefrançois - Abonné 2 mars 2019 23 h 28

      100 millions!!! Vous avez pas envie de cesser cette enflure financière.

  • André Labelle - Abonné 2 mars 2019 09 h 33

    ET LES VÉHICULES ALORS ?

    Tout ce que l'auteur dit des armes à feu peut s'appliquer aux véhicules motorisés.
    Pour conduire un véhicule il faut un permis de conducteur issu à la suite d'une formation et d'un examen théorique et pratique.
    Le véhicule doit être immatriculé donc enregistré.

    Pourtant on ne vous entend pas chialer contre l'obligation d'immatriculer vos véhicules. C'est là le signe chez les chasseurs d'une idéologie particulière qui cotoie les anarchistes : trop de règles, trop de lois jamais assez de liberté.

    «Une fois qu'on a passé les bornes, il n'y a plus de limites.»
    [Alphonse Allais]

    • Marc Therrien - Abonné 2 mars 2019 17 h 45

      Et Stephan Zweig rétorquerait: “Les monomaniaques de tout poil, les gens qui sont possédés par une seule idée m’ont toujours spécialement intrigué, car plus un esprit se limite, plus il touche par ailleurs à l’infini.”

      Marc Therrien

  • André Veilleux - Inscrit 2 mars 2019 20 h 02

    Les véhicules..

    On enregistre nos véhicules mais l'enregistrement ne fait pas en sorte que ceux-ci deviennent non léthales de par cette mesure.

    Alors qu'on prône l'enregistrement des armes non restreintes avec l'argument qu'elles le seront moins de par un numéro de série rattachés à ceux-ci.. alors que ces dépenses pourraient donner de véritables résultats en les investissant dans la santé mentale, là où il y a un véritable risque qu'une de ces armes soit utilisée à mauvais escient, malgré que les couteaux de cuisine le sont beaucoup plus et mériteraient davantage un registre.

    Pour nous chasseurs, les armes à feu ne sont qu'une source de joie, et d'ailleurs, vous m'excuserai, j'ai une sensationnelle bavette de mon orignal qui m'attend et qui ferait rêver n'importe quel adepte de viande bio.