Un nouveau «Passe-Partout» plus blanc que blanc?

Comme dans l’émission d’origine, les personnages principaux du nouveau «Passe-Partout» sont blancs.
Photo: Karine Dufour Télé-Québec Comme dans l’émission d’origine, les personnages principaux du nouveau «Passe-Partout» sont blancs.

Chère équipe de production de Passe-Partout,

Tout d’abord, je vous félicite pour votre travail : les images télévisuelles et les comptines de Passe-Partout sont belles et adaptées au goût du jour pour des enfants de 9 mois à 5 ans, et le rythme est bon. Belle réussite. Mais…

J’attendais avec hâte et curiosité le renouveau d’une émission-culte qui a su bercer mon enfance dans les années 1990. […] Je suis une personne très importante pour la vingtaine d’élèves qui entrent chaque jour dans ma classe. Vous l’aurez deviné : je suis enseignante. Qui plus est, je n’enseigne pas n’importe où, je le fais sur l’île de Montréal.

Dans ma classe ou celle de n’importe quel autre de mes collègues, vous constaterez qu’il y a au moins 50 % d’élèves issus de communautés ethnoculturelles autres que celle dite des « Québécois de souche », toutes aussi riches et belles les unes que les autres. Mes élèves se distinguent chaque jour en classe par leurs personnalités teintées de leur identité unique, fabuleux mélange de leur culture d’origine et de la culture québécoise. Qu’ils viennent de pays maghrébins, asiatiques, européens ou africains… ils sont tous Québécois. Ma classe est québécoise. Elle n’est pas blanche avec un voisin immigrant qui passe dire « Bonjour ! » pour montrer qu’il existe. Ma classe est un amalgame ethnique, culturel, social de tous genres et de tous horizons. Qu’ils soient de première, de deuxième ou de troisième génération immigrante, ils sont Québécois.

Homogénéité troublante

Ce matin, j’ai regardé cette émission tant attendue par les familles québécoises. Ce qui m’a sauté aux yeux, c’est l’homogénéité de tous les personnages, autant les personnes réelles que les marionnettes. Ils sont tous plus blancs les uns que les autres. Devant cette flagrante blancheur, je me suis demandé si, malgré les belles comptines et les beaux sujets proposés, je serais prête à utiliser ce matériel avec mes élèves pour le contenu éducatif.

Ma réponse a été négative. Non pas en raison du contenu, mais à cause de la non-représentativité. Comment mes élèves pourraient-ils se sentir Québécois […] si on leur présente une émission dans laquelle on ne leur montre que des personnages principaux blancs ?

Je dois avouer que j’ai été déçue en constatant que la seule représentation de la diversité des enfants durait à peine quelques secondes, où des enfants dégustent des pommes… Cela m’a rappelé que les seules fois où l’émission d’origine incluait des personnages d’autres origines, ceux-ci étaient souvent des voisins ou des amis occasionnels. Notamment cette voisine italienne qui venait parler de spaghetti avec Cannelle et Pruneau : un personnage d’une communauté culturelle différente, charriant un gigantesque stéréotype, et dont le passage durait deux minutes…

En 2019, une émission jeunesse éducative devrait être représentative et éviter de dresser un portrait imparfait de ce qu’est un « Québécois », nuisant ainsi de façon indirecte à leur propre sentiment d’appartenance au Québec.

Je viens de Sept-Îles, une magnifique petite ville bordée par deux fabuleuses communautés autochtones. Dans ce petit bout de territoire, un très grand pourcentage de la population est autochtone… Les enfants de cette communauté non plus ne se sentiront ni interpellés ni représentés par l’émission.

Juste avant de partir pour le congé des Fêtes, mes élèves et moi-même avions regardé le film Le grincheux. Après 30 minutes, une élève avait remarqué que tous les personnages étaient blancs et que c’était très peu représentatif. Déjà, en 3e année, cet aspect l’avait frappée. Nous devons développer le regard critique chez nos élèves. Pour ce faire, je ne peux pas, en mon âme et conscience, ne pas être critique moi-même face à des représentations qui pourraient avoir un impact négatif sur mes élèves actuels et futurs. D’où cette lettre.

