«House of Trump»

Le président Donald Trump en octobre dernier, lors d’un discours en Arizona
Photo: Ralph Freso Getty Images / Agence France-Presse Le président Donald Trump en octobre dernier, lors d’un discours en Arizona

Donald Trump n’est pas Frank Underwood et sa présidence n’est pas totalement à l’image de la série télévisuelle House of Cards. Mais tandis que ce dimanche 20 janvier marquait son deuxième anniversaire à la Maison-Blanche, il ne semble pas exagéré d’affirmer que lui et le fameux personnage joué par Kevin Spacey ont au moins un point commun : leur pragmatisme impitoyable. Dans le documentaire Get Me Roger Stone, l’un des conseillers de campagne de Trump en 2016, Roger Stone, résume bien la devise qui semble guider le président et son équipe depuis le début : « Il faut gagner à tout prix et par tous les moyens, hormis violer les lois. »

Alors que le procureur spécial Robert Mueller poursuit son enquête sur l’implication de la Russie dans la présidentielle américaine de 2016, Trump pourrait toutefois avoir de plus en plus de mal à convaincre qu’il n’a pas franchi cette ligne.

Pour mettre la main sur la Maison-Blanche, il aurait effectivement demandé à son avocat, Michael Cohen, d’acheter le silence de l’actrice porno Stormy Daniels à propos de ses affaires extraconjugales, et de payer une firme pour qu’elle truque des sondages sur les intentions de vote des Américains à son égard. Il y a quelques jours, un autre avocat de Trump, l’ancien maire de New York Rudy Giuliani, laissait cette fois sous-entendre qu’il n’était pas impossible que des membres de l’équipe de campagne de Trump aient fait preuve de collusion avec les Russes en 2016, contrairement à ce que la Maison-Blanche affirme depuis le début.

Ces révélations ne semblent pas ébranler les partisans de Trump. En effet, la popularité du président reste pratiquement inchangée depuis 24 mois : son taux d’approbation n’a jamais baissé sous les 37 % ou grimpé au-dessus des 46 %. Trump avait peut-être raison — au fond — de dire qu’il ne perdrait jamais la loyauté de ceux qui l’appuient — même s’il « tirait sur des gens à l’aide d’une arme à feu » (!).

Pragmatisme impitoyable

Il n’est donc pas surprenant de le voir entamer la troisième année de sa présidence avec le même pragmatisme impitoyable qui l’a si bien servi jusqu’ici. Il refuse par exemple de renoncer au financement du mur américano-mexicain, qui plaît tant à sa base, même si cela veut dire de paralyser le gouvernement fédéral pendant des semaines.

Depuis début janvier, le changement de garde à la Chambre des représentants modifie toutefois la dynamique à Washington et pourrait marquer un tournant dans la saga House of Trump. Avec leur nouvelle majorité, les démocrates défient quotidiennement le président ; ils l’ont récemment menacé d’annuler le discours sur l’état de l’Union qu’il doit prononcer fin janvier. Les démocrates ont également invité Michael Cohen à témoigner en commission parlementaire au Capitole le 7 février, durant des audiences publiques peut-être aussi attendues que celles du juge à la Cour suprême Brett Kavanaugh il y a quelques semaines, et qui risquent d’être embêtantes pour Trump.

Les deux prochaines années risquent donc d’être teintées de confrontations et de querelles d’une intensité rarement vue dans l’histoire récente de la politique américaine. Il existe certes quelques dossiers sur lesquels les démocrates et Trump pourraient s’entendre, dont le plan massif d’infrastructures promis par ce dernier lors de l’élection de 2016. Cependant, dans cette ère d’extrême polarisation partisane, les démocrates sont las de voir le Congrès octroyer une victoire au président du parti adverse.

Ils ont plutôt l’oeil sur la prochaine élection, déjà. Plusieurs aspirants candidats présidentiels démocrates ont d’ailleurs déjà sauté dans l’arène en vue de 2020 — alors qu’il y a quatre ans, Hillary Clinton avait attendu au milieu de l’été pour lancer sa campagne. Trump, qui n’a jamais réellement cessé de faire campagne après la course de 2016, multipliera lui aussi les rassemblements, dès les prochaines semaines, pour attaquer personnellement les démocrates qui oseront l’affronter. La série House of Trump se terminera donc en janvier 2021 (si les démocrates battent Trump à la présidentielle de 2020) ou en janvier 2025 (si Trump est réélu et termine son deuxième mandat), à moins que le rapport Mueller, qui doit être dévoilé sous peu, ne persuade les républicains du Congrès qu’il relèverait du suicide politique de ne pas appuyer la destitution du président.


NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

9 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 23 janvier 2019 07 h 47

    L’amplification du cynisme des gens ordinaires envers les institutions démocratiques

    Primo, c’est quoi ça des études stratégiques et diplomatiques subventionnées par les contribuables qui se concentrent sur les politiques américaines? N’est-ce pas ces gens qui avaient prédit la victoire d’une certaine Hillary Clinton à 95% en 2016? Deuxio, la série américaine, « House of Cards », écrite par le britannique Michael Dobbs, se concentrait sur les Clinton. C’est l’auteur lui-même qui l’a affirmé. Tertio, l’enquête du procureur spécial Robert Mueller, qui en est une interne du département de la justice et non mandatée par le Congrès, n’aboutit pas parce qu’il n’y a pas grand-chose d’incriminant de ce qu’on connaît déjà. Et là-dessus, les Américains s’en foutent pas mal à part des gauchistes de la ô combien sainte rectitude politique.

    La moitié des Américains supporte Donald Trump et ceci, sans condition. Parler aujourd’hui de polarisation extrême aux États-Unis, c’est occulter le fait que ce pays a toujours été divisé et a connu deux guerres civiles. Pire encore, durant la guerre du Vietnam, ils sont passés à un cheveu d’une 3e guerre civile aux USA. Donc en politique américaine, rien de nouveau sous le soleil. Pour la Chambre des représentants en incluant le Sénat, ils ont l’appui de 10% des Américains. Les démocrates jouent avec le feu en voulant faire obstruction à la bonne marche du pays. Trump veut 5,5 milliards pour son mur qui est supporté par les Américains des états frontières, une bagatelle dans leur budget. Pardieu, Barack Obama avait dépensé 5 milliards en 2014 pour créer une armée en Syrie afin de débarrasser de Bashar al-Assad. Enfin, cette armée était composée d’une vingtaine de soldats où la loyauté était questionnable puisque la plupart se sont joint à l’EI en apportant toutes les armes avec eux, gracieuseté du gouvernement américain.

    L’entêtement des bien-pensants de la gauche entraîne une polarisation politique à une extrémité dangereuse et l’amplification du cynisme de la population envers les institutions démocratiques.

    • Hélène Paulette - Abonnée 23 janvier 2019 09 h 45

      "La bonne marche du pays" monsieur Dionne? Parlez-vous du nombre d'incompétents et/ou lobbyistes nommés par Trump à l'Environnement, à l'Éducation, à la Justice, menant à l'abolition des mesures environnementales, au pourrissement des conditions dans les écoles publiques et à ranimer le débat sur Roe/Wade?
      Les tarifs de Trump font mal à l'économie et les 5.5 millairds exigés ne financeront que 23 milles de son mur dont aucun prototype n'a encore été approuvé. Une récente enquête à démontré que la population des états frontière était majoritairement contre le mur, sauf au Texas (territoire volé au Mexique).
      37% d'approbation, dont une bonne partie est constituée de suprémacistes blancs. ce n'est pas, je l'espère, la moitié du pays. Je suis toujours surprise de l'admiration de québécois pour ce déplorable Président... Les "fake news" peut-être? Ou la détestation des "bien pensants" tout simplement.

    • Bernard Plante - Abonné 23 janvier 2019 13 h 41

      Ou les radios poubelles tout simplement.

    • Christian Roy - Abonné 23 janvier 2019 17 h 52

      N'était-ce pas l'affaire du Mexique de ramasser la facture du Mur ? Comment ça se fait que ce n'est pas réglé depuis longtemps ?
      M. Trump n'a-t-il pas déclaré publiquement en décembre qu'il serait très fier de fermer le gouvernement et qu'il ne mettrait pas l'odieux, en ce cas, sur les Démocrates ? On a des convictions ou pas ? Une parole ou pas ?
      Ma seule explication tient à ceci: Trump n'aime pas les choses compliquées. Il est simplet à l'image de ceux qui constituent sa "Base". Il lit peu, on doit lui faire des dessins et il prend ses décisions sur la foi des commentaires qu'il entend sur FOX. Bravo Donald.
      Entouré d'une gang de criminels triés sur le volet, il est probablement l'innocente victime de sa propre inexpérience politique. Cet homme est pur. Un véritable saint. Son avocat Rudy le clame sur tous les toîts. Mais il est consternant de le voir continuer de se mettre les pieds dans les plats. Ah ! j'oubliais: il n'est pas responsable et il n'apprend pas de ses erreurs. Ce n'est décidément pas de sa faute.
      Même si Melania ne sera pas d'accord avec ce que j'écris ici: Donald est un amour... de p'tit bonhomme.

    • Cyril Dionne - Abonné 23 janvier 2019 18 h 28

      Chère Mme Paulette,

      Est-ce que vous avez déjà vécu aux États-Unis? Il semble que non parce que vous comprendriez la mentalité de l’américain moyen, pas celui aux souliers cirés des côtes est et ouest. Vous n’avez encore rien compris du phénomène des « gilets jaunes » américains que vous appelez certainement les « déplorables ».

