À la conquête des marchés étrangers: tirer profit de 50 ans de présence du Québec à l’international

«Pour notre gouvernement et dans le contexte de l’ouverture des marchés, réaliser le plein potentiel du Québec dans le monde, c’est prendre aujourd’hui un virage plus économique», affirme l'auteure.
Photo: iStock «Pour notre gouvernement et dans le contexte de l’ouverture des marchés, réaliser le plein potentiel du Québec dans le monde, c’est prendre aujourd’hui un virage plus économique», affirme l'auteure.

Le monde d’aujourd’hui fait face à d’importants défis, notamment la montée du protectionnisme, les crises sociales et l’urgence environnementale. Dans ce contexte et peu avant notre arrivée au gouvernement le 1er octobre dernier, François Legault prononçait à Montréal un discours inspirant ayant pour thème « Prendre notre place dans le monde ». Il jetait les bases sur la façon de tirer profit de 50 ans d’affirmation dans le monde.

Paul Gérin-Lajoie affirmait en 1965 que le Québec pouvait jouer un rôle à l’international « dans tous les domaines qui sont complètement ou partiellement de sa compétence ». Depuis, le Québec s’est doté de 32 représentations dans 18 pays et a signé plus de 700 ententes internationales avec de nombreux pays partenaires. Nous sommes membres de plein droit de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), représentés à l’UNESCO, impliqués activement auprès de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), présents auprès de l’Union européenne et entretenons des relations avec plusieurs organisations internationales et non gouvernementales.

Le Québec a commencé un cycle d’affirmation à l’étranger au moment de la Révolution tranquille en plus de s’être doté, à partir de 1962, d’un ministère des Affaires intergouvernementales, devenu par la suite le ministère des Relations internationales et de la Francophonie. Aujourd’hui encore, alors qu’il vient juste de nous quitter, rappelons-nous l’esprit de la doctrine Gérin-Lajoie selon laquelle le Québec a le privilège de bénéficier d’une personnalité internationale à part entière et a le devoir de réaliser pleinement son potentiel.

Pour notre gouvernement et dans le contexte de l’ouverture des marchés, réaliser le plein potentiel du Québec dans le monde, c’est prendre aujourd’hui un virage plus économique.

Alors que s’offrent à nous plus d’un milliard de nouveaux consommateurs par le biais d’espaces de libre-échange inédits avec l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne et l’Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) entre le Canada et dix autres pays riverains, il est temps de s’ouvrir à de nouveaux horizons. La dernière année a démontré l’importance de diversifier notre action internationale. Actuellement, 70 % de nos exportations sont dirigées vers les États-Unis.

Une stratégie internationale

Une réforme est actuellement menée par mon collègue le ministre Pierre Fitzgibbon afin de revoir le rôle du ministère de l’Économie et de l’Innovation et celui d’Investissement Québec. Il s’agit d’une pièce maîtresse d’une vision beaucoup plus large qui prévoit une meilleure coordination des différents ministères et partenaires, notamment le Tourisme et l’Alliance de l’industrie touristique, le MAPAQ, l’Immigration, la Culture et Hydro-Québec.

Le Québec possède de nombreux atouts. Des ressources naturelles abondantes, un réseau de mobilité incroyable, des politiques publiques progressistes, une fiscalité prévisible et stable, une politique d’immigration arrimée aux besoins de main-d’oeuvre et une faible empreinte carbone : notre potentiel d’attraction d’investissements est sans limites !

Montréal, notre locomotive

La ville de Montréal, avec ses nombreux atouts, sera notre locomotive à l’international. Quant à Québec, berceau du fait français en Amérique du Nord, nous allons reconnaître son statut de capitale nationale dans notre vision. Le Québec et l’ensemble de ses villes doivent apprendre à travailler davantage ensemble.

Les délégations du Québec à l’étranger ont toujours été les enceintes acoustiques de la voix du Québec dans le monde. Le temps est venu pour nos délégations de se réinventer physiquement en prenant le virage numérique, en offrant des espaces ouverts de collaboration accessibles à nos clientèles, pour être de véritables vitrines économiques à l’international. Ce seront les délégations du futur. Elles auront accès aux connaissances et disposeront des ressources requises pour appuyer les entreprises, les villes et les autres partenaires.

Aussi, notre réseau diplomatique ne servira plus d’outil de récompense politique. En nous inspirant des meilleures pratiques dans le monde, nous pourrons mieux sélectionner et former nos représentants à l’étranger. Un Institut de la diplomatie sera mis en place.

Cette réforme sans précédent va s’appuyer sur une mise à jour de la Politique internationale du Québec prévue pour le printemps, qui misera sur l’économie et ses multiples facettes, l’économie verte, l’éducation, la jeunesse et la transition énergétique.

Nous poursuivrons également ce dans quoi nous excellons : les relations bilatérales, les ententes de coopération et de solidarité, et les efforts économiques. L’OIF est le principal forum multilatéral dans lequel nous évoluons. La pression nécessaire pour qu’elle se modernise et joue un rôle plus économique sera maintenue. Le Québec s’y est engagé à Erevan.