Vous avez réussi à mettre au goût du jour une de nos émissions jeunesse cultes. Cependant, vous avez échoué à offrir aux enfants une représentation réaliste de la diversité ethnoculturelle qui les définit. Pour cette raison, au préscolaire, vous ne serez pas dans ma classe. […] Ma responsabilité, comme enseignante, est de m’assurer que ces enfants qui passeront dans ma classe se sentent inclus, représentés, acceptés et que, malgré les formes de racisme qui subsistent […], ils se sentent Québécois à part entière, autant que vous, autant que moi. Malheureusement, on ne le sent pas dans Passe-Partout.

Bonne chance pour la suite.

Une enseignante parmi tant d’autres.

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79 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 28 février 2019 01 h 45

    Le «contenant» et le «contenu» en absence de lumière. (!)

    Vous êtes «enseignante»?! Transmettez le savoir. Bonne chance!

    JHS Baril

    • Cyril Dionne - Abonné 28 février 2019 08 h 47

      Bien oui. Encore les méchants blancs francophones qui parlent une langue bien à eux et qui sont d'une blancheur écarlate et claire-obscure. Pas un mot sur le fait que la plupart ont du sang autochtone qui coule dans leurs veines comme moi qui suis aussi un enseignant franco-ontarien. En fait, ce sont les mêmes nouveaux arrivants qui me disaient pourquoi les francophones de cette province devraient avoir des écoles françaises?

      Madame, Montréal n'est pas le Québec. Si nos nouveaux arrivants prenaient le temps de voir le vrai Québec à l'extérieur d'une ville qui semble n'avoir plus rien de québécois, on pourrait se parler. Vous savez, nul besoin de parler français à Montréal.

      Mais ne pleurer pas pour eux chère madame l'enseignante, vos élèves ont tous gardé une partie de leur patrie originale lorsqu'il se connectent à Internet pour suivre l'actualité dans leur pays d'origine. En fait, la technologie leur permet de garder intact leur langue et culture d'origine en faisant leur marche de somnambule multiculturelle et communautarisme vers la ségrégation et la ghettoïsation. Justin en est fier.

      A Rome, on fait comme les Romains. En passant, au Japon où l'immigration n'existe pas et personne ne les traite de racistes, ils ont des émissions pour enfants japonais, par les Japonais et pour les Japonais. Aucun blanc dans ces émissions. C'est "ben" pour dire.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 28 février 2019 12 h 17

      @M. Dionne

      Une méprise commune (je sais, vous y êtes abonné, mais cette fois vous tentez au moins le factuel, maladroitement) :

      "La plupart des communautés autochtones ont toujours été situées à bonne distance des habitats québécois, ce qui mine l'idée de contacts fréquents. En plus, l'Église a toujours découragé les unions mixtes. La proportion de gènes amérindiens dans le bassin génétique des Québécois est donc très faible (moins de 1%), comme l'ont démontré des analyses rigoureuses appuyées sur le fichier de population BALSAC"

      https://www.lapresse.ca/debats/nos-collaborateurs/gerard-bouchard/201502/06/01-4841971-le-faux-sang-indien-des-quebecois.php

    • Cyril Dionne - Abonné 28 février 2019 16 h 11

      Cher M. Lamy-Théberge,

      Les coureurs des bois, mes ancêtres, se sont métissés aux peuples des Premières Nations. Pire encore pour vous, un de mes ancêtres est Louis Riel. Encore pire pour vous, j'ai enseigné aux Autochtones pendant plusieurs années.

      Alors, vous pouvez citer qui voulez parce que probablement, vous faites partie de ceux dont les ancêtres suivaient à la lettre, les dires de ceux II croient aux amis imaginaires. Enfin, vous semblez plus à l'aise à défendre l'indéfendable lorsqu'il en vient aux idéologies politico-religieuses. Comme islamo-gauchiste, vous devriez vous garder une petite gêne si c'est possible dans votre cas.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 28 février 2019 17 h 22

      @ M. Dionne

      Votre formule "les méchants blancs francophones […] la plupart ont du sang autochtone qui coule dans leurs veines". Je vous affirme que c'est faux. Que vous me répondiez pas une anecdote personnelle ne modifie pas le jugement.

