Les mythes économiques quant à l’immigration

L’arrivée d’immigrants augmente la taille du marché du travail.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’arrivée d’immigrants augmente la taille du marché du travail.

Dans la foulée de l’annonce du projet de loi 9 quant à l’intégration des immigrants au Québec, il est nécessaire de déboulonner les mythes qui circulent dans la sphère publique au sujet de l’immigration. Il y a trois grands mythes qui doivent cesser de circuler.

Premièrement, nombreux sont ceux qui affirment que les immigrants sont un « drain fiscal » — c’est-à-dire que les dépenses allouées aux immigrants surpassent les revenus. Strictement parlant, c’est vrai — mais seulement de 500 $ par année, selon des économistes de l’Université Simon Fraser. Cependant, cela n’implique pas que les immigrants n’augmentent pas de manière nette les revenus de l’État.

La plupart des études montrent qu’il existe en fait des effets bénéfiques modestes pour la population d’accueil. L’arrivée d’immigrants augmente la taille du marché et ouvre des possibilités de spécialisation additionnelles (qui n’existaient pas avant). Comme la spécialisation nous enrichit en nous permettant de nous concentrer sur ce qu’on fait de mieux, les revenus augmentent. Le montant de 500 $ ne tient donc pas compte des revenus additionnels pour l’État provenant de l’effet modeste sur le revenu des natifs. S’il n’existe pas d’études spécifiques au Québec sur ce mécanisme, les études sur le cas américain montrent que, lorsque l’on tient compte de cette augmentation des revenus, l’immigration n’a aucun effet net sur les finances publiques.

Deuxièmement, on entend souvent des chiffres voulant que les immigrants aient un taux d’emploi inférieur à celui de la population native du Québec, et que ce taux est inférieur à celui des autres provinces canadiennes. Il y a deux problèmes avec cet argument. Tout d’abord, on remarquera que les pays avec des taux élevés d’immigration ont tendance à avoir des taux de chômage plus bas — indépendamment de la différence entre les natifs et les immigrants. Cela résulte du fait que l’immigration augmente notre capacité de spécialisation, et donc notre capacité à produire. Cela augmente autant la demande de travail que l’offre de travail.

Qui plus est, il est important de noter que la différence du taux d’emploi entre les immigrants et les natifs ne dépend pas beaucoup des immigrants eux-mêmes. Le taux d’emploi dépend des politiques réglementaires et fiscales qui réduisent les rendements du travail, de l’entrepreneuriat et de l’épargne. En tenant compte de ces éléments, on peut remarquer que les endroits qui encouragent davantage l’entrepreneuriat et taxent moins les fruits du travail des familles ont aussi tendance à avoir de plus petits écarts entre immigrants et natifs au titre du taux d’emploi.

Troisièmement, il est fréquent d’entendre que les immigrants ne s’intègrent pas et qu’ils ont une culture différente. Ces différences culturelles et ce refus de s’intégrer, selon ceux qui en parlent, détériorent les institutions qui produisent la prospérité économique qui a attiré les immigrants pour commencer. Il s’agit là d’un argument qui contredit tant la logique que les données empiriques. Tout d’abord, lorsqu’un immigrant quitte son pays d’origine, il paie un prix important — celui de laisser derrière lui une bonne partie de sa vie. Ce genre de coût génère un effet de sélection : ceux qui sont prêts à l’assumer sont aussi ceux qui sont les plus susceptibles de déployer tous les efforts possibles pour s’intégrer.

Ensuite, un immigrant fait un choix entre différentes institutions : il rejette le cadre institutionnel du pays qu’il quitte et choisit celui qui améliorera le plus sa qualité de vie. Dans une telle situation, on peut s’attendre à ce que l’immigrant moyen s’oppose fermement aux décisions politiques qui répliqueront les institutions qu’il a quittées. C’est pour cette raison que l’on remarque que l’immigration améliore les indicateurs de qualité des institutions. Par exemple, les immigrants réduisent la corruption dans les pays développés, selon une récente étude produite par des chercheurs de l’Université Texas Tech. Certes, il y a des immigrants qui sont plus réticents à s’intégrer, mais c’est l’exception, non la règle. La plupart des études montrent en fait que les immigrants ont des opinions sur les politiques publiques qui ressemblent largement à celles de la population native du pays. Ainsi, il est donc invraisemblable que l’immigration réduise la qualité des institutions.

Ces trois mythes ne tiennent pas la route — sur le plan tant logique qu’empirique. Tant que ces mythes servent à cadrer les débats sur l’immigration, ils mèneront à des politiques qui empireront la situation tant pour les Québécois que pour les immigrants.

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17 commentaires
  • Sylvain Deschênes - Abonné 12 février 2019 06 h 53

    IEDM frappe encore

    Ah ben! Si c’est pas notre ami Geloso de l’IEDM qui s’est mis un nez de clown pour nous édifier encore sur les vertus du libre marché avec ses affirmations supportées par des « toutes les études démontrent ». L’immigration va où il y a du travail. Les immigrants n’arrivent pas dans des régions en déclin pour les remonter, ils les quittent. S’ils sont formés ou s’ils représentent une grande force d’entrepreneuriat, ils sont des ressources enlevées aux régions en difficultés. Le libre marché y voit son profit.

