Mobilisons-nous pour l’éducation

«Nous avons aussi la responsabilité de mettre nos expertises à la disposition des jeunes», estiment les auteurs.
Photo: Frederick Florin Agence France-Presse «Nous avons aussi la responsabilité de mettre nos expertises à la disposition des jeunes», estiment les auteurs.

La main-d’oeuvre est rare. C’est un sujet d’actualité ici, au Québec, mais aussi à l’échelle internationale. Le taux de chômage atteint des planchers historiques, les grandes entreprises comme les PME rivalisent d’ingéniosité, multiplient les visites outre-mer afin d’attirer des travailleurs qualifiés.

Les besoins sont immédiats. Nous les ressentons tous.

L’ampleur de la problématique appelle toutefois aussi une solution à long terme, durable et structurante.

Pourquoi ? Parce que nous n’avons encore rien vu.

Les évolutions technologiques et économiques transforment en profondeur le monde du travail. Des changements si profonds qu’on estime que 85 % des métiers de 2030 n’existent pas encore aujourd’hui !

Les enfants qui sont entrés en maternelle cette année seront les jeunes adultes qui exerceront ces nouveaux métiers dans un horizon de 10 à 15 ans. Si nous voulons que le Québec conserve et affirme sa position de leader de l’économie de l’avenir, il est impératif de prendre conscience de ces évolutions et d’agir dès maintenant pour bien les anticiper.

De la parole aux actes

Il faut être conscient de l’ampleur de la tâche des enseignants ainsi que des spécialistes du milieu de l’éducation qui les appuient. Ces professionnels sont les premiers à constater l’impact des évolutions technologiques sur les jeunes et leurs aspirations. Leur travail est essentiel pour donner de la perspective et ouvrir les horizons sur les possibilités qui émergent. Comment pouvons-nous les aider dans cette mission ?

Notre rôle, comme entreprises ou leaders du monde des affaires, ne peut être passif ou détaché du travail des professionnels de l’enseignement. Nous pouvons tisser davantage de liens entre les apprentissages en milieu scolaire et leur mise en pratique au sein de nos organisations. Ce travail peut se faire en respectant cette saine distance, toujours nécessaire, entre entreprises et écoles, qui laisse aux jeunes toute la liberté de choisir leur propre voie.

Que ce soit dans le cadre du cursus scolaire ou en parallèle, des organisations comme Kids Code Jeunesse, Fusion Jeunesse, Technoscience et plusieurs autres, s’impliquent et proposent des outils concrets aux enseignants pour développer l’intérêt et les compétences des jeunes en sciences et en technologie.

En offrant temps et financement, les entreprises peuvent appuyer les initiatives de ces organismes. Ce faisant, nous pouvons collectivement contribuer à former l’esprit scientifique, à exposer les jeunes aux outils et savoirs qui sous-tendent la technologie, à les appuyer dans le développement et l’acquisition de notions à la fois scolaires, mais aussi profondément sociales. Parce que les compétences de l’avenir ne se limitent pas à la pensée computationnelle et à la résolution de problèmes ; la créativité, la collaboration, le sens critique et l’empathie seront tout aussi indispensables, sinon davantage.

Nous avons aussi la responsabilité de mettre nos expertises à la disposition des jeunes. En ouvrant les portes de nos organisations, nous pouvons favoriser l’apprentissage expérientiel, proposer du mentorat et mettre en avant des modèles positifs — ce qui peut notamment stimuler davantage l’intérêt des jeunes filles pour les métiers liés aux STIM (science, technologie, ingénierie et mathématiques).

Nous ne prétendons pas avoir toutes les solutions, il y a encore beaucoup à faire, mais si nous voulons collectivement être prêts à faire face à la nouvelle économie de 2030, il est de notre responsabilité d’agir maintenant.

C’est aujourd’hui, dans les salles de classe que tout se joue.

Mobilisons-nous et appuyons l’éducation pour permettre à la prochaine génération de réaliser ses ambitions et celles du Québec.

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5 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 5 février 2019 11 h 12

    85 %?

    «Les évolutions technologiques et économiques transforment en profondeur le monde du travail. Des changements si profonds qu’on estime que 85 % des métiers de 2030 n’existent pas encore aujourd’hui !»

    Entre 2019 et 2030, il y a le même nombre d'années qu'entre 2008 et aujourd'hui. Et disons qu'au moins 95 % des emplois de 2008 existent encore en 2019. Pour que cette prévision se concrétise, doit-on s'attendre à la disparition des emplois de bureau, des policiers, des infirmières et des médecins dans 11 ans? Les emplois de la restauration auront-ils disparus? Et les enseignants, les éducatrices, les préposées aux bénéficiaires ne seront plus nécessaires? Et quoi encore?