      Le reste de votre propos est aussi farfelu que d'habitude. J'ai toutefois le sentiment que l'idéal qui a permis à des autochtones et des colons de cohabiter est à des lieux de la frilosité toxique dont vous témoignez quotidiennement en ces pages.

      Avant de critiquer le Québec, bien représenté ici par Mme. Lord-Beaudin, gardez vous une petite gêne au lieu d'étaler votre lubie d'homogénéité mythique.

    • Cyril Dionne - Abonné 1 mars 2019 10 h 06

      Ce qu'il y a le plus comique dans vos propos vis-à-vis les Autochtones, ce que vous ne les avez jamais côtoyé et alors, vous ne les connaissez point. Alors, c'est facile pour vous de lancer toutes sortes d'insinuations aussi loufoques les unes aux autres. En Abitibi, la grande majorité des francophones sont métissés.

      En passant, les Autochtones n'apprécient guerre que des milliards soient dépensés pour les nouveaux arrivants alors qu'ils croupissent dans la misère. Mais de toute façon, vous ne pouvez pas comprendre puisque vous représentez (vous êtes payez) pour être le porte-parole d'une certaine communauté spécifique comme islamo-gauchiste.

  • Jacques-André Lambert - Abonné 28 février 2019 02 h 00

    Welcome in Justinland

    J’habite une ville québécoise moyenne.

    Chaque nuit, je fais un rêve.

    Un jeune élève d’arrivée récente débarque à l’école de mon quartier (pauvre, il va de soi).
    Quand il rejoint le groupe-classe où on l’a inscrit, il panique : trop de Blancs!

    Ça ne ressemble en rien aux images sur le dépliant d’Immigration-Canada consulté dans l’avion.
    Il s’est trompé de pays. Ou ses parents lui ont menti.

    Lui qui rêvait de Justinland. Ah, Justinland!
    Toutes les races et toutes les langues mélangées...
    Chaque tribu prospérant sur les revenus de la propriété indivise de ses mythes et de ses symboles tribaux.
    Toutes les divinités uniques grillant des loukoums, des joints et des guimauves autour d’un feu de camp sous les aurores montréales et boréales.

    Pour ce jeune immigrant, le cauchemar, chère dame!
    Un local de classe rempli de petits Québécois qui ne parlent ni ne rêvent de l’anglais…
    Quelques Africains, quelques Latinos qui n’ont pas lu la circulaire de Justinland. Ça s’entend à leur accent indigène.
    Mais ils comptent pour peu. Leur français sauvage n’est pas celui de la France.

    - Heureusement, mon jeune immigrant se révolte et sa famille déménage à Toronto.
    Il va bien maintenant. Il va bimtôt recevoir sa citoyenneté canadienne.
    Car je l’ai vu faire un doigt d’honneur à un Franco-Ontarien.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 28 février 2019 12 h 19

      Le symptôme le plus éclatant de notre traumatisme collectif est ce sentiment d'infériorité et de malaise qui nous conduit bêtement à cracher sur nos concitoyens qui cherchent à se présenter à nous pour simplement nous rappeler qu'ils existent.

    • Jean Langevin - Abonné 28 février 2019 12 h 50

      Tellement d'accord M. Lambert. Je retiens votre dernière phrase qui éveille en moi de tristes souvenirs. Mon père à l'âge de 18 ans a quitté sa région de Tweed Ontario pour revenir s'installer au Québec en 1939. Déjà plusieurs générations de mes ancêtres on vu le jour dans cette région. Depuis le moment où ils ont migré de la région de Sorel vers 1850 avec d'autres familles québécoises, (Cournoyer,Laberge,Généreux,Durocher,etc) ils ont été au prise avec les Orangistes de la région et la colonie francophone fut vite amenée au silence et assimilé sous le joug des orangistes. Quand j'entends les anglophones pleurnichards du West Island qui se lamentent d'oppression...
      Donc le doigt d'honneur au Franco-Ontarien, ça ne date pas d'hier. Chez mes ancêtres ontariens assimilés, il date de la moitié du 19ème siècle. Ne serait-ce que pour l'honneur de nos ancêtres, n'oublions pas le passé!

