L’utilisation par Netflix d’images de la tragédie de Lac-Mégantic est inadmissible

Un train transportant du pétrole a déraillé et explosé à Lac-Mégantic en 2013, faisant 47 morts.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Un train transportant du pétrole a déraillé et explosé à Lac-Mégantic en 2013, faisant 47 morts.

Monsieur Hastings,

Je vous écris afin de vous faire part de la stupéfaction et de la consternation du gouvernement du Québec devant la décision de votre entreprise et de ses partenaires d’utiliser des images de la tragédie de Lac-Mégantic dans deux de vos productions et ce, purement à des fins de divertissement. Cette tragédie nationale, qui a coûté la vie à 47 personnes en 2013, avait durement ébranlé le Québec tout entier. Son souvenir, seulement 5 ans après les faits, demeure encore très vif dans l’esprit des Méganticois et des Québécois. Les profondes cicatrices laissées par le déraillement d’un train pétrolier, dans la nuit du 6 juillet 2013, sont également toujours bien présentes dans le paysage de cette communauté d’à peine 6 000 âmes.

Comme beaucoup de Québécois, notre gouvernement s’explique mal comment un géant mondial comme Netflix peut avoir jugé bon d’utiliser de telles images dans ce contexte. Ces archives ne devraient jamais être destinées à une utilisation autre que pour des fins d’information ou de documentaire. En aucun cas ne devrions-nous tolérer l’utilisation de tragédies humaines, quelles qu’elles soient, pour du divertissement. Tant sur le plan moral qu’éthique, c’est tout simplement inadmissible.

Est-il nécessaire de vous rappeler que derrière ces tragiques événements, il y a des vies humaines? Qu’il y a encore, aujourd’hui, une communauté qui tente de se relever de cette difficile épreuve? Doit-on vous remémorer que durant cette nuit fatidique qui marquera à jamais Lac-Mégantic, des familles ont été déchirées? Avez-vous oublié que des parents y ont perdu leurs enfants et que de nombreuses personnes y ont vu souffrir et mourir des amis, des collègues, des êtres aimés?

Et si cela avait touché l’un de vos proches, M. Hastings, comment auriez-vous réagi en apprenant qu’une multinationale utilisait des images rappelant de lourds et sombres souvenirs et ce, uniquement pour son profit? On ne peut que déplorer un tel manque de compassion, d’empathie et de solidarité envers toutes les personnes touchées par cet horrible drame.

Au-delà des considérations budgétaires et des enjeux liés à des productions à grand déploiement, le gouvernement du Québec fait appel aujourd’hui à votre discernement et à votre sens des responsabilités. Nous joignons donc notre voix à celles et ceux qui, comme la mairesse de la municipalité de Lac-Mégantic, réclament le retrait de ces images de l’ensemble de vos productions et ce, dans les plus brefs délais. Il en va du respect des 47 victimes et de leur entourage endeuillé.

Cette situation soulève également de nombreuses autres questions éthiques qui devront, à notre avis, être approfondies dans les semaines et les mois à venir. D’une part, il y a la question de la responsabilité des producteurs et des diffuseurs dans de telles circonstances. En utilisant les images d’une tragédie réelle et dont les impacts sont toujours bien tangibles dans un contexte de fiction, Netflix et ses partenaires ont franchi une dangereuse limite. De plus, en ne divulguant pas clairement la provenance de ces images, votre entreprise a en quelque sorte floué, voire même trahi, ses millions d’abonnés. Comment pouvons-nous être assurés que d’autres tragédies humaines ne seront pas ainsi instrumentalisées à l’avenir?

En terminant, la question se pose : n’est-il pas temps que les géants du cinéma, de la télévision et du Web s’interrogent sur la nécessité de se doter d’un code d’éthique afin que de telles aberrations ne se reproduisent plus jamais?

Considérant que la population de Lac-Mégantic mérite définitivement mieux comme traitement, notre gouvernement espère maintenant que votre entreprise saura enfin reconnaître ses erreurs avec toute l’humilité et la sincérité que commande une telle situation, et qu’elle fera preuve ne serait-ce que d’un soupçon d’humanité et de compassion dans ce dossier.

Je vous prie d’agréer, Monsieur Hastings, mes salutations distinguées.

La ministre,

Nathalie Roy

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