Laïcité scolaire: protection de la jeunesse plutôt que coercition

Le principe de base qui doit fonder la laïcité scolaire est celui de la protection de la jeunesse.
Photo: Mychele Daniau Agence France-Presse Le principe de base qui doit fonder la laïcité scolaire est celui de la protection de la jeunesse.

D’ici quelques semaines, le gouvernement déposera son projet de loi sur la laïcité de l’État québécois. Le projet de loi inspiré par les travaux de la commission Bouchard-Taylor déterminera les métiers et les professions de l’appareil étatique qui seront soumis à l’interdiction de porter un signe qui manifesterait une orientation religieuse. Au coeur de cette proposition se trouve la notion d’autorité coercitive qui servira de fondement pour désigner les employés qui devront respecter la loi. Nous savons de source gouvernementale que les enseignantes et les enseignants du primaire et du secondaire se trouvent parmi les professions visées par la future loi. Étant d’accord avec l’objectif de la loi, je me permets toutefois de souligner que le personnel enseignant ne détient pas une autorité coercitive vis-à-vis des élèves à qui il s’adresse et que la détention d’un pouvoir de coercition ne doit pas être le fondement de l’interdiction du port de signes religieux par le personnel enseignant.

Dans une société démocratique, le but premier de l’école est la transmission des connaissances dans les matières rendues obligatoires par l’État. C’est le caractère universel de la science qui fait du savoir un bien commun et donc un droit pour tous et toutes d’en jouir à travers les institutions publiques. Cette transmission se déroule à l’école publique dans des classes où se retrouvent les élèves et les enseignants. C’est donc en vertu d’un parti pris commun des citoyennes, des citoyens et du gouvernement en faveur de l’instruction que chaque enfant se trouve dans l’obligation de fréquenter l’école.

Il en découle que le lien qui unit le prof et l’élève est un lien moral entre une personne qui détient un savoir et un enfant qui accepte la transmission de ce savoir. Cette autorité n’est pas coercitive, elle est d’une autre nature. Elle est d’ordre éducationnelle. Elle trouve sa source dans la somme des connaissances acquises, dans l’histoire de l’humanité et dans la responsabilité des profs de transmettre cet acquis. Il y a un accord mutuel entre ces deux partis et c’est cette entente qui fonde l’autorité du maître. Ce sont bien sûr les parents qui prennent la décision au nom de l’enfant, étant entendu que ceux-ci sont présumés obéir à leurs parents. Le prof détient une autorité éducationnelle qui n’a rien de commun avec l’autorité coercitive que peuvent détenir les policiers ou les juges.

Les abus intellectuels

Quel sera alors le fondement de la laïcité à l’école si ce n’est plus le pouvoir de contraindre ? Le principe de base qui doit fonder la laïcité scolaire est celui de la protection de la jeunesse. Ce principe qui existe déjà dans la loi québécoise ne doit pas viser la seule protection physique ou psychologique des enfants, mais aussi la protection contre tout embrigadement idéologique, qu’il soit religieux, politique, social ou économique, contre toute forme de manipulation qui chercherait à profiter d’enfants et d’adolescents qui ne sont pas des adultes, n’ayant pas atteint l’âge de la majorité, qui est de 18 ans.

La laïcité scolaire sert à protéger la jeunesse contre les abus intellectuels. Elle doit permettre à l’élève d’apprendre sans être soumis à la partisanerie, qu’elle soit religieuse ou autre. Une enseignante ou un enseignant n’affiche pas ses choix politiques ou religieux devant ses élèves par respect pour l’intelligence de ceux-ci. Les élèves doivent apprendre à penser par eux-mêmes, en toute liberté. De ce point de vue, le port d’un signe religieux par le professeur constitue une pression indue qui s’exerce sur le développement intellectuel d’un jeune dans la mesure où l’affection, l’admiration ou la détestation qu’un élève voue à un prof peut transformer celui-ci en prosélyte ou en repoussoir d’une quelconque croyance.

En conclusion, il faut craindre et comprendre que si la loi devait imposer la laïcité à l’école en la fondant sur l’autorité coercitive plutôt que sur la protection des élèves, elle changerait d’une manière fondamentale le statut du personnel enseignant. Elle donnerait au personnel enseignant des pouvoirs qui transformeraient les profs en apprentis gendarmes, et des moyens de répression qui dénatureraient leur travail. Il faut souhaiter une laïcité scolaire fondée sur la protection de l’intelligence des jeunes contre toutes les forces sociales qui pourraient avoir intérêt à les manipuler. L’histoire du Québec d’avant la Révolution tranquille montre que nous ne sommes pas à l’abri d’une telle régression.


NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

À voir en vidéo