Penser l’après-Legault

«La CAQ prenant le pouvoir, nous assistons de nouveau à l’apparition d’un parti autonomiste», estime l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «La CAQ prenant le pouvoir, nous assistons de nouveau à l’apparition d’un parti autonomiste», estime l'auteur.

Il est évidemment trop tôt pour songer à la fin de la Coalition avenir Québec (CAQ), et même d’y faire allusion, alors que ce parti est au début de son mandat et que le Parti québécois (PQ) vit des suites de la plus grande défaite de son histoire. Ce titre a simplement pour fonction de rappeler au PQ qu’il est maintenant loin du pouvoir, qu’il a été rejeté par une grande partie de la population et qu’il a quatre ans devant lui pour repenser son avenir.

Dans Le Devoir du 24 janvier, Michel David avait raison de s’inquiéter de l’avenir du Parti québécois et de sa capacité de renouvellement en profondeur. Les membres du PQ ne pourront se contenter de l’activisme politique. Une tâche d’étude, de réflexion et de débats s’impose.

Le soir du 1er octobre fut un soir de grande tristesse pour les sympathisants péquistes, leur entourage et peut-être même pour une grande partie de la population. Le PQ a alors subi une véritable débâcle. Voulant se débarrasser du Parti libéral, c’est comme si la majorité de la population avait souhaité en même temps rayer de la carte le parti des Lévesque, Parizeau, Landry et Marois. Oui, c’était une défaite annoncée depuis longtemps. Sa stratégie d’ensemble n’a pas produit les effets escomptés.

La CAQ, parti autonomiste

La CAQ prenant le pouvoir, nous assistons de nouveau à l’apparition d’un parti autonomiste. Il succède à près de quinze ans d’une politique libéralo-conservatrice des premiers ministres Charest et Couillard, qui se sont bien gardés de toute exigence et de toute demande à l’endroit du gouvernement fédéral. Ce dernier, à la suite du rapatriement de la Constitution de 1982, apparaît désormais comme une sorte de gouvernement de tutelle à l’égard du Québec.

Minimisant cet état de fait, le premier ministre Legault semble s’inscrire dans la lignée de Duplessis et de Lesage en particulier ; ce dernier ayant obtenu des pouvoirs accrus d’Ottawa pour lancer et réussir la Révolution tranquille. Or, depuis cinquante ans, rien ne bouge plus dans la relation Ottawa-Québec. Le premier ministre Legault veut, semble-t-il, secouer le pommier. Peut-être s’apercevra-t-il, après quatre ans de pouvoir, que ce pommier ne peut produire que peu de pommes pour le Québec. Même à long terme.

Le PQ a dès lors un mandat tout tracé devant lui. Pendant que sa députation jouera un rôle de surveillance vis-à-vis du parti au pouvoir, ses membres, dans toutes les régions et sur le plan national, peuvent s’attaquer au renouvellement de leur pensée politique à travers une démarche d’études, de réflexion et de débats. Comme le souhaitait jadis Jacques Parizeau. Ils ont l’occasion de se donner une nouvelle grille de lecture de la situation politique, de même que des nouveaux enjeux auxquels l’État québécois devra faire face.

Ils feront apparaître plus clairement à la population l’état de tutelle permanente auquel est voué l’État québécois. Dès lors, au cours des quatre prochaines années, les membres du PQ pourront en profiter pour approfondir le bien-fondé du projet d’indépendance. Ces travaux s’effectueront dans l’ensemble des régions et seront coordonnés par le national. Les résultats régionaux aboutiront aux instances nationales, puis en Congrès. De là découleront les axes essentiels d’un programme culminant par l’élection d’une ou d’un nouveau chef. En bref, le PQ se doit de ne pas sombrer dans l’activisme politique. Il devra brasser de nouvelles idées à l’intérieur d’une démarche et des mécanismes de participation de ses partisans en lien avec la population.

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8 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 6 février 2019 06 h 15

    À suivre !?!

    En bref, le PQ se doit de ne pas sombrer dans l’activisme politique. Il devra brasser de nouvelles idées à l’intérieur d’une démarche et des mécanismes de participation de ses partisans en lien avec la population. (Philippe Gariépy, Retraité … et Membre, PQ)

    Bien sûr que certes ou selon, mais Comment et Pourquoi penser pendant-Legault ?!?

    À suivre !?! - 6 fév 2019 –

  • Gilles Bousquet - Abonné 6 février 2019 08 h 26

    L'autonomie-nationaliste DANS LE CANADA de la CAQ-Legault

    C'est ça la préférée option constitutionnelle actuelle au Québec, si on se fie aux dernières élections générales, encore très provinciale, qui a porté solidement la CAQ-Legault, au pouvoir : L'autonomie.nationaliste fédéraliste ( DANS LE CANADA ). La souveraineté, l'Independence, la séparation du Québec du Canada, peu moussée par le PQ et le Bloc Québécois, traine la patte à environ 35 %.

    Si le Bloc fait élire 30 députés ou plus et qu'il réussit à faire plier le fédéral sur des demandes du Québec, ça risque de conforter les Québécois DANS LE CANADA pour aider à faire gagner le fédéralisme canadien de la CAQ-Legault et du PLQ. Qui veut quitter un lieu rendu plus confortable ? Quand le Bloc dit qu'il va protéger les intérêts du Québec à Ottawa, il sous-entend qu'il peut le faire et quand le PQ dit qu'il va gouverner le Québec DANS LE CANADA, avec succès, ces 2 partis cautionnent le fédéralisme canadien.