      J’ai vécu aux USA avec du monde ordinaire qui étaient des démocrates enregistrés de longue date et encore aujourd’hui. Et pourtant, ils ont voté pour Donald Trump en 2016. Ils auraient voté pour Sanders, l’indépendant, mais il a été écarté par les corrompus à la Clinton. Ils ne sont plus capables de digérer cette litanie de démocrates de l’establishment, Nancy Pelosi et Chuck Schumer obligent.

      En passant, les conditions dans les écoles publiques ont toujours été les mêmes et ont empiré avec l’immigration illégale comme en Californie où j’étais. Les tarifs de Trump font mal à l'économie chinoise, pas aux Américains. Les 5.5 milliards vont aider à parachever un mur. Et les murs font les meilleurs voisins tout comme les clôtures.

      C’est avec un sourire aux lèvres que j’ai lu votre allusion au territoire mexicain volé par les soi-disant Texans. Ben coudonc, de qui est-ce les Mexicains (Espagnols) ont-ils volé le territoire pour s’établir au Mexique? Des Autochtones qui y vivaient depuis belle lurette qui se sont fait massacrer presque jusqu’au dernier par les Espagnols. En République dominicaine, les Taïnos, le peuple d’origine, a complètement disparu.

      P.S. Le « Donald va être réélu en 2020 pour un autre quatre ans. Attachez votre tuque. ;-)

    • Hélène Paulette - Abonnée 23 janvier 2019 23 h 14

      Désolé, monsieur Dionne mais je fréquente régulièrement les USA, où j'ai beaucoup d'amis, ainsi que le Mexique d'ailleurs où il n'y a pas, loin de là, que des descendants d'espagnols comme vous semblez le penser... et ils n'ont pas été massacré jusqu'au dernier , vous devez confondre avec Cuba! C'est drôle que vous parliez de l'immigration, car c'est justement comme ça que les USA se sont emparé du Texas.Quant à l'immigration illégale, la Californie profite de cette main d'oeuvre peu coûteuse depuis très longtemps. Le problème ce sont justement les lois anti-migratoire car avant les Mexicains passaient la frontière pour travailler puis retournaient chez eux. Et la détérioration des écoles publiques n'a rien à voir avec l'immigration mais avec le sous-financement surtout depuis GWBush et ses "charter schools" ce que madame Devos [de la famille Koch) continue de faire. Les démocrates qui ont voté pour Trump l'ont fait majoritairement pour les baisses d'impôt et beaucoup le regrettent aujourd'hui car seuls les millionaires en ont profité... Tant qu'à l'establishment démocrate, si vous y regardez de plus près, vous verrez qu'elle tout de même préférable à celui du Tea Party et des républicains d'aujourd'hui. Le véritable problème est plutôt le financement électoral surtout depuis les "super packs" encore une création de Bush junior... Et je regrette d'enfoncer un dernier clou, sur les tarifs justement, je lisais dans LaPresse aujourd'hui que les industriels américains demandaient à Trump d'abandonner ceux sur l'acier... Comme quoi!

  • Gilles Bonin - Abonné 23 janvier 2019 11 h 12

    C'est cela

    la force de Trump: il a une base, vraisemblablement dans les 35% - les 40% affichés pourraient un peu fléchir. Et ça ne changera pas quoi q'il fasse et quoi qu'il arrive. Point final. C'est à désespérer de ce gros tiers des américains qui tire les USA vers leur décadence.

  • André Labelle - Abonné 23 janvier 2019 22 h 12

    C'EST À N'Y RIEN COMPRENDRE

    Aux USA, un pays étranger qui incorpore une compagnie aux USA, peut verser à cette compagnie "américaine" des millions de dollars qui pourront alors être légalement versés pour appuyer l'élection d'un politicien identifié comme favorable à ce pays.
    Aux USA, et sans doute ailleurs, un citoyen qui ne peut pas compter sur des milliards de dollars ne peut espérer devenir président. Aux USA ce n'est pas un citoyen, un vote. C'est un dollar, un vote.
    Aux USA, pour une majorité de citoyens, un président qui ment, qui est un "pussy-grabber" est un bon président.
    Bref, il n'y a qu'aux USA que les citoyens acceptent d'avoir ce genre d'énergumène à la tête de leur "America". Ça en dit long sur cette nation. C'est à n'y rien comprendre !

    «Acheter est bien plus américain que penser.»
    [ Andy Warhol ]

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 24 janvier 2019 00 h 37

    « La moitié des Américains supporte Donald Trump » (Cyril Dionne)



    Ce qui va de soi dans un pays où la moitié de la population est analphabète fonctionnelle.