Royalmount, un projet à revoir complètement

«Le projet Royalmount ne fera qu’aggraver tous les déséquilibres qui touchent le secteur concerné depuis maintenant des décennies», juge Jean-Claude Marsan.
Photo: Carbonleo «Le projet Royalmount ne fera qu’aggraver tous les déséquilibres qui touchent le secteur concerné depuis maintenant des décennies», juge Jean-Claude Marsan.

Les recommandations de la Commission sur le développement économique et urbain et l’habitation de la Ville de Montréal concernant les impacts du projet Royalmount ont fait sursauter le maire Philippe Roy de Mont-Royal. Pourquoi, demande-t-il, cette commission réclame-t-elle que le projet soit transformé alors qu’il est conforme au schéma d’aménagement et de développement de Montréal en vigueur depuis 2015 ? Selon ce schéma, l’affectation du secteur en question est l’industrie et les composantes autorisées comprennent les bureaux, les commerces et les équipements récréatifs, culturels et institutionnels. Ce sont bien là les fonctions mises en avant par le promoteur Carbonleo dans son mégacentre.

Une métropole constitue un écosystème complexe, en perpétuelle évolution. Ainsi, ce sont les chemins de fer présents dans ce secteur qui y ont attiré au début l’industrie. Puis les autoroutes ont favorisé également cette affectation. Mais, avec le temps, plusieurs de ces industries ont disparu, d’autres ont déménagé en banlieue. Et, depuis, le métro a été connecté à ce secteur grâce aux stations Namur et De la Savane. Comme l’urbanisme doit assurer l’équilibre dans l’avenir, quelles orientations doit-il prendre maintenant ?

Le schéma d’aménagement de 2015 précise bien ces orientations, à savoir favoriser un cadre de vie de qualité, la mobilité, l’adaptation aux changements climatiques et la cohabitation des usages. C’est là que le bât blesse, car le projet Royalmount va à l’encontre de toutes ces orientations. Comme l’a bien démontré Lysiane Gagnon dans La Presse +, loin d’être tourné vers l’avenir, ce projet, qui mime le DIX30 à Brossard, nous ramène un demi-siècle en arrière.

Le projet Royalmount ne fera qu’aggraver tous les déséquilibres qui touchent le secteur concerné depuis maintenant des décennies. D’abord, la congestion routière à l’intersection des autoroutes 15 et 40. Cela est inévitable car, comme l’a prétendu le chef de la direction de Carbonleo, M. Andrew Lutfy, ce projet s’adresse principalement aux visiteurs résidant hors de l’île montréalaise. Pour être réaliste, il faut alors comprendre que ce n’est pas une passerelle reliant le Royalmount à la station de métro De la Savane qui va convaincre ces millions de personnes d’utiliser le métro car, en plus d’être des accros de l’automobile, ils n’ont accès qu’à quatre stations de métro sur tout leur vaste territoire. Est-ce logique de développer un pareil projet alors que le schéma recommande la mobilité par les moyens de transport actifs et collectifs et l’adaptation aux changements climatiques ? À quoi servira aux Montréalais de signer le Pacte de transition écologique pour lutter contre les gaz à effet de serre (GES) ? Est-ce que la congestion routière, les GES, les bruits et le reste des inconvénients vont favoriser un cadre de vie de qualité ?

Le schéma recommande enfin la cohabitation des usages et le promoteur Carboleo prétend que le Royalmount n’affectera que partiellement le centre-ville de Montréal. De toute évidence, ce n’est pas ce que pensent la plupart des personnes qui sont intervenues auprès de la Commission, notamment le Partenariat du Quartier des spectacles. Chose certaine, à part les impacts sur la Ville de Laval, c’est la déchéance annoncée pour les centres commerciaux situés dans le voisinage, dont le Centre Rockland, Place Vertu et le Marché Central. Enfin, ce n’est pas l’ajout d’habitations dans ce pôle multifonctionnel comme le souhaite le promoteur qui va contribuer à corriger le déséquilibre concernant le besoin de logements familiaux, sociaux et d’écoles à Montréal, car ce type de milieu de vie est totalement incompatible avec des fonctions commerciales et de divertissement à l’échelle prévue au Royalmount.

La question que les Montréalais devraient poser au maire Philippe Roy est la suivante : comment la Ville de Mont-Royal a-t-elle pu, dans le respect des lois, des procédures et des règles, ignorer ou contourner à ce point les orientations du schéma d’aménagement et de développement de Montréal ?
 

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5 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 30 janvier 2019 08 h 19

    Tout à fait d'accord M. Marsan

    Une autre lettre à relire sur le sujet :
    https://www.ledevoir.com/opinion/idees/546436/il-faut-stopper-l-etalement-urbain-a-montreal

  • Rino St-Amand - Inscrit 30 janvier 2019 09 h 29

    Ce qui est le plus désolant...

    ...c'est que vous soyez obligé de prendre la plume pour tenter de contrer le non-sens qu'est ce projet prédateur. Si ce projet devait voir le jour, il sera alors évident qu'il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans notre système de gouvernance. Ériger un monstre clinquant dans le but de sortir les gens de leurs quartiers (et ainsi tuer leurs commerces de proximité) n'est rien d'autre que le comble de la cupidité.

    • Gilles Théberge - Abonné 30 janvier 2019 12 h 48

      Voilà la réponse à la question posée par monsiweur Marsan, au maire Philippe Roy.

      La cupidité, tout simplement.

  • François Beaulé - Abonné 30 janvier 2019 11 h 46

    Le schéma d’aménagement et de développement de Montréal confond à tort industries et commerces

    C'est ce que je comprends à la lecture du 1er paragraphe du texte ci-haut. Cette confusion permet légalement d'interpréter le schéma comme le fait le maire de Ville Mont-Royal. Or, dans les faits, l'industrie et le commerce sont des choses différentes.

    Le pouvoir d'achat des consommateurs de la région de Montréal est limité. De plus, le développement du commerce en ligne fait diminuer les ventes des magasins. Donc le projet Royalmount va nécessairement nuire aux autres centres commerciaux. Il va mettre en péril certains d'entre eux. De nombreux magasins devront fermer leurs portes.

    Alors que les industries produisent des biens, les commerces ne créent pas de richesse. Voilà deux types d'activités très différentes.

    Les taxes foncières vont suivre les commerces déplacés de Montréal vers VMR. Ce projet permettra l'enrichissement de Mont-Royal aux dépens de Montréal. La mairesse de Montréal me semble bien naïve sur ce point.

  • Pierre Raymond - Abonné 30 janvier 2019 12 h 20

    Les recommandations de la Commission sur le développement économique et urbain et l’habitation de la Ville de Montréal concernant les impacts du projet Royalmount ont fait sursauter le maire Philippe Roy de Mont-Royal.

    Le maire de Mont-Royal se demande " pourquoi la Commission sur le développement économique et urbain et l’habitation de la Ville de Montréal réclame que le projet soit transformé alors qu’il est conforme au schéma d’aménagement et de développement de Montréal en vigueur depuis 2015 ? ".

    Monsieur le maire Roy, vous qui êtes à la tête d'une ville coïncée entre l'autoroute
    Métropolitaine, la rue Jean-Talon, le boul. L'Acadie et l'autoroute Décarie... c'est quoi que vous ne comprenez là-dedans ?

    Dans les années 1970, je voyageais quotidiennement sur la Métropolitaine entre le boul. Pie-IX et l'aéroport Dorval et... c'était l'enfer tous les matins et tous les soirs.