De même, si nous sommes un joueur sérieux en matière de francophonie, nous ne pouvons plus ignorer l’Afrique et ses défis. En 2100, 40 % de la population mondiale sera sur ce continent. Aussi, sur les 88 membres de l’OIF, 34 États et gouvernements y sont situés. C’est pourquoi nous développerons une véritable vision Afrique.

Voici comment nous prendrons notre place dans le monde d’aujourd’hui. Nous allons tirer profit de 50 ans d’affirmation pour partir à la conquête des marchés étrangers. Bien que nous poursuivions nos efforts bilatéraux et multilatéraux, nous allons procéder à une importante réforme de notre action internationale. Je compte sur vous, sur votre appui.

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2 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 23 février 2019 07 h 57

    Il y a 50 ans, Paul Gérin-Lajoie démissionne du gouvernement Lesage, devient professeur invité à l’Université d’Ottawa puis, en 1970, président de l’Agence canadienne de développement international.

    Entre l’élaboration des principes de sa doctrine, il y eut la défaite du PLQ en 1966 aux mains de l’UN, la déclaration en 1967 du Général de Gaule, le départ de Lévesque du PLQ, la mort de Daniel Johnson en 1968 et la création du PQ la même année.

    La doctrine Gérin-Lajoie, activée en 1968 au Gabon sans la présence du gouvernement fédéral à la Conférence internationale des ministres de l’éducation, fut par la suite encadrée pour que cela ne se reproduise plus. La doctrine devint alors une affaire canadienne.

    La loi 99 du gouvernement Bouchard l’a réaffirma à l’article 7 en stipulant que le Québec ne peut être engagé sans le consentement de l’Assemblée nationale ou du gouvernement à des conventions qui concernent ses domaines de compétence. Par ailleurs, l’article réaffirme la doctrine Gérin-Lajoie, qu’a fait aussi le gouvernement Charest en 2004.

    Ces précisions n’ont pas exclu l’encadrement canadien. De fait, les seuls changements furent une diminution de l’enveloppe budgétaire et une orientation économique accentuée là où le Québec est encore présent.

    Que le gouvernement Legault entende renforcer la présence du Québec sur la scène internationale, faire la promotion du Québec auprès d’entreprises étrangères et favoriser l’expansion d’entreprises du Québec sur la scène internationale, il n’y a là qu’une continuité dans le cadre canadien défini en 1970.

    Pour que le Québec soit présent sans tuteur sur la scène internationale et au-delà de ses compétences provinciales, la seule façon est de devenir un État indépendant reconnu. Sans ce statut, il ne fera qu’actualiser une doctrine supervisée au Canada au profit d'un entreprenariat d'un entreprensriat local et d'entreprises étrangères.

  • Pierre Fortin - Abonné 23 février 2019 16 h 22

    Qui ne dit mot consent


    Madame la Ministre,

    Tout comme vous je me réjouis que le Québec ait sa personnalité internationale propre grâce à la Doctrine Gérin-Lajoie et que ses délégations à l'étranger établissent de saines et fructueuses relations. Mais, affirmer que « réaliser le plein potentiel du Québec dans le monde, c’est prendre aujourd’hui un virage plus économique », me semble un peu limitatif en ce sens que le rayonnement du Québec à l'international ne saurait se limiter à l'économie. Qu'on pense seulement au Père Georges-Henri Lévesque qui a amplement contribué aux développement des facultés des sciences sociales en Afrique ou même en Espagne à l'université de Salamanque en y faisant rayonner le Québec.

    Bien sûr, les compétences du Québec à l'intérieur du Canada n'incluent pas les affaires étrangères et la politique extérieure. Mais est-il pour autant interdit à l'État québécois de se prononcer sur les orientations dont la responsabilité constitutionnelle revient au seul gouvernement fédéral ?

    Le Canada d'aujourd'hui n'est plus celui de Lester B. Pearson et des casques bleus et ses diplomates ne contribuent plus à résoudre les conflits sur la planète. Le Canada est désormais résolument engagé sur la politique US de belligérance. Depuis le congédiement brutal de Stéphane Dion, qui proposait le dialogue avec notre voisin nordique la Russie, on se retrouve en conflit avec la Chine, la Russie, l'Arabie saoudite, etc. et c'est le Venezuela qui en fait aujourd'hui les frais.

    Il est désolant que le texte du professeur Claude Morin de l'U. de Montréal " Le Canada est-il complice d’un coup d’État au Venezuela? " (Le Devoir, 6 février 2019) n'ait pas reçu un meilleur accueil et qu'on fasse silence sur ce qui est, qu'on le veuille ou non, notre responsabilité. Le Québec n'a peut-être pas la compétence des affaires étrangères, mais il a son mot à dire car c'est bien en son nom que le Canada se permet d'agir comme il le fait.