    • Claude Bariteau - Abonné 6 février 2019 11 h 03

      Vous n'avez pas tort.

      Pour penser l'après-CAQ, il faut plutôt un bilan de la présence du PQ sur la scène politique du Québec. Ce bilan devrait mettre en relief l'approche et les vues de ce parti des années 1968 à 2018 et identifier les changements qui s'imposent pour réaliser l'objectif premier qui fut la promotion de l'indépendance du Québec et sa réalisation, Cela implique aussi de recibler l'action du BQ.

      Il importe de situer sur cette trajectoire les faits et gestes du PQ, son ancrage social et la mobilisation qu’il a générée. En ressortira qu’il a misé sur le renforcement de l’État du Québec avec pour appui les « Canadiens français » du Québecet qu'il mit de l'avant des politiques qui eurent des échos sur tous les habitants du Québec mais sans parvenir à déborder le cadre provincial et ses contraintes.

      Si le PQ fait ce bilan, il constatera que cette approche et les vues qui l’alimentèrent l’ont éloigné du projet de pays, ce qui explique qu’il fut coiffé par la CAQ avec l'appui des Québécois/e/s d’origine canadienne-française.

      Il lui faudra alors identifier un alignement qui mène à l’indépendance.

      Ça ne peut se faire qu'avec un projet concret de pays, sa justification historique et actuelle, l'adhésion des futurs citoyens et futures citoyennes quelles que soient leurs origines, un recrutement sur cette base et une mobilisation avec comme cap le pays à créer en précisant son territoire et sa défense, les contours d'un régime politique à adopter collectivement, les liens à privilégier entre ses habitants, la promotion de l’environnement dans les activités économiques et les rapports que le Québec entend promouvoir sur la scène internationale avec les autres pays.

      Ces points doivent devenir les assises d’un projet politique québécoise originale dont la langue française, déjà officielle, le demeurera, ce qui n’empêche pas la valorisation des autres langues et leur apprentissage, un atout sur la scène internationale mais aussi au Québec.

    • Pierre Raymond - Abonné 6 février 2019 17 h 58

      « ...ce qui n’empêche pas la valorisation des autres langues et leur apprentissage, un atout sur la scène internationale mais aussi au Québec. » C. Bariteau

      Je me demande pourquoi vous avez ajouté cette précision ?

    • Claude Bariteau - Abonné 6 février 2019 21 h 03

      Parce que ça m'apparaît important, que ça correspond au vécu des habitants du Québec et que ce n'est pas contradictoire avec l'affirmation que la langue officielle demeure la langue française.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 6 février 2019 09 h 53

    La Ligue du vieux poêle



    «Ils feront apparaître plus clairement à la population l’état de tutelle permanente auquel est voué l’État québécois» (Philippe Gariépy)

    La lecture de cette lettre m'a communiqué l'impression que l'on y commentait une joute sportive où, en présentant les joueurs vedettes, l'on explique pourquoi l'équipe a perdu la partie et ce qu'elle devrait entreprendre pour redevenir victorieuse lors de la prochaine saison.

    En fait, ceux-là en haut de la tour cogitent ferme, tout en ignorant ou en voulant ignorer ce qui alimente l'agitation au ras des pâquerettes.

  • Jean-Guy Aubé - Abonné 6 février 2019 12 h 35

    anticipation précoce

    On verra ça dans 8 ans !

  • Jean-Charles Morin - Abonné 6 février 2019 14 h 10

    Le déclin d'un parti qui ne sait plus comment faire.

    Depuis le dernier référendum, avec Lucien Bouchard qui déchirait sa chemise à tout propos, avec Bernard Landry et ses "1000 jours", avec André Boisclair et ses lignes de "coke", puis finalement Pauline Marois et sa "Charte des valeurs" ultra-partisane, le PQ n'en finit plus de vouloir prendre quatre chemins pour tourner autour du pot.

    L'écrivain Victor-Lévy Beaulieu l'avait déjà dit: "Le PQ désapprend." Il a désappris ce qu'il fallait faire pour réaliser son objectif ultime et, ce faisant, s'est égaré dans des voies de desserte où il dessert ses propres intérêts en plus de ceux des Québécois.

    Ébloui de plus en plus par la rectitude politique gauchisante et décidé à laver plus blanc que blanc en toutes circonstances, le PQ tourne en rond depuis un bon moment à la recherche de la quadrature du cercle. Il en oublie même de parler de ce pourquoi il existe, sauf à huis clos quand il est sûr que personne ne l'écoute.

    Un exemple récent montre à quel point ce parti est resté coincé dans l'ornière de ses vieilles habitudes. Commentant l'interdiction du port de signes religieux, le chef intérimaire donnait son appui à la condition qu’aucune personne visée ne risque de perdre son emploi à cause de la nouvelle législation. Autrement dit, il est d'accord pour faire une omelette du moment qu'il n'aura pas à casser des oeufs. Pour la cohérence on repassera...

    Gouverner demande du courage et de la sensibilité. Le courage d'assumer ses décisions au risque de déplaire à certains. La sensibilité de savoir rester au contact du gros de la population. Le PQ, imitant en cela le Parti Libéral, l'a oublié depuis des lustres.