Nationalisme et solidarité internationale

Aux États-Unis, des manifestants témoignent leur appui au président Donald Trump qui, selon l'auteur, invoque la sécurité nationale pour murer la frontière avec le Mexique. 
Photo: Sandy Huffaker Getty Images Agence France-Presse Aux États-Unis, des manifestants témoignent leur appui au président Donald Trump qui, selon l'auteur, invoque la sécurité nationale pour murer la frontière avec le Mexique. 

Il semble bien que ce soit la problématique incontournable de notre époque. Des nationalismes jaillissant de toutes parts s’opposant à la mondialisation, à la diversité culturelle et à l’immigration. Cela se voit aux États-Unis, où le président invoque la sécurité nationale pour murer la frontière, dans plusieurs nations d’Europe, où on aperçoit des tendances fortes au repli identitaire et au reflux de ces misérables réfugiés qui risquent leur vie pour quêter l’asile dans les anciennes métropoles coloniales.

Pourtant, il ne va pas de soi que la conscience nationale engendre nécessairement la fermeture au reste du monde.

 

Il importe de rappeler même que le nationalisme moderne est né et s’est développé dans un contexte d’internationalisme et de rapprochement des peuples. On peut dater, en effet, de la Révolution française de 1789 l’éclosion d’une conscience nationale, alors que le peuple s’approprie l’État. Dès lors, la révolution et le nationalisme prennent une allure internationale. C’est pour prendre place sur le continent européen et éventuellement sur la scène mondiale que les nations s’éveillent et se développent.

Cela ne se produit pas sans une forte résistance et un ressac de l’Ancien régime, qui prend aussi la forme d’un autre nationalisme fondé sur l’ethnicité, le conservatisme et le refus des échanges internationaux. Le nationalisme moderne, selon le modèle français, se définit pour sa part selon une identité essentiellement citoyenne, dynamique et laissant place au métissage. Ernest Renan énonce en 1881 une formule célèbre : « La nation est un plébiscite de tous les jours. »

On connaît les ravages engendrés par le nationalisme ethnique et conservateur. L’Europe en a tellement souffert qu’on en est venu à ne garder du terme que sa définition péjorative. Ainsi les présidents français François Mitterrand et Emmanuel Macron, entre autres, ont pu décrire le nationalisme comme le mal absolu. De ce côté-ci de l’Atlantique, on a été généralement plus nuancé. Le nationalisme est un objet d’études dans plusieurs universités et on a, ici et là, applaudi à l’invocation nationaliste dans le tiers-monde. Malgré tout, on préfère nettement parler de patriotisme pour définir la valorisation de la nation américaine une et indivisible. Le président Trump a fait scandale en se disant récemment nationaliste et personne n’a de doute quant au caractère étroit de la conception trumpienne de la nation.

Le nationalisme au Canada

 

Quant à nous, Canadiens, Québécois, nous nous sommes permis d’utiliser le mot et le concept d’une manière neutre, laissant place aux bons et aux mauvais usages du nationalisme. Au Québec, en particulier, nous avons développé, depuis la Révolution tranquille, un nationalisme fondé sur l’appartenance à l’État et, en conséquence, une identité territoriale ouverte à l’immigration et aux échanges internationaux. Au moment même où la Révolution tranquille prenait une allure nationaliste, le Québec cherchait à se donner ses propres relations internationales. Nous voulions nous dire au monde.

Deux grandes chartes ont défini le Québec moderne : la Charte des droits et libertés de 1975 qui consacrait les droits des minorités et des immigrants et la Charte de la langue française qui faisait du français une langue officielle, celle de tous les Québécois, quelles que soient leurs origines. Des ministres de l’Immigration comme Jacques Couture et Gérald Godin ont conçu des politiques généreuses et accueillantes envers les immigrants tandis que nos représentants sillonnaient le monde et favorisaient les échanges internationaux.

Plus récemment, les nationalistes québécois ont eu tendance à jouer la carte du repli identitaire en insistant par exemple sur la majorité historique, sur le « nous » canadien-français, et en faisant preuve de méfiance à l’endroit des immigrants.

La résistance universelle à la mondialisation

Un peu partout en Occident se dessine aussi un retour à l’appartenance nationale en réaction à une mondialisation par trop inhumaine et élitiste. Même des États comme les États-Unis, le Royaume-Uni et la France subissent les effets de cette vague de résistance et de retour aux valeurs nationales. Cela est sain dans la mesure où la démocratie ne se joue vraiment qu’à l’intérieur des nations. Les humains ont besoin de s’appuyer sur les liens nationaux et les ressources du vivre-ensemble. La voie vers l’universel prend sa source dans les personnes, les communautés, les nations.

Aucun nationalisme ne devrait cependant entraver la solidarité internationale. Notre appartenance à une nation ne devrait jamais nous faire oublier notre appartenance à l’humanité. Tous ces réfugiés qui frappent désespérément à la porte de nos frontières sont nos frères humains auxquels nous ne saurions demeurer insensibles. Sans doute faut-il bien gérer les politiques migratoires, mais nous ne saurions nous replier sur nos égoïsmes nationaux en fermant nos frontières.

Il est clair que nous n’échapperons pas à la mondialisation croissante et aux nécessités des rapprochements internationaux. Pour le meilleur ou pour le pire, nous ne pouvons vivre en autarcie. Notre économie repose sur les échanges. Les nations européennes ne peuvent plus se passer de l’Union européenne. En Amérique, nous ne pouvons plus fermer nos portes. Le projet de mur de Donald Trump est une monstruosité anachronique. Le réchauffement climatique de toute la planète nous invite aux solutions internationales.

La seule solution acceptable à la crise contemporaine passe par un nationalisme d’ouverture à la solidarité internationale.


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