Nier la réalité trans n’est plus une opinion défendable dans notre syndicat

Un enseignant de l’Alliance des professeurs de Montréal réagit à la polémique concernant l'annulation de l'invitation de Nadia El-Mabrouk à un colloque syndical.
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir Un enseignant de l’Alliance des professeurs de Montréal réagit à la polémique concernant l'annulation de l'invitation de Nadia El-Mabrouk à un colloque syndical.

Je suis enseignant à l’Alliance des professeurs et professeurs de Montréal et j’étais sur place à l’instance lors de la décision de ne plus inviter Mme El-Mabrouk à notre colloque. J’enseigne toujours à mes élèves à prendre trois grandes respirations avant de réagir. Or, au Québec, lorsqu’on prononce le mot laïcité, on dirait que les réactions ne peuvent qu’être épidermiques. Plusieurs personnes, dont des personnalités publiques, se sont prononcées sans connaître le fond de l’enjeu. Rigueur, rigueur, rigueur.

Cette décision prise par les personnes élues déléguées de mon syndicat n’est pas liée à ses positions sur la laïcité. Ce sont plutôt ces propos écrits dans La Presse, parmi d’autres du même acabit : « Dans une capsule vidéo publiée sur ce site, on nous présente une « fille trans » de 14 ans, autrement dit un garçon, qui explique être une fille, notamment par le fait qu’il aime dessiner des sirènes. »

Le personnel scolaire est souvent, avec les parents, le premier contact avec le regard de l’Autre de ces enfants vivant la réalité trans. Par notre accompagnement, notre sensibilité, notre écoute, notre ouverture, nous pouvons souvent faire une différence importante chez ces élèves qui présentent une souffrance importante, souvent exprimée par des idées suicidaires. Or, un autre facteur qui favorise le bien-être de ces enfants en transition est l’ouverture de la société dans laquelle ils et elles vivent.

Un syndicat d’enseignants a-t-il réellement besoin d’inviter une experte en informatique pour s’exprimer sur l’éducation à la sexualité alors qu’elle tient ce genre de propos s’apparentant à de la transphobie ? Pour ma part, mégenrer, c’est-à-dire accorder le mauvais genre à une personne, volontairement, à une adolescente de 14 ans dans une lettre ouverte dans un journal, ce n’est pas tellement un geste qui cadre avec le rôle d’allié d’un syndicat de profs dans lequel il y a justement des personnes trans. Ce n’est même pas un geste qui cadre avec un comportement de personne alliée en 2019 tout court. Ce n’est surtout pas une attitude qui favorise le bien-être de nos élèves, bien-être qui est la priorité de toutes et tous mes collègues. En quoi est-ce de la censure de choisir, en tant que groupe, de ne pas cautionner les propos de Mme El-Mabrouk dans une tribune privée comme un colloque ?

A-t-on réellement besoin d’inviter cette personne à nos frais parce qu’« on n’est pas toujours obligés d’entendre des gens qui pensent comme nous » ? Un syndicat peut-il encore dire qu’il a fait erreur et qu’il change d’avis ? N’est-ce pas l’attitude qu’on tente d’inculquer à nos élèves : la capacité de reconnaître ses erreurs.

Doit-on encore aujourd’hui rappeler que de nier la réalité trans n’est plus une opinion défendable dans notre syndicat se positionnant comme allié aux personnes LGBTQ + ? Doit-on rappeler que cette négation déshumanise ces individus qui se battent tous les jours pour simplement faire reconnaître leur existence ? Encore aujourd’hui, une camarade enseignante s’est fait dire qu’elle est un homme sur les médias sociaux alors qu’elle s’est tenue debout fièrement pour défendre son identité. Je suis fier d’être à ses côtés. En 2019, inviterions-nous dans notre colloque un quelconque individu affirmant que les personnes homosexuelles n’existent pas, qu’elles ne sont que des hétéros qui ont besoin d’aide ? Donnerions-nous une tribune à de tels commentaires ? Il est évident que non. Pourquoi les personnes trans ne bénéficieraient-elles pas alors du même bon sens ?
 

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