    • Cyril Dionne - Abonné 12 février 2019 09 h 49

      Curieux tout de même, les chercheurs, Dubreuil et Marois 2011, Grady et Grubel 2015, Paquet 2012, Putnam 2007 et enfin, ceux de l’OCDE 2013, affirment tous le contraire de la thèse avancée par M. Geloso. Sa seule source, c'est « selon des économistes de l’Université Simon Fraser » et ne prend même pas la peine de les nommer. Franchement, quel travail créatif. Il devrait plutôt s’aligner dans le domaine de l’économie fictive.

  • Gilles Bonin - Abonné 12 février 2019 07 h 11

    Rien à redire

    en particulier sur ce texte plutôt limpide. Une seule remarque sur ce qu'on entend ici au Qébec depuis quelques temps. Le discours de fond du besoin de travailleurs pour expliqer l'ouverture à l'immigration, s'il est vrai depuis longtemps et particulièrement vrai ces derniers temps, il faudrait faire attention pour ne pas tomber dans ne certaine hystérie qui confine, à entendre certains discours, à un appel au secours, à une extrême urgence du besoin de main-d'oeuvre qui n'est au fond qu'un appel à un «cheap labor» mal payé, qu'on s'empressera de brocarder quand la demande d'emploi se sera stabilisée.

  • Alain Lavallée - Inscrit 12 février 2019 07 h 35

    Des données d'études précises SVP

    Assez vagues comme commentaires sur l'immigration, parfois en provenance d'études sur le cas des États-Unis. Ce qui n'est pas toujours transférable au Québec et au Canada.
    Parlant d'une étude de l'Univ. Simon Fraser sur les coûts de l'immigration au Canada, il y a aussi celle de Grady et Gruber, qui au contraire évoque que l'immigration serait pour l'économie canadienne un "drain fiscal", un fardeau de l'ordre de 30 milliards $ ces dernières années, comme l'a évoqué CBC.
    http://www.rcinet.ca/immigration-en/2017/03/08/imm

    Sans oublier l'étude magistrale des professeurs Boudarbat et Grenier (CIRANO et Université d'Ottawa) qui ont confirmé que l'immigration avait un effet «possiblement positif, mais assez faible», pourvu que les immigrants s'intègrent bien au Québec et pour un temps long. Malheureusement, encore là, le Québec a de la difficulté à les retenir. Le quart d'entre eux quittent dans les années suivant leur accueil. Ce qui est coûteux pour le Québec, puisque le coût des services rendus aux immigrants durant leur séjour ici est supérieur aux montants des impôts et taxes qu'ils verseront aux gouvernements

  • Mario Jodoin - Abonné 12 février 2019 07 h 36

    Effets bénéfiques modestes?

    Si j'ai bien compris, les effets bénéfiques modestes sur les finances publiques pour la population d’accueil dont parle l'auteur ne portent que sur les recettes et les dépenses annuelles des gouvernements, donc sur des flux. Or, en faisant augmenter la population, l'immigration a aussi un effet sur le stock, soit la dette, en faisant diminuer la dette par habitant. Il s'agit d'un effet bénéfique qu'on oublie souvent.

    • Cyril Dionne - Abonné 12 février 2019 10 h 10

      Vous me faites penser à l’argument des mondialistes écologistes qui nous disent qu’en proportion de la population, les Chinois émettent la moitié moins des GES par personne si on les compare aux Canadiens. Mais on oublie de dire qu’il y a 1 400 millions de Chinois alors que nous sommes seulement 37 millions au Canada et 8 millions au Québec. C’est pour cela que plus de 33% des GES mondiaux sont produits par la Chine. Au Québec, c’est de l’ordre de 0,1%.

      Ceci dit, lorsqu’on augmente la dette, on ne l’a diminue pas même si on augmente le nombre de citoyens par l’immigration. Justin Trudeau fait des déficits sur déficits et l’augmente de façon presque exponentielle. Ce sont chez les petit pays occidentaux où on retrouve les revenus moyens les plus hauts. Et l’augmentation de la population taxe le filet social et les coûts encourus sans parler des écosystèmes marins et terrestres, de la biodiversité, de la pollution atmosphérique et des GES.

    • André Joyal - Abonné 12 février 2019 20 h 49

      M.Dionne, vous vous en prenez à M. Jodoin qui écrit :«...en faisant diminuer la dette par habitant, Il s'agit d'un effet bénéfique qu'on oublie souvent». Vous êtes tombé dans le panneau de M Jodoin, qui a pensé bon d'omettre d'écrire «LOL» convaincu que tout le monde comprendrait son...humour.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 12 février 2019 07 h 48

    Vincent Geloso est un homme de droite et un multiculturaliste ami des Anglais

    Comme pour le PLQ, il est favorable à l'immigration (surtout celle ne parlant pas français) parce qu'elle affaiblit la majorité francophone de souche. C'est le meilleur moyen de préserver le Canada uni et d'abattre l'indépendance.

    En outre, les chiffres et les études qu'il avance ne me semblent pas fiables. Nous ne sommes pas loin de l'infox avec lui.