Le nouveau guide alimentaire améliorera-t-il la santé des Canadiens?

Au Québec, moins d’un quart de la population consomme suffisamment de fruits et de légumes.
Photo: Getty Images Au Québec, moins d’un quart de la population consomme suffisamment de fruits et de légumes.

Les recommandations du nouveau guide alimentaire récemment dévoilé sont avantageuses sur les plans nutritionnel et environnemental. Dans ce nouveau décor s’ajoutent même quelques conseils, tels que cuisiner plus souvent et s’assurer d’avoir du plaisir en mangeant. Cela semble fort bien a priori, mais plusieurs facteurs portent à croire que les recommandations seront insuffisantes pour modifier le comportement alimentaire des Canadiens. Malgré les nouvelles lignes directrices émises par Santé Canada, l’environnement social et économique, lui, demeure inchangé et, par le fait même, les mauvaises habitudes alimentaires risquent de se maintenir aussi.

Tout d’abord, les professionnels de la nutrition ont raison de célébrer l’absence des lobbys dans le processus d’élaboration du nouveau document — pensons notamment à l’industrie laitière —, les nouvelles données probantes sur lesquelles ils pourront dorénavant s’appuyer, la simplicité des messages du guide ainsi que l’abandon des portions recommandées. De plus, le nouveau guide ne se limite pas à une série de bons aliments pour contrer l’obésité et les maladies cardiaques, mais il conseille notamment de cuisiner plus souvent, de prendre conscience de ses habitudes alimentaires, de prendre ses repas en bonne compagnie, de limiter les aliments ultratransformés et d’être vigilant par rapport au marketing alimentaire.

Intégrer des changements

Par contre, ces recommandations ne sauraient suffire à intégrer des changements majeurs dans l’alimentation de la majorité des Canadiens. Ces derniers ont l’impression de manquer de temps, leurs heures de travail ont augmenté et leur temps de loisirs a diminué. Ces répercussions se font voir dans leurs habitudes alimentaires. En effet, on observe une augmentation du nombre de ventes de mets prêts-à-manger et de la fréquence des visites au restaurant. De plus, les ventes de plusieurs ingrédients tels que la farine, le sucre, les épices, etc. sont en baisse. Les gens cuisinent moins au profit d’une industrie qui leur offre des repas remplis de sucres, de sels et de gras. À moins d’instaurer des politiques innovantes (réduction de la semaine de travail, plus de congés sociaux, etc.) pour donner plus de temps pour cuisiner, les ventes du comptoir des prêts-à-manger ne risquent pas de diminuer, tout comme les statistiques sur l’obésité et les maladies cardiaques.

Dorénavant, la nouvelle image du guide, où la moitié de notre assiette devrait être constituée de légumes et de fruits, est certes plus facile à visualiser que les 5 à 10 portions quotidiennes qui étaient recommandées jusqu’à maintenant. Par contre, au Québec, moins d’un quart de la population consomme suffisamment de fruits et de légumes. De plus, le rapport canadien sur les prix alimentaires à la consommation 2019 prévoit une hausse anticipée de 1 à 3 % pour les fruits et de 4 à 6 % pour les légumes, ce qui risque d’augmenter le défi des consommateurs pour réussir à répondre aux nouvelles exigences. Plusieurs devront se résoudre à acheter plus de fruits et de légumes surgelés ou en conserves afin d’y arriver. Le risque que les consommateurs décident de réduire leur consommation de fruits et légumes en raison des prix existe aussi. Cela porte à croire que la situation demeurera inchangée sans la mise en oeuvre de mesures draconiennes comme la baisse des prix des produits frais, une taxe sur les aliments ultratransformés, etc.

Bref, réjouissons-nous pour le moment du changement de cap effectué par Santé Canada avec son nouveau guide alimentaire et ses nouvelles lignes directrices, mais restons conscients que sans changement majeur, par exemple sur le plan de l’allégement de l’horaire des travailleurs ou d’une diminution du prix des aliments de base, il est fort probable que l’alimentation des Canadiens ne suive pas le guide et que les tendances lourdes aux mauvaises habitudes alimentaires persistent, voire continuent de s’aggraver.

2 commentaires
  • Mario Gallant - Abonné 25 janvier 2019 07 h 09

    Ah, ce tofu

    Même le chien hesite

  • Nadia Alexan - Abonnée 25 janvier 2019 08 h 31

    La santé avant les profits.

    Il faudrait taxer davantage les aliments malsains et les produits transformés. Nos gouvernements doivent aussi avoir le courage de faire face à l'industrie alimentaire en interdisant les ingrédients nocifs dans les produits transformés tels que le sel, le sucre, les gras trans et les gras saturés. La santé des citoyens doit avoir préséance aux profits des multinationales.