    • Raynald Collard - Abonné 28 février 2019 12 h 54

      Un délice de vous lire, Monsieur. Bien aimé le "dépliant d'Immigration-Canada lu dans l'avion". Je crois moi aussi qu'il faut commencer à en rire de ces absurdités. Je suis atterré de voir qu'une enseignante se fasse coincer dans ce dogmatisme multiculturaliste façon QS.

    • Jean-Henry Noël - Abonné 28 février 2019 14 h 05

      Alors, si j'ai bien compris, parmi la ribambelle d'ethnies, de races vivant au Québec, la vôtre serait d'essence supérieure, par rappport aux nombreuses autres, portion congrue !

    • Jean Lacoursière - Abonné 28 février 2019 14 h 27

      Voici ce que raconte l'ex-gardien de but Gilles Gilbert sur son passage dans la ligue de l'Ontario dans les années 1960. Extrait du Soleil :

      https://www.lesoleil.com/sports/gilles-gilbert-le-masque-dun-big-bad-bruins-4a8bb70a325762afc73ae6d82df4f52e

      «Moi, je voulais jouer pour les Malboros de Toronto. Je me disais que si j’avais une bonne saison en Ontario, mes chances d’être repêché dans la LNH seraient plus grandes. Finalement, j’avais eu un essai de cinq matchs à London, et je suis devenu leur no 1.»

      Seul francophone de l’équipe, il y vivra la pire saison de sa carrière. Personne ne lui parlait.

      «J’avais la moitié de l’autobus pour moi : quand j’y entrais, les gars changeaient de place. Quand j’entrais dans la douche, ils sortaient. Quand on revenait d’un voyage, la seule façon de retourner à ma pension, c’était d’aider le préposé à l’équipement jusqu’à 3h du matin pour qu’il me ramène ensuite pendant que les autres gars qui restaient au même endroit que moi dormaient déjà depuis longtemps. C’était toujours comme ça.»

      Heureusement, les temps ont changé... .

    • Cyril Dionne - Abonné 28 février 2019 16 h 41

      Moi aussi j'ai bien aimé votre petite histoire M. Lambert sauf probablement pour quelques islamo-gauchistes bien connus qui hantent les forums du Devoir. Nul besoin de les nommer.

      La partie qui me touche le plus c'est justement celle du Franco-Ontarien puisque je l'ai vécu à maintes reprises avec nos nouveaux arrivants. Et c'était bien plus qu'un doigt d'honneur; c'était tout simplement du racisme. Ah! J'oubliais, c'est seulement les blancs qui parlent français au pays de Justin qui sont racistes.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 28 février 2019 05 h 01

    « je le fais sur l’île de Montréal » (Dana Lord-Beaudin, enseignante)



    Grand bien vous fasse !

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 28 février 2019 05 h 22

    « 50 % d’élèves issus de communautés ethnoculturelles autres que celle dite des ''Québécois de souche''» (Dana Lord-Beaudin, enseignante)



    Et connaît-on la proportion d'esquimaux qui compose ces «communautés ethnoculturelles»?


    (Bref ! la moitié des élèves sont d'origine étrangère, ce dont je ne me soucie pas; je ne constate que votre formulation pour le moins alambiquée)

  • Benoit Léger - Abonné 28 février 2019 06 h 58

    Passe-Partout passe tout droit

    Je suis loin d'être un adepte du politiquement correct mais dans quel monde vivent les créateurs de Passe-partout?

    • David Cormier - Abonné 28 février 2019 09 h 27

      Pourtant, Fardoche est noir, madame Coucou est magrébine et on voit plusieurs enfants (pas juste ceux qui mangent des pommes, comme le dit l'auteure de ce billet ridicule) de communautés culturelles dans les brèves vidéos de vrais enfants qui entrecoupent les divers sketchs. Et j'aimerais préciser que seuls 3 épisodes ont été diffusés jusqu'à maintenant. Mme Lord-Beaudin cherche des poux.