Ce qui fait souffrir les personnes handicapées

Les programmes permettant de réduire les obstacles auxquels font face les personnes handicapées ont connu d’importantes compressions.
Photo: iStock Les programmes permettant de réduire les obstacles auxquels font face les personnes handicapées ont connu d’importantes compressions.

Un procès vient de commencer dans lequel les demandeurs veulent mettre fin à leurs jours avec l’aide d’un médecin. Actuellement, l’aide médicale à mourir est offerte aux personnes dont la fin de vie est proche selon l’évaluation des médecins. Toutefois, dans ce cas, les demandeurs ne sont pas en fin de vie. Voilà que la question du suicide assisté, car il s’agit bien ici de suicide, se retrouve sous les projecteurs.

Cependant, cette question dépasse grandement la situation personnelle de ces deux personnes, et ses conséquences sont trop importantes pour la traiter uniquement devant les tribunaux. Ce procès attire évidemment son lot d’articles, de chroniques, de reportages et de déclarations publiques, dont la grande majorité n’arrive pas à transmettre l’extrême complexité des enjeux sous-jacents. Voici donc quelques pistes à creuser pour réellement aborder ce qui cause la souffrance des personnes handicapées au Québec.

D’abord, les services de soutien à domiciles ont été réduits au strict minimum. En conséquence, de nombreuses personnes handicapées doivent manger des plats congelés et dépendre de leurs aidants naturels déjà épuisés pour des tâches leur permettant de vivre chez elles et de contribuer à la société. Les personnes dont le handicap est jugé trop sévère se trouvent, quant à elles, condamnées à vivre en CHSLD. Ai-je besoin de répéter que la qualité de vie y est médiocre et que ce milieu n’est aucunement adapté aux gens loin de l’âge d’or ? Des modèles permettant aux personnes handicapées de vivre de façon autonome et de participer à la société grâce à de l’assistance individuelle existent. Pourquoi le gouvernement ne cesse-t-il de restreindre le soutien à domicile et de ghettoïser les personnes handicapées ?

Importantes compressions

Toutefois, les compressions ne s’arrêtent pas là. Les programmes permettant de réduire les obstacles auxquels font face les personnes handicapées ont tous connu d’importantes compressions. L’éducation, l’emploi, les transports en commun, les lieux ouverts au public, les soins de santé, aucune sphère de la vie n’a été épargnée par la diminution du soutien nécessaire pour pallier ou éliminer les obstacles à la participation sociale des personnes handicapées.

La Commission des droits de la personne nous informe que 60 % des plaintes qu’elle reçoit concernent le handicap. Dans un monde où les emplois, les lieux ouverts au public, les transports, l’éducation sont inaccessibles, où le financement pour faire disparaître ces barrières fond comme neige au soleil et où des stéréotypes négatifs et discriminatoires sont véhiculés dans la sphère publique, est-il surprenant que certaines personnes handicapées veuillent se suicider ?

La Loi concernant les soins de fin de vie adoptée par le Québec a fait l’objet d’une réflexion publique approfondie. Une importance particulière a été accordée au renforcement des options offertes en fin de vie, comme la disponibilité des soins palliatifs. Évidemment, il faut demeurer vigilant et s’assurer que ces options sont réellement mises en place, car sans elles, il ne s’agit plus d’un choix éclairé. Quelles options s’offrent aux personnes handicapées qui sont forcées de vivre en CHSLD ou à celles qui ne voient plus de sens à leur vie tant elles sont exclues de la société ? En l’absence d’options adéquates pour vivre dans la dignité, le consentement des personnes qui souhaitent mourir a-t-il la même valeur ?

Plus que jamais, le gouvernement doit agir pour que les personnes handicapées puissent vivre dignement. La réponse à la volonté de mourir d’une personne handicapée devrait être la même que pour une personne non handicapée : le suicide n’est pas une option. Ensemble, nous devons bâtir une société dans laquelle chacun peut vivre dans la dignité et sentir qu’il occupe une place importante et valorisée.
 

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2 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 22 janvier 2019 07 h 56

    D'un autre côté ...

    D'un côté, bien sûr, Marie-Ève, il faut toutes les ressources appropriées pour que soit possible pour tous le Vivre dans la dignité y compris les personnes avec handicaps (non handicapées!). Pendant 30 années, j'ai oeuvré comme travailleur social en réadaptation physique, spécialement auprès des personnes avec amputations (non amputées). Merci pour cet article.

    D'un autre côté, il y a les personnes en fin de vie et aussi celles rendues à la fin de vie à qui la Cour suprême du Canada permet conditionnellement l'aide médicale à mourir. Cette Cour affirme unanimement que toute personne a droit à la vie, sans obligation de vivre à tout prix et malgré elle. Énorme affirmation, non!

    Éthiquement, je ne crois pas que l'on puisse dire que plus il y aura de soins palliatifs/de confort, moins il y aura de demandes d'aide médicale à mourir. Tout comme dire que plus les personnes avec handicaps auront les ressources appropriées, moins de demande d'aide médicale à mourir il y aura. La très grande majorité des personnes demandant aide médicale à mourir reçoivent déjà d'excellents soins palliatifs. Tout probablement, il en est aussi de même pour les personnes avec handicaps recevant d'excellents soins et services appropriés.

    Cela écrit, bien certain, Marie-Ève, comment ne pas exiger que soient toutes les ressources appropriées pour le Vivre dans la dignité pour les personnes avec handicap! Avec vous à 100%. Et aussi avec toute personne, éclairée et libre, rendue à la fin de Sa vie, qui veut la terminer dans Sa dignité.

  • Jean Thibaudeau - Abonné 23 janvier 2019 06 h 10

    Mme. Veilleux a parfaitement le droit de penser que "le suicide n'est pas une option". Mais ni elle, ni personne d'autre ne possède la légitimité d'imposer cette vue à l'ensemble de la population.

    Bien sûr, l'obligation d'assistance à une personne en danger prévaut dans les situations où le suicidaire est un inconnu. On sait que la vaste majorité des suicides se produisent en état de crise, de façon impulsive. Mais ici, on parle de personnes qui ont longuement réfléchi à la question, qui en ont discuté ouvertement avec d'autres, etc. DE QUEL DROIT se permet-on de leur imposer SON idéologie?