    J'aimerais bien savoir qui est ce «on» qui estime ça... Des expert.es du marché du travail d'Ubisoft?

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 5 février 2019 11 h 14

    Automobilisation

    Apprenons à nos enfants et à notre jeunesse à réfléchir, à avoir l'esprit critique, à prendre activement ses responsabilités pour la création du bien commun.
    L'avenir est non seulement un train que l'on prend, conduit par d'autres. Il est aussi un véhicule innovant conçu par son passager.

  • Cyril Dionne - Abonné 5 février 2019 11 h 39

    Le polyglotte essentiel

    STIM (science, technologie, ingénierie et mathématiques). Voilà l’acronyme qu’on devrait retenir dans le monde de l’éducation. Mais pour cela, il faut avoir des pédagogues qui sont formés pour cette nouvelle pédagogie du futur très proche.

    La mise en œuvre d'une culture scolaire n'est jamais une tâche facile lorsque cela implique un changement de paradigme. Cela étant dit, la robotique, la programmation et les défis technologiques où l'incertitude et le changement sont une constante, l'adaptabilité pour résoudre les problèmes est non seulement nécessaire pour les élèves, mais essentielle. Les enfants doivent se concentrer et avoir de l'attention pendant une longue période de temps. Ils apprennent à apprendre dans un domaine qui n'est pas facilement accessible.

    Bien qu'il y ait beaucoup de discussions sur l'impact de la technologie non seulement dans la classe, mais dans nos sociétés, les gouvernements ne sont pas encore prêts. Alors, comment imaginer que les écoles le sont? Ceci dit, les programmes d'études actuels dans le milieu scolaire ne reflètent pas cette réalité à sa pleine justification. La programmation n'est pas une langue formelle enseignée à l'école, mais son importance pour l'éducation des futurs créateurs d'emplois est cruciale pour toute société. Les curriculums doivent être essentiellement biologiques et, en raison de ce fait, ils devraient être en mesure de changer rapidement pour s'adapter à un monde éducationnel en constante évolution.

    Pour conclure, la main-d’œuvre n’est pas rare. La main-d’œuvre qui conjugue aux technologies de la 4e révolution industrielle, oui. Aujourd’hui, le défi éducationnel n’est plus d’être bilingue, mais bien de faire de la programmation, de la science, des mathématiques, des langues aussi naturelles que notre langue maternelle. C’est le polyglotte essentiel en 2019. La technologie est devenue la magie du 21e siècle. Il faudra que les théories éducatives sortent de leur stagnation afin de suivre le pas du progr

  • Paul Marcoux - Abonné 5 février 2019 13 h 33

    Et les Arts?...

    « [...] développer l’intérêt et les compétences des jeunes en sciences et en technologie. »

    L'humain n'est pas que science et techno!

    L'éducation doit servir aussi à développer les autres très grandes composantes de notre être qui contribuent ensemble et de façon équilibrée à faire ce que nous sommes et ce que nous pouvons faire.

  • Diane Gélinas - Abonnée 5 février 2019 16 h 43

    Et le maintien des besoins essentiels ?

    De 1996 à 2001, j'ai travaillé à valoriser la Formation Professionnelle de niveau scolaire secondaire (métiers et professions). J'ai alors rencontré des parents des écoles de la Montérégie pour les sensibiliser à l'importance de ce choix de carrière mais la tendance des conseillers d'orientation de l'époque était de recommander à la plupart des élèves de 5e secondaire de poursuivre leurs études au CEGEP. Souvent, après une ou deux sessions au collège, plusieurs revenaient en FP pour développer et perfectionner leurs habiletés naturelles.

    Quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, en 2030, il faudra toujours construire des maison, installer ou réparer des systèmes d'électricité, de plomberie, de chauffage. Il faudra aussi des travailleurs et travailleuses dans l'alimentation, les hôpitaux, les pharmacies, les soins corporels, les institutions financières et les assurances, les transports en communs, etc.

    Or, après avoir favorisé les professions libérales aux 'porteurs d'eau' d'avant la Révolution tranquille qui rêvaient d'avoir un professionnel dans leur progéniture, vous proposez maintenant que la pénurie de main d'oeuvre dans les STIM soit une idée clairvoyante envers un nouveau paradygme d'ici 2030.

    À mon avis, en 2030, ce sont plutôt les métiers d'entretien et de services qui souffriront le plus de pénurie. Je serais portée à prédire que cette main-d'oeuvre qualifiée qui assure le bien-être des êtres humains sera si peu nombreuse que l'offre ne pourra plus suffire à la demande, ce qui permet d'envisager que ce genre de travail sera alors le mieux rémunéré justement à cause de la pénurie causée par certains influenceurs déconnectés des besoins vitaux de la société.